FRANCE , INDONESIE 6 octobre 2014

Thomas Dandois et Valentine Bourrat, journalistes arrêtés en Papouasie (Indonésie).

Deux mois déjà de détention ! Menace d’un procès se précise. Une pétition est lancée.

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Deux mois déjà ! Depuis le 6 août dernier, Thomas Dandois (40 ans) et Valentine Bourrat (29 ans) sont toujours détenus par les autorités indonésiennes. Deux mois déjà ! L’été est passé et on a rapidement compris qu’ils ne seraient pas expulsés, donc libérés rapidement. A la rentrée, la question était d’essayer de comprendre pourquoi les autorités indonésiennes, le chef de la police locale et de l’immigration, s’acharnaient à vouloir alourdir le dossier à charge et à aggraver le sort des deux reporters. Entretemps, les assassinats barbares par les fanatiques de Daech de journalistes et d’humanitaires américains et britanniques en Syrie et du français Hervé Gourdel en Algérie, ont occupé l’actualité, horrifié l’opinion et rendu moins audible le sort de nos deux collègues, dont la vie n’est pas en danger. La vie, non, mais leur liberté pour des mois, voire des années, oui.

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Leur crime ? Être entré avec un visa de tourisme en Papouasie occidentale, territoire indonésien quasi fermé à la presse depuis 1969, pour réaliser un reportage pour la chaine Arte, sur la situation et faire le point sur la rébellion séparatiste papoue. Une faute irresponsable ? Non. Cela s’appelle faire son métier. Et si les reporters n’allaient que dans les endroits autorisés, sûrs, sans danger, faciles d’accès et ouverts où ils sont les bienvenus, on risquerait de ne lire que de superbes magazines sur les tables d’hôte en Lozère ou le football au brésil, (à condition d’éviter les favelas). Entrer pour travailler dans un pays avec un visa de tourisme n’est pas un crime, c’est une infraction. Or, aujourd’hui, on sait que tout est fait pour les conduire face à un tribunal. Le dossier est en tout cas arrivé sur le bureau du procureur qui devrait décider s’il y aura ou non procès.

Un très long procès. Dans l’affirmative, les audiences peuvent durer 15 semaines, au rythme d’une audience par semaine, et aboutir à une lourde condamnation. Rappelons que le viol de la loi sur l’immigration est passible là-bas de 40 000 dollars d’amende et de cinq ans de prison ! Et, si on avait suivi le chef de la police de Jayapura, où ils ont été arrêtés, ils seraient volontiers accusés de « trahison », « participation à une activité subversive » et « propagande anti-indonésienne », de quoi les envoyer au gibet ou en prison à vie. Quant au chef du bureau de l’immigration, où ils sont détenus, il n’a pas hésité à déclarer le mois dernier : « Nous espérons qu’ils seront condamnés à la peine maximale, mais ça dépendra des juges ». Tant de « bonne volonté » pose question alors qu’on s’est contenté, pour d’autres reporters dans les mêmes conditions, de les expulser rapidement.

D’obscures raisons. Tout donne à penser que les raisons sont policières, conjoncturelles, politiques et malsaines :
- Parce que la police de Jayapura mène une guerre sans merci aux séparatistes et ne veut pas de témoins.
- Parce que les autorités locales voudraient faire un exemple pour dissuader la presse de se rendre dans « l’île interdite ». Pour mémoire, rappelons que l’Indonésie est classée au 132ème rang sur 180 pays en matière de liberté de la presse par Reporters Sans Frontières.
- Parce que le président actuel, après les dernières élections, doit céder la place au nouvel élu, Joko Widodo et que celui-ci ne prendra les commandes du pays que le 23 octobre prochain.
- Parce que ce nouveau président est réputé ouvert aux réformes, sensible aux droits de l’homme, au dialogue en Papouasie - où il s’est rendu deux fois pendant sa campagne électorale - et partisan résolu d’une... libre circulation de la presse étrangère en Papouasie.
- Parce que le pouvoir encore en place ne serait pas mécontent de planter un joli drapeau noir au début du nouveau mandat présidentiel en lui laissant un vilain dossier de journalistes étrangers condamnés.

Mauvais signal. L’ironie serait que l’Indonésie donnerait à son pays et à l’opinion mondiale un signal qui serait exactement le contraire de ce le nouveau président - élu démocratiquement par une majorité d’Indonésiens - pense, prône et défend ! Voilà ce que risque de payer, chèrement, Thomas et Valentine.

Après la stupéfaction, la mobilisation. Devant l’imminence du danger, les familles, l’Agence Memento qui produisent le film, Arte qui l’a commandé et un Comité de Soutien constitué tentent d’alerter l’opinion sur le sort de nos deux collègues. Une pétition ouverte au public vient d’être lancée et mise en ligne. http://rsf.org/petitions/freethomasandvalentine/petition.php ?lang=fr Elle a déjà recueilli les signatures de dizaines, de personnalités politiques, culturelles, artistiques, de journalistes et d’intellectuels. Quant à l’action du Quai d’Orsay, elle est bien menée en mais doit se conformer à la discrétion et aux lenteurs de l’action...diplomatique. Et la Scam et le Prix Albert Londres ont envoyé une lettre ouverte au ministre Laurent Fabius pour lui demander d’intervenir avec force dans le dossier. A l’autre bout du monde, en Australie où on connaît bien le problème, le sénat a voté une motion demandant plus d’ouverture en Papouasie et la libération des deux journalistes français.

Des reporters éprouvés et inquiets. Quant à Martine Bourrat, la mère de Valentine, elle est arrivée sur place la semaine dernière pour soutenir sa fille, dont le père, Patrick Bourrat, ancien reporter a TF1, est mort, écrasé par un tank, pendant la Guerre d’Irak en 2002. A Jayapura, elle a trouvée la jeune femme éprouvée par deux longs mois de détention et très inquiète de l’issue d’un éventuel procès. « Ils se sont excusés et leur maladresse a déjà été lourdement sanctionnée » a t-elle déclaré avant de demander leur libération immédiate. « La menace d’un procès n’est pas acceptable, » a dit, émue, la mère de Valentine. Sur ce point, tout le monde est d’accord !

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VOIR LES PRECEDENTS ARTICLES

- Thomas Dandois et Valentine Bourrat, toujours détenus en Indonésie

- Papouasie : reporters en prison, le temps presse.

- "Non au procès. Oui à l’expulsion immédiate"

- Lettre à Laurent Fabius.

6 octobre 2014

Par Jean-Paul Mari

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