ALGERIE

Algérie !Algérie !

Ce roman au souffle épique emporte le lecteur au cœur d’une France déchirée par la guerre d’Algérie, des villages de Kabylie aux faubourgs de Paris, jusqu’aux massacres d’octobre 1961. Depuis l’insurrection déclenchée le ler novembre 1954 par les indépendantistes, la répression fait rage en Algérie. La torture devient monnaie courante. Pour le gouvernement français, la seule négociation possible est la guerre. Dans les Aurès, Amar, qui a pris le maquis, est dénoncé par son frère. Soumis à la " question " par les paras, il est laissé pour mort. Sa fille, la belle et farouche Nedjma, fuit en France sous une fausse identité avec sa mère Louise, grâce aux résistants qui s’organisent. A Paris, elle s’engage avec les " porteurs de valises " au côté de Léo, sympathisant de l’Algérie indépendante. Leur amour naissant et passionné ne cessera d’être malmené par les événements. Le conflit prend de l’ampleur et s’enracine sur le sol français. Maurice Papon, rappelé du Constantinois comme préfet de Paris en 1958, crée la Force de police auxiliaire. Composée de harkis, elle est chargée du " nettoyage " et du sale boulot. Le 17 octobre 1961, les Algériens s’élèvent contre le couvre-feu raciste de Papon et manifestent pacifiquement dans Paris. Ce même jour, Léo et Nedjma décident de mettre en œuvre leur périlleux dessein...

A lire, ci-dessous, un extrait du roman :

"" Dans le ciel scintillant de l’Aurès en révolte, les avions de l’armée française étaient chargés jusqu’à la gueule d’un tract :

APPEL À LA POPULATION MUSULMANE

Des agitateurs, parmi lesquels des étrangers, ont provoqué dans notre pays des troubles sanglants et se sont installés notamment dans votre région. Ils vivent sur vos propres ressources. Ils vous rencontrent et s’efforcent d’entraîner les hommes de vos foyers dans une criminelle aventure… Musulmans ! Vous ne les suivrez pas et vous rallierez immédiatement avant le dimanche 21 novembre, à 18 heures, les zones de sécurité avec vos familles et vos biens. L’emplacement de ces zones de sécurité vous sera indiqué par les troupes françaises stationnées dans votre région et par les autorités administratives des douars. Hommes qui vous êtes engagés sans réfléchir, si vous n’avez aucun crime à vous reprocher, rejoignez immédiatement les zones de sécurité avec vos armes et il ne vous sera fait aucun mal. BIENTÔT, UN MALHEUR TERRIFIANT, LE FEU DU CIEL, S’ABATTRA SUR LA TÊTE DES REBELLES. Après quoi, régnera à nouveau la paix française.

Tandis que les parachutistes coloniaux poussaient au bord du sas les paquets prévus pour éclater pendant la chute, un militaire ouvrit le panneau latéral du transporteur de troupes et provoqua un puissant appel d’air. Le navigateur fit signe au pilote. Il modifia lentement l’assiette du Lulu Belle. Le porteur se coucha en

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ALGÉRIE ! ALGÉRIE !

vainqueur sur les massifs enneigés et, dans le haut-parleur, résonna l’ordre de largage :

— Go ! Go ! Go !

Les tracts s’éparpillèrent aux quatre vents, nuée de sauterelles sur les montagnes d’Algérie.

PREMIÈRE PARTIE

CEUX QUI VONT MOURIR TE SALUENT

1er novembre 1954 – mai 1956

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La Kabylie est une région sauvage au relief extrêmement

varié soulignant une vaste étendue du littoral algérien.

Ici, ce sont des plateaux arides et secs où pousse une végétation basse, quasi steppique, puis des plis de vallons ponctués de touffes de palmiers nains, d’oliviers, de figuiers ou de forêts de cèdres et de chênes-lièges. Là, ce sont de vertigineuses parois tombant à pic dans les talwegs, alimentés par d’aléatoires cascatelles.

Partout, les accès sont difficiles.

Les sautes d’humeur du terrain rendent ardu l’établissement de voies de communication. Ils ne sont pas rares, les villages qui vivent isolés du reste du monde : c’est la norme. Austères, rudimentaires, jetés pêle-mêle au hasard des caprices de la nature et fondus en elle, ils s’accrochent bec et ongles à des pitons rocheux. Massés sur des crêtes à la dentelle platinée, cloués vaille que vaille à des encoches anguleuses et rouillées, ces fortins épousent néanmoins harmonieusement les coteaux, défiant les lois de l’équilibre.

Sur cette terre tourmentée se prêtant naturellement à la rébellion, les Kabyles, montagnards sédentaires, se sont montrés au fil du temps réfractaires à l’ordre établi ainsi qu’à toute domination. Ici, on ne se met pas du côté du manche, et c’est dans les replis d’un pays accueillant aux « bandits d’honneur » que, sept années avant le début du conflit, le premier maquis fut constitué avec une poignée d’hommes sans argent, sans nourriture et sans peuple. On y tenait tête, déjà, à l’administration coloniale avec une seule devise : la dignité n’a pas de prix. Pour arme, une volonté en forme

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de rêve. Indépendants, orageux, ces hommes forment une société simple, reposant sur d’ancestrales coutumes. Elle ne s’est pourtant jamais constituée en classe. Chez eux, pas de militaires mais des résistants, pas de noblesse mais des hommes fiers, pas de religieux mais une conscience politique aiguisée. En un mot, pas de caste.

Portés par le destin, quelques centaines d’hommes joignirent leurs forces. Ils se préparaient au grand combat dans l’Est algérien, en Kabylie, dans les Aurès et l’Algérois, alors que l’attention de l’administration française était détournée par le séisme qui avait durement frappé Orléansville pendant l’été.

Le 1er novembre 1954, une insurrection populaire éclata simultanément en plusieurs points de l’Algérie. Au pire, on n’avait rien vu venir côté caïds et notables locaux. Au mieux, « on sentait quelque chose » en métropole et, au total, on croyait planer sur le problème comme à Sétif neuf ans plus tôt. Mais la mèche, allumée par les répressions sanglantes au lendemain de la victoire alliée pour mater cette première manifestation de masse, était au bout de sa course. On pensait que la botte française pèserait suffisamment lourd sur les musulmans : la paix serait assurée pour un bon moment.

Elle touchait à sa fin. L’heure sonna. La population, exaspérée par les injustices de l’administration coloniale, avait maintenant des têtes. À défaut de faire entendre une voix, ils feraient parler la poudre.

La nuit de la Toussaint, ils étaient moins de un millier de combattants armés de bric et de broc. Ils frappèrent cette fois des cibles stratégiques françaises et il y eut une trentaine d’attentats. Leurs leaders, les « chefs de l’intérieur » : Rabah Bitat, Mohamed Boudiaf, Mostefa ben Boulaïd, Larbi ben M’Hidi, Mourad Didouche et enfin Krim Belkacem. À la surprise générale, les maquis dormants tiraient la France de son profond sommeil civilisateur. Ce qu’on appelait des « bandes » pour nier l’état de guerre était en réalité des sections organisées. Elles entraient en résistance et donnaient le coup d’envoi à la guerre d’indépendance.

On ne décelait dans la révolte des Fils de la Toussaint qu’un soubresaut sans grande ampleur, un événement sans conséquence spéciale…

Et c’est ainsi que les largages de l’armée couvrirent le territoire en cercles concentriques de ces tracts rédigés en français, en berbère et en arabe par deux préfets du Constantinois.

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Aucune région ne coupa à l’arrosage.

Des tracts jaunis à la trame ruinée par les intempéries échappaient encore aux opérations de nettoyage et s’envolaient, parfois, avec la montée des vents.

Sur l’une de ces collines touchées par les parachutages, à trois portées de fusil d’Azazga, une jolie masure était plantée sur la terre des Amandiers. Loin de tout, ce havre de paix semblait échapper à l’histoire, au temps et à la guerre. Son luxe était l’espace, la vue dominante, les arbres et le microclimat rendant possible l’épanouissement de massifs de fleurs. Reliée au hameau par un long chemin caillouteux en limite de ravin, elle baignait dans la sérénité et le silence, sauf quand le groupe électrogène enfoui dans la cave ronronnait pour fournir l’électricité.

La pluie était collectée dans une citerne. Une fois par mois, on allait chercher le complément dans de gros jerricanes. L’hiver, on récoltait la neige qui tombait en abondance pour faire de l’eau. On y vivait chichement sans y manquer de rien. Les chèvres donnaient un peu de lait, le sol des tubercules, les oliviers des fruits noirs et plissés telle la peau des vieux. Pour descendre faire des provisions, on se servait de Balthazar, un âne.

Les hommes du hameau faisaient aussi le chemin en sens inverse. Ils offraient, vendaient ou troquaient aux propriétaires le produit de leur chasse. La table était toujours ouverte, les conversations allaient bon train. Quelquefois, on écoutait la radio agglutinés dans la pièce principale. Un soir, Ben Bella avait annoncé depuis Le Caire le coup d’envoi de la révolution qui se jouait à quelques kilomètres des récepteurs.

Quand on poussait jusqu’à la ville, on sortait l’antique side-car, seule trace de modernité. À son passage, le rire des enfants accompagnait les habitants des Amandiers : Amar Nadji, né ici, homme redouté et figure patriarcale dont on réclamait l’arbitrage pour les conflits ; Louise Legrand, venue de France, adoptée parce qu’elle était sa femme ; et enfin Nedjma, leur fille unique, que les jeunes gens convoitaient sans oser l’approcher. Amar n’avait pas besoin de faire barrage : le caractère de sa fille suffisait.

La lune était bien avancée sur sa courbe lorsque Nedjma s’éveilla, angoissée. Elle rejeta la couverture de laine brute, s’assit en tailleur pour reprendre son souffle. Dans la chambre, des poteries orange et rouges aux motifs primitifs étaient enfoncées dans les

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alcôves, ainsi que des babioles venues de France. Les étagères croulaient sous le poids des livres et des coupures de presse. Sur le bureau, le tract. Par-dessus, un journal étalé avec un entrefilet souligné : « Dans ce pays, les revendications sociales sont une des formes de l’insurrection. »

Attirée vers la fenêtre, Nedjma glissa sur le tapis chamarré. Les gonds eurent un grincement familier. L’odeur d’huile d’olive dont elle enduisait ses longs cheveux bouclés se mêla aux parfums d’olivier et de laurier-rose. La lune peignit son corps nu d’une blancheur d’albâtre, artificielle, sans rapport avec sa peau de Maure au soleil fortement pigmentée, qu’elle ne devait que pour partie à sa branche kabyle. Pour déceler l’origine de sa teinte terre brûlée, il aurait fallu remonter jusqu’à l’ancêtre qui, six générations auparavant, avait légué dans sa semence à sa lignée les traces résurgentes de sa négritude.

La jeune femme croisa ses bras sur sa poitrine.

Sur le promontoire, un point incandescent brillait par intermittence dans la nuit.

Elle fume ?…

Des volutes de fumée grise s’élevaient au-dessus de Louise. Accoudée à un caroubier centenaire dont le tronc sortait divisé du sol en deux, sa mère regardait fixement vers l’est, les larmes aux yeux. Nedjma tourna la tête.

— Papa ?…

Sur la crête blanchie par une lune marmoréenne, Amar marchait rapidement et, de son sac de toile, dépassait le canon d’un fusil.

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Une voix faible donna l’autorisation d’entrer. Le majordome en livrée s’effaça avec déférence devant le visiteur qu’il venait d’accompagner dans les dédales du palais de l’Élysée. Le haut fonctionnaire passa le seuil du bureau présidentiel en même temps qu’une mouche, perdue dans les couloirs.

Il était 14 heures, ce 20 mars 1955. L’homme, grand et fin, tenait une sacoche de cuir qu’il avait prit soin d’ouvrir pour ne pas gêner la fluidité de l’entretien. Malgré son costume sombre de fonctionnaire, l’ancien agrégé d’histoire-géo traînait d’anciens réflexes d’universitaire : il avait failli entrer alors qu’elle était incongrûment coincée sous son bras. Avant d’être appelé au plus haut poste de la police française, le directeur de la Sûreté nationale avait été enseignant et, pendant la guerre, résistant. Jean Meirey fit trois pas. Le parquet crissa. Il aligna ses chaussures sur les franges du tapis.

— Mes respects, monsieur le président.

René Coty l’envisagea par-dessus ses demi-lunes, suspendant le retour de politesse. Le président baissa le regard et l’accrocha au bas du pantalon de Meirey, pour vérifier s’il convenait ou non d’accorder quelque crédit aux ragots de salon. C’est bien vrai ! Cet échalas n’a aucune classe. Pourtant, c’est bien là du sur mesure ? Mon pauvre Meirey, pour le tailleur, vous pouvez le pendre haut et court avec son mètre souple, personne ne vous en fera grief. Mais enfin ! N’avez-vous donc pas de femme ? De fait, s’il ne descendait pas jusqu’au prêt-à-porter, Meirey faisait coudre ses ourlets deux ou trois centimètres au-dessus de la mode, au grand dam du couturier et de René Coty.

— Approchez Meirey, approchez.

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Le tapis de soie formait un îlot moelleux autour du bureau présidentiel. Il amortit les pas de Meirey.

Il sortit une chemise noire contenant le résultat d’une mission d’enquête élaborée par un inspecteur général de l’administration, Roger Wuillaume, et commandée en urgence par le ministre de l’Intérieur. L’objet : les sévices infligés aux détenus musulmans en Algérie.

Mitterrand n’avait pu reculer. La presse poussait au cul. En tête, L’Observateur, cette bande de trublions emmenée par ce gauchiste de Claude Bourdet. Et son article sulfureux, « Notre Gestapo d’Algérie », le déclencheur. L’Express s’y était mis avec les billets de mauvaise humeur de Mauriac et, parmi les plus virulents enfin, les chrétiens de gauche qui, dans Témoignage chrétien, stigmatisaient l’impuissance du gouvernement pour régler la question algérienne. Le reste de la presse française, journaux communistes compris, allait à reculons.

Meirey avait tiqué à la lecture du rapport et s’en était ouvert à l’ami de toujours en privé :

— Dis, Henri, je comptais envoyer ça à Mitterrand. Entre nous, qu’est-ce que tu en penses ?

L’homme avait lu, blême et effaré : « Musulmanie : empire mythique s’étendant de l’Indonésie au Maghreb où vivent des gens d’origine “musulmane” qui, chacun le sait, est une “race”. Parce que le soleil tape dur, les musulmans sont de moeurs bizarres. Tous sans exception, hommes, femmes, enfants, ont la fâcheuse manie de se promener le couteau entre les dents. »

— Qu’est-ce que c’est que cette clownerie ? Jean, tu déconnes à pleins tubes.

Meirey avait repris sa missive et poursuivi en agitant théâtralement les bras :

— « Égorgeurs par définition, ils aiment engager des actions suicidaires, gesticulant comme des singes et proférant des cris insensés. Les ressentiments qu’ils éprouvent à notre égard n’ont strictement rien à voir avec cent vingt-cinq années de colonisation méprisante, laquelle il convient de souligner l’étendue des bienfaits, mais avec leurs gênes. »

— Tu me fais marcher. Si au moins ça n’était qu’idiot, mais c’est un suicide. Toi, le premier flic de Fr…

— La période n’est-elle pas propice à la plaisanterie ? avait dit Meirey en jetant le papier froissé en pâture à la cheminée. Ces poli

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tiques ignares n’ont aucune connaissance du terrain. Coty, Mollet et tutti quanti n’ont qu’une idée livresque de l’Algérie et de son peuple. Pour Mitterrand, la seule négociation possible est la guerre… Même le plus progressiste des colons pense que l’autochtone est presque comme lui. En droit, un musulman vaut huit fois moins qu’un métropolitain. Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est à cause des massacres de Sétif. Tout est parti de là.

— Sétif, à l’origine, est bien le fait des mus… des autoch… Merde à la fin ! Comment diable faut-il les appeler ?

— Des Maghrébins ? Des Français d’Algérie ? Que sais-je ? Des Algériens, voire des Français, si l’on avait eu la volonté d’appliquer le statut de 47. Mais les Européens ne veulent pas de l’assimilation des Arabes.

— Oui, mais pour Sétif ? Et les viols et les massacres des colons isolés ?

— Il y a eu des massacres, c’est vrai… Ça ne me plaît pas de le dire, mais c’est un inspecteur de police qui a vu rouge en sortant du café de France. Et tu sais pourquoi ? Parce qu’un gamin brandissait un panneau : « Vive la victoire alliée ! » Le jour de la Libération, on avait déjà peur que les gaullistes laissent faire les Arabes, et aujourd’hui, les pieds-noirs se font la valise. Que réclamaient- ils au fond, ces gens, sinon d’avoir les mêmes droits que nous ?… Ma fonction me réserve quelques privilèges. J’ai eu en main le rapport secret Tubert : cent quatre Européens tués. Tu as noté l’ampleur de la répression ?

— Tu sais, la guerre des chiffres… Certains disent quarante- cinq mille, alors…

— Le général Tubert avançait quinze mille morts. Un pour cent cinquante au bas mot, Henri, hommes, femmes, enfants. Et les élections truquées de 48, et la récidive en 51 ? Une mortalité quatre fois plus élevée chez eux que chez nous l’année dernière encore. 20 % d’enfants scolarisés contre 100 %. Une seule exploitation au dessus de cent hectares contre près de vingt-cinq appartenant aux Européens et un salaire journalier de 1 000 francs contre 100 pour l’ouvrier agricole… Je sais bien que beaucoup de colons sont pauvres, mais quand un colon négrier fait venir des saisonniers marocains qu’il sous-paye pour faire baisser le coût de la main-d’oeuvre et mettre au pas le travailleur algérien, que veux-tu qu’il arrive ? Figure-toi que le gouverneur général de l’époque a préconisé de redresser la situation et de l’accompagner de réformes sociales substantielles. Quelle partie de la phrase crois-tu que Paris ait entendue ?

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— Je vois que l’histoire, c’est comme le vélo. Ce n’est pas dans la police qu’on aurait dû te nommer, monsieur le directeur de la Sûreté nationale, c’est à l’Économie, ou au Plan. Tournerais-tu gauchiste ?

Le terme était nouveau. Meirey, flegmatique, avait haussé les épaules.

— En est-il besoin pour répondre au problème humainement ? Le suicide, ce sont ces conditions économiques désastreuses qui désespèrent les hommes et que nous avons mises en place. Pas un autochtone sur dix ne voulait l’indépendance il y a dix ans. Et maintenant, c’est ce foutu rapport de ce foutu jean-foutre de Wuillaume… Tant pis si j’y laisse des plumes, Coty l’aura en main. J’ai peur que nos opérations de police ne soient plus qu’un cataplasme sur une jambe de bois. Je garde en mémoire le mot d’ordre de Sétif : « Istiqlal… » Indépendance… Le poisson pourrit par la tête. Si le Conseil suit les recommandations de Wuillaume, nous allons dans le mur. Nous pourrons dire adieu à l’Algérie, Henri. Nous l’aurons bientôt définitivement perdu, ce pays, et Dieu sait ensuite le chaos que ça sera pour nous. Pour nous tous.

— Dieu merci ! Nous n’en sommes pas là.

— Crois-moi. Ce qui s’est passé l’année dernière n’est pas le fruit du hasard. La levée en masse des Fils de la Toussaint et toutes ces escarmouches sur le territoire ne sont pas d’anodins incidents, mais le début d’un processus dont nous ne sortirons pas vainqueurs. Je ne vois pas d’autre issue que politique…

René Coty toussa en pure perte. Meirey s’était évadé. Impatient, le président se racla la gorge pour le sortir de ses songeries et le ramener dans son bureau.

— Veuillez m’excuser, monsieur le président.

Le directeur de la Sûreté courba l’échine et tendit le rapport. La IVe République, c’était la valse des gouvernements. François Mitterrand avait passé commande et Bourgès-Maunoury en était le lecteur.

— Vous êtes d’un naturel rêveur, Meirey, commenta le président qui se piquait de psychologie à ses heures perdues.

Coty fit un signe ambigu. Meirey pouvait l’interpréter à loisir comme une invite à prendre place sur un fauteuil ou à déposer le document. Le président n’en finissait pas d’apposer son paraphe. Meirey s’approcha et jeta un oeil furtif aux occupations élyséennes. Pour se changer des inaugurations de concours agricoles et autres » » .............................................

Fin de l’extrait.

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