Le refus de la reconnaissance de son « indépendance » par la communauté internationale (compréhensible par ailleurs) et l’imbroglio politique engendré par le coup d’état militaire à Bamako.. ont fait de l’Azawad une terre de NON DROIT, d’abandon, de non humanité. Cette région, en état de « blocus », est devenue un trou noir dans l’échiquier international. Les populations, privées de tout, n’ont plus d’existence officielle…… et sont à la fois, victimes de la rébellion, des pouvoirs Maliens et d’ AQMI, dont la présence dans la région donne aux occidentaux, une raison « légitime » de ne pas y aller et donc.. de ne rien faire. Est-ce qu’on attend de se trouver devant un nouveau « Biafra » pour déclencher, trop tard, une aide humanitaire ? Les villes de Tombouctou, Gao et Kidal n’ont plus d’eau potable,ni médicaments, ni ravitaillement. De nombreuses familles ont fui en brousse, pour échapper aux combats et au harcèlement des différents groupes antagonistes. Les communications que nous avions encore avec nos proches à KIDAL (où nous avons vécu, des mois durant, pendant 15 ans).. sont coupées depuis plus de 10 jours.. certainement par manque de carburant et d’électricité. Les informations que nous obtenons de la frontière Algérienne sont dramatiques. Quelques 50.000 personnes sont … échouées.. entre Inhalid, Timéiaouïne et Tinzaouatène, depuis des mois, qui ne bénéficient d’aucune aide car ils ne sont pas reconnus « réfugiés » par le gouvernement Algérien. .. la situation n’est guère meilleure à la frontière Mauritaniènne : il y a plus de 60.000 personnes à M’béra où l’aide alimentaire est quasiment inexistante Nous pensons qu’il est nécessaire et urgent d’informer largement sur ce désastre humain ignoré de tous .. et occulté par la France, dont l’ unique préoccupation dans la région est de faire libérer ses otages Aréva ( ce qui a d’évidence, compliqué le problème).

En tant que petite organisation (G.C.Aude Mali ) participant au développe-ment dans la région depuis bien longtemps, nous essayons modestement de faire passer un peu d’argent (par systèmeD, car banques et autres transferts ont été détruits ) aux personnes encore joignables que nous savons en grande difficulté. Ainsi nous avons dépanné les familles des enfants de notre école de Tédéini de 800e pour payer les 2 camions qui les ont transportés de Tombouc-tou à M’béra sur la frontière Mauritanienne(400 kms), puis récemment 500 e pour achat de nourriture. C’est très peu,compte tenu de la rareté des produits, les prix ont flambé ;cela représente un sac de mil pour chaque famille de quoi se nourrir à peine un mois ! ..Nous avons aussi aidé, ci et là ( où nous avions un syst.D ) ..l’association de femmes de Awa à Gao et des familles proches de nous à Kidal où il faut partir avec un bidon pour aller acheter de l’eau,car la distribution et les citernes ne fonctionnent plus ..et il commence à faire très chaud. Ce que nous faisons n’est RIEN .. face au drame que subit cette région sahèliènne, grande comme deux fois et demi la France. Aujourd’hui, le chaos qui règne à la capitale, Bamako, focalise l’attention des médias. Le coup d’état militaire, à la veille des élections, a déclanché une pagaille institutionnelle et politique où « les partis » s’arrachent des lambeaux de pouvoir pendant que l’armée, à genoux, défaite par la rébellion du Nord, s’entretue, entre« bérets verts »et « bérets rouges », dans les rues de la capitale. Ces évènements ont pour effet d’occulter le problème originel qu’est la partition du pays et ostracise totalement cette région, déclarée indépendante et abandonnée du monde.

Catherine Bordier 11220 Mayronnes t:04.68.43.11.50