IRAK

VOYAGE EN IRAK

Carnets de route


- Vendredi 14 octobre : "CNN : le retour". Les revoilà, les mêmes images de Gi’is lourdement chargés, le regard déterminé, le fusil d’assaut pointé en direction du désert koweitien vide d’ennemis. Et les mêmes propos guerriers, "c’est dur..mais s’il faut y aller..on est prêt..tiens toi bien, Saddam !" Les revoilà les reporters de CNN sur le toit de tous les grands hôtels de la région : "Le language de la force se fait entendre" dit d’une voix martiale, un reporter blond pâle en serrant bien fort son micro. Même Peter Arnett, vétéran journaliste de la guerre du Golfe, a retrouvé sa place à Bagdad. La guerre n’a pas encore commencé qu’elle a déjà retrouvé son attirail complet audio-visuel :"Le pentagone affirme..la Maison Blanche dit..Le président Clinton avertit.." Les USA ont le matériel, donc la force, donc ils ont raison. Et qu’importe si on écarquille les yeux en se demandant comment une grotesque gesticulation militaire irakienne a pu justifier l’envoi de toute une armada américaine. On sent le désir de Washington "d’y aller", pour défendre "nos interêts vitaux", si fort que la déception pointe quand les Irakiens font trop vite marche arrière. "Plus jamais ça !" martèle les américains sur CNN, où l’on décrète aussitôt comme "absolument indispensable" une large zone d’exclusion militaire en Irak, manière de fossiliser l’Irak dans son embargo et éventuellement de permettre à l’Arabie Saoudite, sujette à quelques difficultés financières, de continuer à vendre un maximum de pétrole. CNN peut rapatrier ses caméras.

- Samedi 15 octobre : Marché aux voleurs de Bagdad, l’or des pauvres. Le jeune homme tient, à la main, une paire de chaussures de football, noire, bien cirée, avec des crampons en bon état. Mise à prix : 600 dinars. l’équivalent de 6 Francs. Adnan adore jouer au foot mais il doit rentrer au lycée et il a besoin d’argent, d’au moins six cent dinars, la moitié d’un salaire de petit fonctionnaire. A côté, un homme a posé à même le sol l’évier d’un lavabo de salle de bains. Prix : soixante dix francs. Il grimace : "A quoi sert un lavabo de toilette quand on n’a plus les moyens de se payer des savonnettes." En trois ans, l’inflation a explosé, on transporte de gros sacs de billets de mauvais papier, pour payer les choses du quotidien. Trois dinars avant la guerre pour un sac de cinquante kilogs de pain ; sept mille dinars aujourd’hui ; cinq mille dinars autrefois pour une voiture, deux millions aujourd’hui ! Un simple poulet coûte désormais l’équivalent d’un salaire et demi. Alors comment font-ils ? Les fonctionnaires et les officiers ont accès à des magasins spéciaux ; certains recoivent quelques dollars miraculeux de leurs familles exilées à l’étranger, les autres se privent, crèvent de faim ou vendent tout ce qu’ils ont chez eux. Et pour la première fois, en Irak, des hommes vous prennent les mains, dans un ascenceur, un coin de rue, un taxi et, toute honte bue...ils mendient. Dans une petite échoppe du souk, un commerçant se penche sur un collier et un médaillon en or. Muschrouk, le client, attend le verdict. Il s’est marié six mois plus tôt et a déjà vendu ses alliances. Son magasin d’informatique est désert, faute de matériel à vendre. Sa voiture "Caprice" est immobilisée avec deux pneus éclatés. Quand il a dit à sa femme qu’il allait vendre ses bijoux, elle a pleuré et ouvert le tiroir où elle les conservait. Maintenant, il attend. Le commerçant se relève, pose sa loupe et lâche : " Jolie pièce...78 000 dinars." Muschrouk pâlit. Les deux pneus de la "Caprice" valent déjà cent mille dinars.

- Dimanche 16 octobre : Route de Bassorah, "l’oreille des déserteurs." On roule depuis des heures et le flot des camions militaires chargés de tanks ne se tarit pas : les divisions de la Garde Républicaine se retirent de la proximité de la frontière du Koweit. La "Garde", l’unité d’élite qui a écrasé les Kurdes au nord et les Chiites au sud, l’orgueil du régime..est en piteux état. Une bonne partie des camions sont en remorque et des équipes de mécaniciens s’épuisent à changer les pneus qui éclatent sous le poid des blindés. Les hommes eux mêmes ont l’air et l’uniforme fatigué, les godillots troués et des vestes qui flottent sur des corps amaigris : "on mange peu et mal" souffle un soldat aussitôt rabroué par un officier. Celui-ci a fait toutes les guerres, celle du Golfe bien sûr mais aussi celle, interminable, contre l’Iran. La route de Bassorah en garde encore les vestiges, comme de vilaines cicatrices laissées par les fossés anti-chars, les buttes de terre longues de dizaines de kilomètres, les collines artificielles où s’élevaient les batteries anti-aériennes et ces champs de roseaux incendiés pour dégager la ligne de tir. Pour endiguer la Marabounta des soldats-fourmis iraniens, ils ont crevé de faim, de soif, de maladie, dans la boue ou sous le feu. Et aujourd’hui, on demande aux appelés de payer leur uniforme, leur nourriture, leur moyens de transport pour aller en permission. Alors, de plus en plus nombreux, ils désertent, fuient par le Kurdistan. Ils savent ce qui les attend si on les reprend : la première fois, une oreille coupée ; la deuxième, la main, comme les voleurs ; la troisième, le pied. Un médecin évadé a affirmé qu’on avait mutilé ainsi 350 personnes dans son hôpital. Huit cent soldats auraient déjà subi le même sort. Les chirurgiens qui refusent risquent eux aussi de se voir amputer d’une oreille. Et comme les autres, ils doivent pouvoir payer le prix de l’anesthésie. Ou s’en passer.

- Lundi 17 octobre : "La route d’Ali Baba." Il fait encore jour mais déjà les voitures se font rares. Sur les deux cent kilomètres de Kut à Amara, au sud de Bagdad, les militaires désertent les check-point avant la tombée de la nuit. Quand vient l’obscurité, plus personne ne roule. C’est l’heure "d’Ali Baba" disent les chauffeurs. L’heure des pillards, bandits de grand chemin ou déserteurs en cavale, qui n’hésitent pas à attaquer les convois officiels. Quelques jours plus tôt, des hommes armés de kalachnikov ont arrêté un bus bourré de journalistes étrangers. Ils ont discuté longtemps pour savoir s’il fallait tous les exécuter, les ont battus, puis ont tout emporté. Journalistes et accompagnateurs se sont retrouvé en sous-vêtements, en pleine nuit, à un kilomètres d’un barrage de militaires qui n’ont pas bougé en entendant les coups de feu. Les accompagnateurs, pourtant armés de pistolets, n’ont même pas osé s’en servir. "On a l’impression que Saddam ne contrôle plus la sécurité dans le sud du pays" dit un occidental installé à Bagdad. La capitale elle même est devenue dangereuse. On se fait arracher son sac en plein jour à quelques centaines de mètres du palais de Saddam Hussein, l’endroit le plus protégé d’Irak. On se barricade la nuit venue, porte close, dans une maison entourée de barbelés, de chiens, d’alarmes et bardée de serrures inutiles. "Chaque soir, je démonte les quatre roues de ma voiture" dit un habitant. Surtout ne pas bouger en cas de cambriolage. Un petit commerçant a esquissé un geste de défense en ouvrant son magasin ; il est mort une balle dans la tête. "Ici, on tue pour moins de dix francs" dit un habitant. "La mafia prospère, les policiers se taisent et aucune enquête n’aboutit". Un vieil homme de soixante dix ans, imprimeur connu et respecté, a eu l’audace de vouloir récuperer son local, transformé en bordel dans un quartier populaire. On a retrouvé le vieillard, plusieurs jours plus tard, dans le coffre de sa voiture, étranglé, un fil de fer autour du cou.

- Mardi 18 octobre : "Les marais secs de Bassorah." Peu à peu, le regard se noie. La terre fume sur des kilomètres et exhale vers le ciel une vapeur sâle qui embrume le paysage et voile le soleil. Ne reste que d’immenses flaques d’eau noire au bord des routes d’où émergent des blocs de béton, des ferrailles tordues, des monceaux d’ordures, souvenir de toute la quincaillerie de la guerre, de ses destructions, de ses gravats. Le monde ici ressemble à un infini terrain vague. Le régime a décidé d’assécher 450 000 hectares de marais au bord de la frontière iranienne. Il y avait des marais ; il n’y a plus qu’un désert d’une terre, encore liquide à cause du manque de pompes, une boue grise comme les maisons, les véhicules et les hommes qu’elle enduit de sa pâte. Officiellement, il s’agit de lutter contre l’embargo et la pénurie alimentaire en installant vingt sept mille agriculteurs dans cette zone "stérile, inutile". On en profite pour mettre à nu le marais, celui qui abrite une population chiite et sa résistance qui mène, au nom d’Allah et de Téhéran, la vie dure aux troupes gouvernementales. Iran-Irak, la vieille guerre n’en finit pas. La semaine dernière, une bombe a explosé dans les locaux du ministère des affaires religieuses à Bagdad, faisant un mort et cinq blessés et, dans le port de Bassorah, Saddam Hussein a fait ériger des dizaines de statues de bronze réprésentant des généraux irakiens un doigt accusateur pointé pour longtemps en direction de l’ennemi persan.

Mercredi 19 octobre : "Bidouns", les nomades de la guerre." Il fait presque nuit et ils chantent, "Koweit, c’est notre pays !" Tissu à carreaux rouge et blancs sur la tête, tunique blanche, habit traditionnel koweitien, ils nous attendaient depuis huit heures du matin, un mégaphone à la main, devant les quelques centaines de tentes installées à la limite de la zone démilitarisée au sud de l’Irak, à bout touchant de l’émirat du koweit. On les appelle les "Bidouns", c-a-dire les "Sans", comme "Sans nationalité". Ils sont quinze à vingt mille, anciens résidents de l’émirats, irakiens installés depuis cinquante ans au Koweit ou bédouins fixés dans les grandes villes. Certains, anciens soldats ou officiers, montrent leur carnet militaire, leurs diplômes et leurs passeport provisoire frappés au sceau de l’émirat. Dès la fin de la guerre, les Koweitiens on essayé d’exorciser leur grande peur en expulsant tout ce qui n’était pas strictement issu des grandes familles de l’émirat doré. Cadres palestiniens, immigrés irakiens, domestiques philippins ou "Bidoun"...on a ratissé large. Et aujourd’hui, les expulsés sont là, regroupés "spontanément" dans des centaines de tentes de l’armée irakienne, installés en plein désert, avec de l’eau et des vivres. Qu’importe l’organisation trop parfaite pour être honnète, les discours trop polis et les chants orchestrés, les "Bidouns" sont de vrais réfugiés injustement chassés de leur pays et, pour Bagdad, toujours prêt à retourner l’argument des "droits de l’homme", une belle aiguille dans le flanc du Koweit.

- Jeudi 20 octobre : "Saddam Hussein et les caméras de l’Unscom."

Au fin fond de l’Irak, au bord des eaux du Khor Al Abdallah, sur la frontière avec le Koweit, il y a un grand port, tout encombré de carcasses de cargo rouillés, de grues aux bras immenses et immobiles, de péniches envasées et de hangars aux toits crevés. Dans la boue qui couvre les berges, la seule activité est celle d’étranges animaux, mi-poissons, mi-reptiles, qui rampent sur la terre mouillée et avalent tout, lentement, comme s’ils se nourrissaient de bois, de métal et de rouille, tout ce qui reste de la guerre. Bombardé pendant la guerre du Golfe, Oum Quasr, détruit, est devenu limitrophe du Koweit après qu’un coup de crayon de l’ONU ait amputé l’Irak de six kilomètres de désert et coupé la ville portuaire en deux. Depuis, un grand fossé de cinq mètres de profondeur sépare les deux pays dans cette zone démilitarisée large de quinze kilomètres où, seuls, patrouillent les hommes de l’ONU. En avion ou en hélicoptère, ils peuvent observer tout mouvement jusqu’a dix kilomètres de la zone interdite.."et même pendant la dernière crise, nous n’avons observé aucun mouvement de troupes à l’intérieur de cette zone" explique Vesselin Kostov, un bulgare responsable de la base. A six cent kilomètres de là, d’autres responsables de l’ONU contrôlent les activités irakiennes. "Interdit de bloquer le champs des caméras.."prévient un panneau installé dans la plus grande unité de productions d’explosifs du pays. Cent quatre vingt trois sites d’armement balistique, chimique, biologiques et nucléaires sont ainsi sous le regard constant de caméras reliéés à un centre d’experts de l’ONU. Saddam est sous surveillance. "Nous avons satisfait à toutes les conditions posées par les Nations-Unies",dit Hamid Youssef Hamadi, ministre de l’information, "mais, avant de lever l’embargo, les américains veulent la chute de notre président. Et ils ne l’auront pas." Saddam Hussein est intangible, voila ce que martélent les officiels et les milliers de portraits qui constellent les rues de Bagdad, les billets de banques et jusqu’au moindre timbre poste. La crise ? Une victoire, bien sur, puisqu’elle a dévoilé des divergences au sein de la coalition et qu’on a enfin reparlé de l’embargo. Pour le reste..." L’embargo va craquer prochainement" dit le ministre d’une voix tranquille."Le monde va avoir besoin de pétrole et nous sommes assis au bord d’un lac de 144 milliards de barils. L’embargo est dur mais nous pouvons le supporter." L’irak est fort, solide, puissant, l’avenir lui appartient. Voila le message de Bagdad et ses certitudes. Comme les américains sont surs de leur force. L’embêtant, dans cette histoire, est que tout le monde est sur de tout.

Encadré :

On enfile des blouses de chirurgien maculées d’un sang noir, des bonnets et des gants de caoutchouc périmés, troués, à force d’avoir été lavés. Les mêmes que l’on utilise, chaque matin, dans cette salle d’opérations du " Général Hospital Saddam", le plus grand hôpital du quartier le plus peuplé, - trois millions de personnes- , et le plus pauvre de Bagdad. Pour fouiller le ventre d’un patient, il faut un air stérile, de la lumière et des instruments précis. Ici, la moitié des lampes halogènes du bloc opératoire sont hors d’usage, les pinces ne serrent plus, les ciseaux en acier spécial ne coupent plus, le fil est périmé, les aiguilles stérilisées à l’eau chaude, le bloc lavé avec une savonnette. Le cautérisateur électrique est en panne, par manque de pièces détachées. Le monitoring cardiaque, en panne ; l’appareil de réanimation, en panne ; le respirateur artificiel, en panne ; comme le climatiseur, transformé en simple ventilateur et qui crache droit sur la table d’opération l’air pollué de la rue. Plus de médicaments cardiaques, plus d’insuline, si peu de valium, plus d’anesthésique local : "Ici, on recoud à vif" dit un chirurgien désespéré, "encore six mois, et on opèrera sans anesthésie." L’Irak avait les meilleurs spécialistes de la région, les meilleurs hôpitaux et importait chaque année cinq cent milliards de dollars de médicaments. Depuis trois ans, avec l’embargo, plus rien n’entre dans le pays. Il suffit d’entrer dans une pharmacie de la rue Saaddoun, au centre de la ville, de s’asseoir une heure durant, de regarder défiler la longue file des clients, une ordonnance à la main, et le pharmacien, le dos à des étagères pratiquement vides, secouer la tête en répétant : "Pas disponible...". Reste le marché noir et ses médicaments, périmés, au prix de l’or. La malnutrition, l’infection véhiculée par une eau viciée et des égouts qui éclatent à ciel ouvert, l’absence de traitement : le triangle infernal devient vite meurtrier. Hépatites, amibiases, gastro-entérites mêmes en hiver, pneumonies en plein été... En trois ans ans, la mortalité infantile a triplé. Dans le plus grand hôpital de Bagdad, spécialisé en pédiatrie on met deux nourrissons par lit et les bébés morts, conservés dans des caisses de cartons au congélateur, attendent longtemps que les parents aient les moyens de se payer le luxe d’un enterrement. Dans une chambre, une petite fille d’un an à peine respire trop vite, le front couvert d’une mauvaise sueur. Alia, un an, est terrassée par une violente crise d’asthme. Ailleurs, on lui tendrait un aérosol de ventoline et elle s’endormirait, calmée. Geste simple, interdit, ici. A côté d’elle, une autre petite fille, d’un an également, ne pèse que trois kilos. Petite chose momifiée par la faim et la maladie, à l’image des gosses du Soudan ou d’Ethiopie. Il faudrait un liquide de perfusion et une nourriture particulière, hautement proteïnée. On n’en a pas. Elle va mourir. En chirurgie, un garçon de douze ans hurle. Il a été opéré d’une obstruction intestinale. L’opération s’est bien déroulée mais, pour lutter contre la douleur, on ne peut lui donner que l’équivalent de l’aspirine. Après tout, il a de la chance... Plus que ce gamin de six ans, opéré d’une simple appendicite. Au réveil, un oedème allergique a commencé à serrer sa gorge. Il aurait suffit d’un peu de cortizone. Il est mort étouffé. "Dire à une famille que son gosse a une leucémie n’est déjà pas facile", confie un cancérologue, "mais comment lui dire, que nous sommes désormais impuissant ?" Tous les enfants d’Irak ne meurent pas à cause de la pénurie. Certains survivent. Comme Sumiyeh, 12 ans, la jolie petite fille de Muhamed. Elle a toujours souffert de crises d’épilepsie. Grâce à un médicament, la "dépaquine", Sumiyeh avait une vie normale. Et puis, avec l’embargo, la drogue s’est faite rare. Son père a couru tout Bagdad. En vain. Il a fallu réduire les doses, les espacer. Et Sumiyeh a recommencé à avoir des crises fréquentes. Quand la dépaquine a été épuisée, Sumiyeh se débattait, convulsive, la bouche pleine de salive, quatre à cinq fois par jour. Pendant des semaines. Et Muhammed, son père, en pleurait de rage et d’impuissance. Quand ses amis, de passage en Jordanie, ont réussi à lui rapporter le médicament, le médecin a dit que la maladie avait déjà fait trop de dégats dans le cerveau de la gamine. Hier, son père l’a surpris en train de boire de l’eau croupie, à pleines mains. Voilà longtemps que Sumiyeh, 12 ans, ne parle plus, ne comprend plus et rampe, comme un bébé, à même le sol. Celle là n’entendra jamais l’histoire du méchant Saddam, du pétrole koweitien, des Gi’s américains et de l’embargo.

Par Jean-Paul Mari

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