USA , MEXIQUE mars 2007

Ce mur que Donald Trump va construire.

5/ El Cenizo, Texas : A la conquête du pouvoir !

Reportage sur la frontière de 3330 kilomètres entre le Mexique et les États-Unis. Du Golfe du Mexique jusqu’à la côte Pacifique.

Il a vingt-trois ans, une cravate rouge sur une chemise écarlate et, quand il sera grand, il sera gouverneur du Texas ! A 14 ans déjà, Raoul Reyes, citoyen US né d’une mère de Corpus Christie et d’un père mexicain de Nuevo-Laredo, dirigeait le Club des jeunes « boys and girls ».

À 19 ans, à peine arrivé à El Cenizo, il se présente aux municipales. Quatre ans plus tard, il est élu et devient le plus jeune maire du Texas. En 2006, il est réélu triomphalement avec 82% des six mille cinq cents âmes de ce bled sauvage planté sur la frontière au bord du Rio.

En espagnol, El Cenizo veut dire « Cendres ». Au départ, ce n’était qu’une « Colonia », des rues en terre, un amas de baraques, de mobile homes posés sur des parpaings et des lots de terrain loués 80 dollars par mois aux nouveaux immigrants mexicains. Le promoteur avait promis eau, électricité et bonheur… juste avant de faire faillite et de disparaître. Depuis, le maire a fait recouvrir les rues, refait les trottoirs, mis des ordinateurs à disposition à la mairie et créé un site internet.

Rébellion.

Quand la municipalité a décrété que les documents administratifs seraient rédigés dans la « langue prédominante », l’espagnol, les autorités du Texas ont vu rouge et ont envoyé des patrouilles en armes contrôler les papiers des insurgés. « Ils arrêtaient même les bus scolaires et vérifiaient les documents des gosses ! » dit le maire. Avec 30% de clandestins, El Cenizo risquait de se dépeupler rapidement. Du coup, le jeune maire se rebelle, tient une conférence de presse, en appelle aux « Human Right commission » et, très vite, le shériff et ses policiers assurent la circulation devant les écoles. « Depuis, on travaille main dans la main avec la Border Patrol… » sourit le maire.

Même les « Coyotes », les passeurs d’immigrants, attendent sagement la relève des patrouilles avant de franchir le fleuve. Et une équipe de volontaires municipaux tournent la nuit pour dissuader les narcotrafiquants pendant que les hélicoptères survolent la frontière. El Cenizo est en ordre et le restera. Au moins jusqu’en 2010.

Ensuite, Raoul Reyes abandonnera son mandat, le temps de se préparer à concourir au poste de gouverneur du Texas : « Ce pays est prêt à élire un candidat issu de l’immigration hispanique ! » Il choisira le parti Démocrate, moins par conviction que parce que les Républicains sont mal vus sur la frontière. Et d’ici là, il est sûr de ne perdre aucun mandat : « Ici, au Texas, on n’aime pas les perdants ! »

Dessins de Yann Le Bechec Photos de Jean-Paul Mari et Yann Le Bechec.

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mars 2007

Par Jean-Paul Mari et Par Yann Le Bechec

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