BIRMANIE 2000

Olivier Weber, Payot/ Voyageurs, 2000

Chasseurs de dragon, Voyage en Opiomie

Récit d’aventures d’un journaliste français qui a remonté la filière du trafic de la drogue, des confins du Croissant d’or (Afghanistan, Pakistan et Iran) et du Triangle d’or (Birmanie et Thaïlande) jusqu’à l’Europe et l’Amérique

Extrait

Chapitre 6

Caravanes

L’oasis respirait le calme. Hormis les propos désabusés de Zia Ul Haq, Fayzabad ne laissait rien filtrer de son lucratif trafic. Les caravanes chargées d’opium ne semblaient pas s’y arrêter, et les seuls convois que nous aperçumes consistaient en de longues files de chèvres et de mules descendues des montagnes pour la transhumance. Des sacoches pendaient au flanc des montures. Cachaient-elles de l’opium ? Mon compagnon de route ne se hasarda pas à poser la question. Moi non plus.

Les services secrets américains qui aidèrent les moudjahiddines afghans dans leur lutte contre les Soviétiques surent très tôt que leurs protégés s’adonnaient au trafic de l’opium et de l’héroïne. Les maîtres de la CIA fermèrent les yeux. Les royalties de l’or brun permettaient aux résistants de poursuivre la guerre sainte et d’inonder accessoirement les garnisons soviétiques de poudre blanche, comme le furent les GI’s au Vietnam par des trafiquants inféodés aux Vietcongs. Dans la jungle, un officier de l’ethnie Méo, Vang Pao, permit aux Américains de marquer quelques points en lançant ses commandos sur les lignes de ravitaillement des soldats de Ho Chi Minh. Il était de notoriété publique que le major Vang Pao trafiquait et vendait la pâte brune aux fumeries de Saigon. Sur ces activités occultes, la CIA ne dit mot. La même attitude dicta leur conduite dans les maquis afghans. Un agent, un seul, s’éleva contre cette politique de l’autruche qui risquait de se retourner contre les intérêts américains un jour ou l’autre. David Meilock, officier de liaison de la centrale auprès du Congrès, dénonça le trafic dès 1983. On lui ordonna le silence. Il ne fit plus jamais entendre parler de lui.

La contrée regorgeait de récits sur les chercheurs d’or. Dans des rivières de montagnes, des orpailleurs s’affairaient à trier le sable et les paillettes d’or. On racontait que jadis les peaux de bêtes jetées dans les torrents permettaient de récolter les précieux débris. Était-ce une version orientale de la Toison d’Or de Jason ? La corne d’abondance avait en tout cas disparu. Le Badakhshan n’était pas le Klondike. Les orpailleurs des montagnes ne récoltaient que quelques grammes de-ci de-là, ce qui constituait déjà les prémices d’une fortune. Mais les vallées délivraient désormais un autre butin en amont. L’or brun de l’opium remplaçait les richesses antiques.

 Vous voulez vraiment aller dans les vallées de l’opium ? Ahmed Khan, assis en tailleur dans son salon, n’était guère rassuré par ma requête. Il enlevait sans cesse son turban dont il avouait jamais ne se départir même la nuit et se grattait le cuir chevelu, geste qui devait traduire à la fois l’existence de démangeaisons et une profonde perplexité. Il avait l’air de me prendre pour des dingues. J’insistais, prétextant du soutien du gouverneur tout puissant.
 Bon, finit par répondre Ahmed, d’abord il faudra trouver une jeep, et ici, ce n’est pas une mince affaire. Ensuite, la route est dangereuse, on ne sait jamais ce qui va vous tomber sur la tête, de la neige, des rochers, de la boue. Enfin, il y a les bandits. Ils rançonnent pour pas grand chose. Ah, j’oubliais, les planteurs et les trafiquants n’aiment pas beaucoup que l’on vienne fourrer le nez dans leurs affaires. A part ça, il n’y a pas de problème. Cela certes faisait beaucoup d’inconvénients à la fois mais je ne voulais pas renoncer. Ahmed Khan était notre homme. Il connaissait le terrain et les commandants du coin. Il était respecté, craint même par certains combattants de l’oasis. Lui seul pouvait assurer le passage vers les vallées de l’opium. Il sirota un thé, laissa planer le silence comme il aimait tant le faire, rajusta son turban blanc et son châle de laine.
 Bon, je vais retarder le voyage pour Kaboul, les avions ne sont pas très sûrs en ce moment ! Il se leva et lança :
 Vous l’avez voulu, on y va, et on part demain ! Il décida de partir vers l’Est, de remonter la vallée qui mène aux sommets de l’Hindou Kouch, vers le Wakhan, cet autre toit du monde peuplé de quelques nomades et de yaks, à 4000 mètres d’altitude, que traversa Marco Polo. Le lendemain à l’aube, nous fermâmes la chambre d’hôte. Ahmed Khan avait les yeux qui brillaient. Le voyage vers les sources de l’opium semblait l’exciter. Il demeurait vague sur cette haute vallée mais je sentais qu’il était prêt à délivrer ses secrets une fois que nous eussions quitté Fayzabad. Je dus effectuer une liaison radio avec Alex à Mazar-I-Sharif. Nous essayâmes la poste locale où un moudjahiddine penché sur un large pupitre s’affairait à brancher une trentaine de cordons. Le hall ressemblait au central téléphonique d’un grand hôtel, sauf que la saleté des lieux et la vétusté des appareils dénotaient une fâcheuse propension à se moquer de la modernité et du "fil qui parle". Nous étions dans le bureau des Postes et télécommunications de Fayzabad, à deux pas de la caserne de Zia Ul Haq. Des enfants tournaient sur la grande place, quelques paysans déchargeaient leur ballot avant de descendre près du torrent pour se rafraîchir les jambes. Quand le préposé des P et T, affairé à manipuler des cordons et à brancher deux interlocuteurs, comprit le sens de notre démarche, il nous expliqua gentiment que son téléphone n’avait qu’une portée de cinq kilomètres. Ahmed Khan me signala l’existence d’un petit bureau des Nations Unies, tenu par un Somalien qui vivait seul dans la bourgade, un peu désespéré Il était sans doute possible d’y transmettre un message à Alex. Nous traversâmes la rivière Koksha sur le pont métallique. Le torrent était tumultueux, les flancs escarpés. Quelques maisons s’accrochaient aux deux versants. Au-delà, Ahmed désigna une splendide maison construite sur un rocher, sorte d’îlot posé sur le torrent. Une passerelle en dur reliait la bâtisse blanche à la rive.
 C’est la maison d’Omar le Somalien, signifia le guide. Il mène la belle vie et en plus, il est payé en dollars. Omar siégeait un peu plus loin, à l’entrée de l’oasis, dans une ancienne école, petit bâtiment de pierres blanches où s’accumulait la poussière de la piste. Des sacs de blé étaient entreposés dans la cour. Des Afghans s’affairaient à compter les sacs et à les charger dans des jeeps. Omar nous accueillit royalement. En fait, il n’était guère de l’avis d’Ahmed sur l’existence qu’il menait. Il s’ennuyait à en mourir dans cette oasis et se lamentait sur son sort. Ronde et trapue, sa silhouette détonait au milieu de la noria des manoeuvres afghans. Un large sourire illuminait son visage. Omar était apparemment heureux qu’on vienne lui rendre visite. Il ne pouvait même pas avoir le mal du pays puisque la Somalie n’était plus un pays, disputée par des chefs de tribu. Ce qui l’inquiétait, c’était la pente descendante qu’empruntait l’Afghanistan. Encore quelques mois et la dernière parcelle d’autorité disparaîtrait. Le pays ressemblerait alors au corps de la chèvre décapitée et disputée lors des parties de bouzkachi, ce jeu violent où deux équipes tentent à cheval de s’approprier le trophée. Tous les coups étaient permis et à la fin de la chevauchée on ramassait des corps aux membres fracturés, au visage ensanglanté. Omar nous désigna sur la carte d’Etat major qui s’étalait sur le mur de son bureau la vallée de Qasdeh, au delà de Fayzabad, sur la route d’Iskashim. Peut-être aurions nous la chance de découvrir la dernière récolte de pavot, tardive en raison d’un été peu ensoleillé. Lorsqu’il sortit de son bureau pour rejoindre sa demeure sur le torrent, les Afghans se retournèrent, étonnés de trouver un homme à la peau noire perdue dans cet endroit. Il nous restait à trouver un moyen de transport. L’affaire n’était pas simple, comme l’avait signalé Ahmed. Il y avait très peu de voitures à Fayzabad, encore moins en état de marche, et pratiquement pas de chauffeurs susceptibles de se rendre à Qasdeh. Sur la grand place, à côté du bureau de Zia Ul Haq, nous louâmes les services du propriétaire d’une vieille jeep soviétique, bariolée de vert vif, de jaune et d’orange, couleurs de camouflage appréciées lorsqu’on se rend au royaume de l’opium. Il demanda une fortune eu égard aux prix pratiqués à Mazar et je consentis à débourser cent dollars pour l’aller et le retour, à condition que l’engin tienne jusque là. Il fallut encore attendre une journée pour que Sayed, le chauffeur, réparât son véhicule qui semblait rendre l’âme à tout instant. A chaque tour de la place, le moteur dégageait de volumineux jets de vapeur et Sayed remplissait à nouveau le radiateur. Les enfants s’approchaient et tentaient de sauter dans la jeep, ce qui contribuait à énerver passablement le conducteur, déjà bien agité. Je tentais de calculer à combien de tours de la place équivalait le voyage à Qasdeh et finis par y renoncer. Ce parcours-là ne serait pas de tout repos. Nous embarquâmes le lendemain aux aurores, munis de nourriture et de couvertures. La jeep traversa l’oasis à cinq heures du matin, dans la pénombre. Quelques commerçants s’affairaient à balayer devant leurs portes, des paysans chargés de bois et de meules de foin descendaient des montagnes sans trébucher sur les pierres malgré l’obscurité. Nous saluâmes le tenancier du caravansérail au passage et les chevaux commencèrent à s’ébrouer devant les flammes attisées. Ahmed Khan paraissait à la fois inquiet et excité. Je découvris une étrange lueur au fond de son regard, une expression de folle dévotion rentrée. Était-ce la perspective de voir enfin les champs de pavot ? Ou la crainte de rencontrer quelque seigneur de guerre devenu avec la fin de la djihad bandit de grand chemin ? Je somnolais, emmitouflé dans un patou, une couverture afghane. Déjà la piste serpentait, gravissait la montagne. Bientôt nous découvrirons les fleurs du mal.

La route fut longue. Douze heures de piste nous brisèrent les reins. Fatigué de rouler au fond de la jeep, Ahmed Khan choisit de rester debout sur les montants du pare-chocs arrière, accrochés aux barres du toit. La lumière était extrêmement pure. Le paysage se dénudait au fur et à mesure que nous nous élevions vers les sommets de l’Hindou Kouch. Des falaises en dents de scie bordaient la haute vallée. Des éboulis de roches témoignaient des soubresauts fréquents de la montagne. Parfois, la jeep mordait sur les côtés et Sayed rattrapait à temps l’embardée. Un faux geste et nous eussions basculer dans le vide. La jeep peinait. Il fallait s’arrêter tous les deux kilomètres pour remplir le radiateur. Ahmed Khan pestait contre ce véhicule d’un autre âge légué par l’ex-envahisseur soviétique. Sayed, lui, louait le ciel pour ne pas tomber en panne, et les yeux mi-clos, mais vigilant, psalmodiait une chanson du cru. Nous allions chercher l’eau en contrebas ou dans les rus dévalant le versant rocheux. L’air se raréfiait. Les paysans au pas lent économisaient leurs gestes dans les champs en terrasses. Une caravane de moutons conduite par une famille de bergers à cheval dégagea un nuage de poussière jaune, noyant la piste sur plusieurs centaines de mètres comme une fumée de brousse incendiée. Cette transhumance était étrange, et l’ascension vers la vallée de Qasdeh prenait des allures d’expédition. Bientôt apparaîtraient les contreforts du Pamir que décrivit Marco Polo. "Par cette plaine on va chevauchant douze journées et elle est appelée Pamir. Pendant ces douze journées, on ne trouve ni habitation ni auberge, mais c’est un désert tout le long de la route, et l’on n’y trouve rien à manger : les voyageurs qui doivent passer par là, il convient qu’ils emportent avec eux leurs provisions. Là ne sont aucuns oiseaux, à raison de la hauteur et du froid intense, et pour ce qu’ils n’y pourraient rien trouver à manger. De plus, je vous dis qu’à cause du grand froid, le feu n’est pas aussi clair et brûlant, ni de la même couleur que dans les autres lieux, et les viandes ne peuvent pas bien cuire". Nous croisâmes un tank monté sur pneumatiques qui roulait à vive allure sur une portion plate de la piste. La jeep s’écarta. Une dizaine de moudjahiddines dépenaillés riaient à gorge déployée, saluant les voyageurs avec leurs fusils pointés vers le ciel. Sans doute le blindé annonçait-il une puissante caravane. Sayed n’osait pas bouger.
 C’est Bachir Khaled, dit respectueusement Ahmed Khan. Au loin, je vis un long convoi de jeeps et de voitures cahotant sur les pierres. Quand il nous aperçut, le conducteur de la jeep de tête s’arrêta. Escorté par une nuée de gardes, Bachir Khaled nous dévisagea, nous salua et continua sa route. Il n’avait échangé que quelques phrases. Il avait l’air soucieux de sa descente des montagnes. Sayed reprit la piste qui devenait de plus en plus raide et caillouteuse. A gauche, un versant si proche que l’on pouvait le toucher de la main ; à droite, un ravin étroit et profond. Dans certaines portions de la vallée, le soleil paraissait interdit, sauf à son zénith. La couleur de la pierre alternait, rouge, ocre, jaune, noire, verte. Nous traversâmes un bourg ombragé en reconstruction. Ici commençaient les villages ismaéliens. Baharak ne disposait que d’une grande et large rue, et de petites bâtisses d’un étage s’étalaient de part et d’autre. Une villa somptueuse en marquait l’entrée : bordée d’un vaste et verdoyant jardin, la maison était criblée d’impacts de balles.
 C’était la résidence de l’ancien chef du district. Les moudjahiddines l’ont liquidé, dit Ahmed Khan. A gauche, la piste s’élançait vers les sommets de la frontière ex-soviétique et le Tadjikistan. C’est de là que partaient les raids fomentés par les islamistes radicaux, qui s’infiltraient dans toute la région. Ils convoyaient des armes et des Corans vers le Tadjikistan et préparaient ainsi la grande djihad, qu’ils voulaient étendre vers la Chine et l’Inde à l’Est et jusqu’aux rives de la Méditerranée à l’Ouest. A droite, la piste continuait son ascension vers les sommets et les champs de pavot. L’attente devenait intenable. Ahmed Khan mourait d’envie de contempler ces plantations maléfiques, et moi de commencer mon pèlerinage. Nous déjeunâmes d’un plat de riz et de mouton dans une tchaïkhana neuve, aux murs blanchis à la chaux, disposant de fenêtres. L’endroit paraissait très luxueux, comparé aux relais croisés sur la route. Baharak respirait l’opulence, et après la bifurcation de la piste, un nouveau monde se dévoilait. Des ouvriers construisaient des maisons cossues, des commerçants ouvraient des échoppes, un notable inaugurait un restaurant. Ces inaugurations, banales au Pakistan, finissaient par devenir extrêmement rares dans ce pays.
 On reconstruit à tour de bras, dis-je à Ahmed Khan.
 Le pays a été très détruit pendant la guerre, se contenta-t-il de répondre.
 Pensez-vous que ce sont les royalties de l’opium ? Il sourit, ajusta son turban et répondit avec flegme :
 Bien sûr, qu’est-ce que vous croyez, d’où vient cet argent, on est en guerre après tout ! Ici commence le territoire des planteurs et des caravaniers.

Brusquement, au sortir de Baharak, un bruit sourd retentit devant nous. Ahmed Khan sursauta, Sayed stoppa la jeep. Nous crûmes un instant que des moudjahiddines croisaient le fer en amont, ou que nous étions l’objet d’une quelconque escarmouche, fréquente en ces montagnes, et de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que la route s’élevait. L’air raréfié diminuait l’enthousiasme des paysans mais assurément pas celles des bandits, féconds en altitude. Un moudjahiddine se porta à notre rencontre. Une sorte de débroussailleuse reposait sur son ventre. L’homme nous fit de grands signes et parla d’une voix vive. Il s’agissait d’un démineur qui nous recommanda de passer sur le bas côté. Plus haut, ses compagnons s’affairaient à déterrer plusieurs mines, dispersées aux alentours d’un petit fortin soviétique. Huit paysans et enfants étaient morts depuis le départ des soldats ennemis, qui n’avaient pas laissé les plans du minage. Un Afghan aux cheveux gras m’invita à examiner les lieux. Devant le fortin, à cinq pas de la route commençaient des pâturages, entièrement minés.
 Quiconque s’aventure en dehors de cette route est en danger de mort, avertit le démineur. Boum boum ! Il fit mine d’appuyer sur un détonateur et je sursautais. Saïd Ali Akbar avait été commandant de l’armée régulière afghane avant de passer avec armes et bagages du côté de la résistance. Pendant cinq ans, il s’habitua aux dures conditions des moudjahiddines : l’attente dans des grottes tout l’hiver durant, les escarmouches à la fonte des neige, peu d’heures de sommeil et une pitance frugale, les poux, le froid, la faim, quelquefois la maladie, et des blessés à transporter à trois jours de marche, jusqu’au dispensaire de Yakmal, dans le maquis au-dessus de Fayzabad. Avec la victoire des combattants de la foi, il fut affecté au déminage. La mission était aussi dangereuse. De temps à autre, l’un de ses hommes sautait sur un engin de mort.
 Boum boum ! Saïd prenait goût à effrayer le fransaoui. A chaque fois, je croyais recevoir une décharge électrique, et mes sursauts déclenchaient l’hilarité de la petite troupe. Saïd Ali Akbar riait calmement : il admit que tout ceci constituait un cadeau empoisonné de la part des Soviétiques et que les Afghans en payaient encore le prix. D’ailleurs, il ne croyait pas à la paix.
 Après la guerre, ce sera la guerre civile, lança-t-il. Il parla des combats fratricides près de Kunduz et à Kaboul, mais resta silencieux sur le pavot. Il se retira en ajoutant qu’il lui restait beaucoup de travail. Oui vraiment, beaucoup de travail. Dix millions de mines avaient été semées dans les champs et sur les chemins d’Afghanistan.

Olivier Weber

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2000

Par Olivier Weber

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