HAITI 1988

Haïti : Terreur à Port-Au-Prince.

Au pays de la nuit.

Comme chaque soir, les hommes se cachent et les chiens se taisent. Haïti se mure dans sa peur. Derrière chaque morceau de tôle ondulée des faubourgs puants de Port-Au-Prince, il y a une famille de nègres maudits qui crève de chaleur et d’angoisse en attendant la délivrance de l’aube. Dehors, ne restent que ces ombres qui volent à la vitesse de leurs jeeps banalisées et lâchent quelques rafales en l’air ou sur les maisons de carton. Quand les fantômes passent dans une rue de Port-Au-Prince, la nuit se plaint et le petit peuple prie en silence pour qu’ils ne s’arrêtent pas devant sa porte.

Cette nuit, Port-Au-Prince appartient à ses fantômes. Ils hantent un ciel sans lune, des rues sans éclairage, un air épais et noir comme de l’encre. Ils dansent dans le halo des phares qui découpent des grilles de fer aux fenêtres closes où se dressent dans les volutes mourantes de la fumée des montagnes d’ordures qui se consument. On roule au pas, piégé par un asphalte défoncé qui ouvre ses abîmes à chaque tour de roue. Hier, "ils" sont entrés chez Aurélia Joseph, et ils l’ont emmenée, sous les yeux de sa fille. On a retrouvé Aurélia Joseph quelques heures plus tard. Enfin, une partie. La tête et les pieds, posés à même le trottoir. Personne ne peut dire pourquoi ils lui ont fait ça. Ce week-end, on a découvert huit corps ; certains simplement criblés de balles et jetés dans le fossé ; d’autres découpés en morceaux et mis en évidence, reconstitués avec soin. Inutile de chercher, il n’y aura jamais d’enquête. On ne court pas après les ombres de la nuit. La veille, dans l’avenue Jean-Jacques Dessalines, à l’heure du marché, un tap-tap s’est arrêté en crachant un grand jet de fumée noirâtre, lourde et huileuse. La camionnette de transport collectif a chargé ses passagers, au milieu d’un égout à ciel ouvert. L’eau puante dessinait des vagues qui venaient clapoter au pied des chaises des vendeuses de fruits. Une femme enceinte traversait la rue en gravissant une montagne d’ordures d’un pas mécanique. Quand le tap-tap est reparti, on pouvait lire sur son flanc une inscription peinte en lettres majuscules, comme il y en a sur tous les tap-tap d’Haïti. Celle-là disait une chose terrible : "LA VIE NE VAUT RIEN." Surgie de la nuit, une main géante aveugle soudain la lumière des phares, le silence explose, la vue se brouille : il pleut. Des trombes d’eau, un mur liquide qui s’abat sur le port et sa baie. Demain, la mer de la Caraïbe sera marron sur des kilomètres carrés, de la couleur de la terre d’Haïti qui s’en va, érodée, lessivée à raison de vingt mille tonnes par an. L’eau du ciel tropical devrait enrichir le pays ; elle ne fait que participer à son pillage. Les faubourgs aiment pourtant ces heures de déluge ; elles ont le pouvoir de chasser les fantômes vers leurs casernes. Cette nuit, au moins, on ne tuera pas dans les rues de Port-Au-Prince. Il est temps de grimper le raidillon qui mène à l’Oloffson, vers cet ilôt de lumière accroché à la colline, un hôtel blanc comme un souvenir colonial, avec des tourelles de fer dentelé, un piano à queue, deux anges de métal et des serveurs noirs aux cheveux d’argent qui glissent sur un parquet de bois, souriants et silencieux, comme portés par les souffle lent des ventilateurs de bois. Sur la terrasse, appuyée contre la rambarde qui donne sur le jardin, la tête enfouie dans ses longues mains, la peau noire de son cou tendue comme une bâche goudronnée, la poitrine gonflée de trop de tristesse, Pascaline sanglote. Inconsolable. Ce matin, un gardien l’a repoussée à l’entrée d’un grand hôtel. Pascaline a expliqué qu’elle travaillait à l’intérieur avec des hommes d’affaires blancs... L’autre s’est contenté d’écarter ses bras massifs, ne laissant passer que les blancs et les mulâtres de la bourgeoisie haïtienne. Pascaline a insisté, montré ses papiers ; le gardien a commencé à la tripôter. Elle l’a repoussé ; il l’a molesté, humilié. Peu importe son statut d’assistante de direction ! Devant la porte du palace, elle n’était plus qu’une "petite-négresse" et le gardien, noir d’ébène lui aussi, a reproduit fidélement les schémas des maîtres du pays. Pascaline pleure de rage : elle sait que ce molosse de quartier est sans doute un des milliers d’auxiliaires aux ordres de Michel François, redoutable chef de la police, des "attachés" qui ensanglantent le pays, brutes épaisses, petits voyous, indicateurs, fils spirituels des tontons-macoutes, militants d’extrême-droite ou gosses paumés issus de ces bidonvilles qu’ils terrorisent. Ici, la police et l’armée ne font qu’un et l’armée n’est souvent qu’une bande armée. Les attachés recoivent une carte officielle, un talkie-walkie, un fusil à pompe ou une simple machette. Assez pour exiger la soumission d’une rue, d’un quartier, voler un peu d’argent, une fille ou une bouteille de rhum ; pour jouir d’une parcelle de pouvoir. Assez pour tuer. Ce qu’ils font avec application. Mille cinq cent, peut-être deux mille morts en deux ans, depuis que les militaires du Général Cedras ont renversé le président Aristide, élu avec soixante-sept pour cent des voix. Arrivé par les urnes et chassé du pays, sept mois plus tard, à la vitesse d’une rafale de mitraillette. Plus de vrais partis, plus de syndicats, plus d’associations de quartier, plus de discussions politiques dans ce créole qui enflammait la bouche des passagers des tap-tap, des paysans des marchés et des ouvriers du port. On a écrasé, un à un, tous les foyers résistants de la pensée. Ne reste que le silence et l’assassinat. Sept ans plus tôt, les gueux ont oser se révolter, jeter des barrages en travers des routes et faire tomber Jean-Claude Duvallier, tyranneau obèse et chancelant. Ce jour là, libéré de Papa Doc et son Baby-requin, les Haïtiens ont soulevé le couvercle de leur cerceuil et oser jeter un oeil politique sur le monde. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Au panthéon de la capitale, on expose désormais les objets-fétiches du Duvalièrisme. Ses partisans ont lâché des pigeons sur la place publique, histoire de démontrer leur penchant pour la paix. Mais en voyant les oiseaux s’envoler des cages, un des fidèles a soupiré :" Regarde ! Ce sont les ailes de Papa Doc...Il est revenu parmi nous." Le putsch du trente septembre 1991 a refermé brutalement la boîte de Pandore, le peuple haïtien est retourné à sa nuit d’esclave originel, vers son "éternel" fait de peur, de violence, de mensonge, de dénuement et de désespoir fondamental. Pascaline sanglote parce qu’elle ne croit plus à la "résurrection" du Père Aristide. Qu’il revienne ici, oui bien sûr, mais dans quel état ? Avec quels moyens, quelle armée ? Pour se faire engluer dans les compromis avec les militaires ? Ou pour se faire tuer ? Elle ne pense pas que "Titide",le moine-président, a les compétences pour restructurer un paysage politique. Il a le génie des foules créoles qu’il illumine de son verbe comme des arbres de Noël. C’est peut-être un démocrate ; pas un républicain. " On l’aime. Mais nous voulons un homme d’état, pas un prêtre martyr !" Prenez l’histoire de Guy Mallary, brillant ministre de la justice, poursuivi en voiture par un commando de tueurs, achevé froidement avec ses deux gardes du corps et son chauffeur ; condamné à mort parce qu’il voulait faire voter la loi sur la séparation de la police et de l’armée. Le fou ! Ou le drame d’Antoine Isméry, un des conseillers du président. Il avait une barbe blanche, la foi chevillée au corps et un courage inouï. Il croyait à la démocratie, ne voulait pas se taire et refusait de partir. Ses amis, ses voisins, les journalistes : tous l’ont prévenu. Il savait déjà. Il l’avait dit à sa femme sur le pas de la porte :" Dans les quarante-huit heures qui viennent, je ne rentrerais pas. Cherche-moi à l’hôpital ou à la morgue." Puis il est allé à l’église comme on marche vers un autel où les attachés allaient l’immoler. Ils sont venus pendant la messe, ont brutalisé diplomates étrangers et journalistes présents ; ils l’ont trainé dehors, jeté par terre et abattu d’une balle dans la tête. Pourquoi s’est-t-il sacrifié ? Parce qu’il espérait que son assassinat allait provoquer un choc salutaire dans l’opinion internationale. Le naïf ! "Assez de mysticisme, assez de martyrs, assez de morts !" s’insurge Pascaline. Entre le silence et l’assassinat, il faudra bien trouver une voie. En attendant, les Haïtiens n’ont plus la force de la révolte. Exsangues, ils laissent leur sort leur échapper. Quand on n’a plus de recours ici, on va voir le "Hougan", le prêtre vaudou, celui qui a les pouvoirs. Alors, les nègres d’Haïti s’en remettent, à leurs sorciers, à Dieu, à la magie blanche de la communauté internationale, c’est-à-dire, dans cette partie du monde, aux Américains. Au début, Washington n’a pas bronché. L’oeil reaganien n’a pas cillé devant l’injustice du putsch. D’un côté, un général, Raoul Cedras, brillant militaire, major de sa promotion, mulâtre policé invité régulièrement à la table des chancelleries occidentales et Bazin, un premier ministre tout à fait convenable, le col cravaté et la calculette rompue au language de la Banque mondiale. De l’autre, "Titide", prêtre salésien vomi par le Vatican, demi-prophète inspiré par la théologie de la libération, remuant, rigide, maladroit, soupçonné d’avoir un penchant pour l’épouvantable supplice du "Père Lebrun", le pneu enflammé passé autour du cou et, pire encore, d’être un véritable adepte du bouleversement social. Le choix de la Maison Blanche a été rapide. Plus tard, quand les scandales de la corruption et les tâches de sang auront par trop sâli la copie haïtienne des bons élèves, l’ONU et le nouveau président Clinton ont changé d’avis et décidé de réinstaller Aristide à Port-Au-Prince. Entre les Américains, le général putschiste et le président en exil commence alors une longue négociation qui aboutit à l’accord de "Governor’s Island", signé, ou plutôt arraché le trois juillet dernier. Un kit en dix points pour un glissement progressif de l’horreur de la dictature vers le plaisir de la démocratie. D’abord, le coup de peigne : trêve politique, le retour à la légalité parlementaire, la désignation d’un premier ministre ; ensuite, on rassure : suspension de l’embargo et amnistie pour les putschistes ; enfin, le vide par la démission du général Cedras et, pour heureuse conclusion, le retour fin octobre du président Aristide. Un modèle de construction diplomatique ! Sauf que nous sommes en novembre, que le général est toujours au pouvoir et le président élu toujours en exil. "Cedras s’est froissé quand je lui ai dit qu’il avait signé l’accord en espérant que la date du trente octobre...n’arriverait jamais" dit le Robert Malval, premier ministre en Haïti d’un gouvernement qui ne gouverne pas. Aujourd’hui, il "dirige" par téléphone une équipe de ministres qui se terrent ou changent de maison chaque nuit. A juste titre : parmi eux, il y avait le ministre de justice abattu par "des inconnus"..."Moi, j’ai une garde," sourit bravement le premier ministre en montrant la trentaine de militaires qui campent dans sa villa personnelle. Le problème est que ces anges gardiens, fournis par les autorités, font partie de la garde présidentielle..qui a renversé Aristide. Protégé ou encerclé ? Robert Malval parle avec un petit bégaiement qui fait tressauter sa voix : " Il y a une Haïti archaïque qui a atteint ses limites. Et un peuple qui ne veut plus être spectateur. Il faut l’aider." Il pâlit et bégaie un peu plus en regardant les hommes armés à sa porte." Moi, je rêve d’un état de droit. J’aie accepté d’en payer le prix. Alors.." Alors, le ministre-courage reste là, dans sa villa de pierre, un fusil sur la tempe, maître d’un gouvernement irréel qui s’enferme mais ne règne pas. Le pouvoir est ailleurs. A Washington. L’Amérique est préoccupée par Haïti. Moins par la souffrance du pays que par les conséquences du drame. Dilemme : faut-il laisser le pays s’enfoncer..et voir, comme l’année dernière, quarante mille damnés échouer leur ventre creux sur les belles plages de Floride ? Ou doit-on envoyer les "boys" rétablir manu militari la belle démocratie, au risque de s’engluer comme en Somalie, voire de perdre quelques vies humaines, c’est-à-dire américaines ? En quelques jours, les putschistes ont su faire monter les enchères :"l’Amérique roule des épaules mais elle a le ventre mou" dit un sympathisant des militaires, lui-même éduqué aux Etats-Unis. "Et puis il vaut mieux l’intervention des américains que le retour d’Aristide." Quand un bateau américain, le "Harlan County" a voulu débarquer deux cents techniciens sur le port, il a trouvé le quai occupé par un vieux rafiot et trois cents attachés armés de machettes et de slogans "anti-impérialistes". Cela a suffit pour provoquer le retrait de la marine US et, par contagion, le rapatriement de cinquante deux gendarmes canadiens, de deux cent cinquante fonctionnaires onusiens installés dans tout le pays...Un départ précipité qui a douché les opposants haïtiens et conforté les autres : le tigre de papier frissonnait à la première brise. Et les autres pays ? Silencieux et sans grande importance : il suffit de regarder les netsworks pour comprendre que le problème est traité comme une affaire intérieure américaine. A la tribune du congrès, le républicain Bob Dole, a crié bien haut, avec le cynisme des gens gavés, que "Haïti ne valait pas la vie d’un seul soldat américain !" Tout était dit. Sur la terrasse de l’hôtel Montana qui domine la baie de Port-Au-Prince, Dante Caputo, l’argentin médiateur de l’ONU, a écarquillé les yeux en découvrant que le "Harlan County" prenait le large et il a repris son téléphone pour essayer de relancer une négociation. "Ce qui gouverne ce pays, c’est la peur" s’énerve un diplomate occidental." La politique ici, c’est celle du révolver, de la peur aux tripes, des dessous de table, du trafic de la drogue. Alors, la bonne proposition politique examinée en commission avec des arguments techniques...On s’en fout ! Ce ne sont que manoeuvres dilatoires de putschistes qui veulent gagner du temps." Pas d’intervention ? Alors retour à l’embargo pétrolier, au gel des avoirs financiers, à la stratégie de l’asphyxie. L’embargo...De loin, cela ressemble à une arme propre. D’un peu plus près, il désorganise les marchés, génère une nouvelle race de contrebandiers, fait flamber le prix du riz, du sucre, de l’huile. Après deux ans d’embargo général imposé par l’OEA, les bourgeois de Petion-Ville trouvent toujours du champagne frais mais, à une heure de route de la capitale, des gosses ont les yeux aggrandis par plusieurs jours de jeûne. On veut fuir vers Jacmel, dans le sud de l’île, plus riche que partout ailleurs ; on cherche à se perdre dans les paysages bleutés de ces mornes superbes, ces plages de cocotiers, douces, irrélles comme un paradis pour amoureux en vacances. Mais au détour d’un village, on trouve des familles prêtes à vous vendre leur enfant pour un sac de mangues. Survivre ! Voilà ce que vous crie le paradis. Survivre, hurle en écho la rue de Port-Au-Prince, cette vieille femme qui se jette devant votre pare-choc pour vendre quelques bananes pourries ; cette gamine rongée par le Sida, qui roule des hanches maigres pour une passe à vingt-cinq francs ; ce gosse qui dort à côté de votre voiture pour un paquet de cigarettes ; cet inconnu qui vous crève un pneu pour pouvoir le réparer. Surtout, ne jamais tomber malade. Sans antibiotiques, sans pansements, sans seringues, sans fil de suture.. Les chirurgiens de l’hôpital n’opèrent plus que les grosses urgences. L’opération, bien menée, réussit souvent mais le malade meurt des suites de l’intervention. "Ne vous appuyez pas sur le mur, il est trop sâle" prévient gentiment un chirugien dans le couloir de l’hôpital central. La peinture verte cloque, le sol n’est plus lavé faute de détergent et des infirmières aux cornettes immaculées tendent leurs mains vides à toute la misère de Port-Au-Prince. "On voit arriver ici des hommes avec un pieu planté dans la poitrine ou une machette fichée dans le crane" dit le chirurgien." Que faire quand ils n’ont pas les moyens de se payer leurs propres médicaments ? Sinon une chirurgie de guerre. Choisir ceux qu’on va laisser mourir. Et ceux qu’on va tuer sur la table d’opération. Parfois, je n’ai même pas de papier pour rédiger un rapport d’autopsie." Il a l’expérience et les compétences d’un praticien formé dans les meilleurs hôpitaux d’Europe ; il sait manier un bistouri, un échographe et un scanner. Et il est condamné à travailler dans ce mouroir : "Chirurgien, ici ? Non. Boucher. je suis devenu un boucher." Dehors, il pleut à nouveau. L’eau roule, sâle, bouillonnante, éparpillant les ordures dans toute la ville. Port-Au-Prince a des allures de lendemain d’émeute. A genoux dans le caniveau, une femme ramasse avec un gobelet de plastique l’eau qui coule et charrie la maladie et la mort. A la radio, on entend les dernières informations sur les derniers obstacles protocolaires aux dernières négociations. Sur un tap-tap qui passe, on peut lire cette inscription : "Il est bon d’attendre en silence le secours de l’Eternel." Mais l’Eternel est en vacances pour longtemps. N’essayez pas de retenir les larmes de Pascaline, l’inconsolable. Son coeur est noir comme la nuit, noir comme son désespoir, noir comme la peau de ces "chrétiens-vivants" qui naissent, meurent mais ne vivent pas. Ce soir, Pascaline pleure, tout son saoul, sur la tragédie d’Haïti.

Jean-Paul MARI.

"Pas de photo pour l’homme de l’ombre".

Il est arrivé à Haïti juste après le coup d’état, vit dans l’ombre du général Cedras, refuse de se faire photographier, parle rarement et a consacré beaucoup de son énergie à orchestrer une campagne de diffamation contre Jean-Bertrand Aristide. Lynn Garrison, ancien pilote de combat canadien, devenu cascadeur aérien à Hollywood puis conseiller politique des militaires putschistes, passe ses nuits sur un lit de camp au quartier général militaire de Port-Au-Prince. A son chevet, l’inventaire des médicaments, des toiles et des carnets de notes qu’il est allé saisir au palais présidentiel pendant que les militaires tiraient encore sur la foule. Objectif : démontrer que l’ancien président est un malade mental, bourré de médicaments, fasciné par le supplice du "Père Lebrun", collectionneur de fétiches vaudous, bref, un homme dangereux, incapable de diriger le pays. Les dossiers ont immédiatement été remis à l’ancien attaché militaire américain de l’ambassade à destination de la CIA. A l’heure annoncée du retour d’Aristide, le prêtre-élu de Haïti est ainsi devenu un "psychotique maniaco-dépressif avec tendance prononcée au meurtre et à la nécrophilie", une thèse reprise tout haut par des sénateurs républicains appuyés par une partie du Pentagone et de la CIA qui mènent campagne contre le retour d’un prêtre à l’odeur de soufre communiste. Simple désinformation destinée à faire oublier les centaines de mort du coup d’état, l’implication des militaires dans le trafic de cocaïne et le pillage de millions de dollars dans les caisses de l’Etat.. ? Sans doute. Mais la campagne a dégradé l’image d’Aristide-homme-intègre et mis en difficulté Bill Clinton, partisan de son rétablissement. Quand au Canadien Lynn Garrison, surnommé "l’ombre", il n’a pas hésité à arracher, menaçant, le film d’un photographe qui l’approchait, en expliquant que "dans ce pays, un homme pouvait mourir pour oser ce genre de choses."

1988

Par Jean-Paul Mari

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