15 000 fugitifs et un ambassadeur

Au fin fond des plaines du Tigré éthiopien, à une quarantaine de kilomètres de la frontière avec l’Erythrée, un peu plus de 15 000 fugitifs ont manifesté le 29 novembre, pour eux-mêmes et pour nous.

Venus des camps de Maiani et de Shimelba, une longue file d’Erythréens a marché dans la poussière pendant une heure, au milieu de nulle part, entre des acacias brûlés. Ils brandissaient des pancartes affirmant qu’ils étaient des « réfugiés politiques ». Ils se sont ensuite rassemblés sur le terrain de volley-ball aménagé à l’extérieur de l’une des écoles que leurs aînés ont monté dans le secteur.

Ils entendaient ainsi répondre au représentant de leur pays natal qui a défendu tant bien que mal la position de son gouvernement face au comité exécutif du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés, début octobre.

Emboîtant le pas du président érythréen Issaias Afeworki selon lequel les réfugiés sont « partis en pique-nique », essentiellement par cupidité, ce dernier a affirmé que les dizaines de milliers de ses compatriotes qui peuplent les camps de la frontière érythréo-éthiopienne n’étaient « pas des réfugiés », mais des « victimes incarcérées » dans « des camps déplorables gérés par l’armée éthiopienne ».

« Nous sommes des victimes du régime dictatorial érythréen », ont-il scandé à l’adresse de ceux qui voulaient bien les entendre. Devant la foule, les organisateur du défilé ont lu à haute voix un mémorandum qui a ensuite été remis aux autorités onusiennes.

Puis tous sont retournés dans les cabanes des camps, en attendant qu’une hypothétique « communauté internationale » porte enfin un regard attentif sur leur sort.