Entre 1 et 5 : Cette fourchette, c’est à la fois l’augmentation potentielle en degrés de la température mondiale d’ici à 2100 et, ironie de l’histoire, le nombre de listes potentielles aux élections européennes qui placent l’écologie au cœur de leur programme. Toujours plus de rivalité, pour toujours moins de résultat.

Les enjeux écologiques sont aujourd’hui indissociables de tout discours progressiste et constituent la matrice clef de l’action politique voulue par bon nombre de nos concitoyens. Ces dernières semaines, le succès de la pétition « l’affaire du siècle », les différentes marches pour le climat et les grèves lycéennes ont prouvé une réelle attente et une volonté farouche de millions de personnes d’entrer pleinement dans l’ère de la transition énergétique.

Partout en France et sur le continent européen, fleurissent des initiatives locales portées par des volontaires prêts à s’engager dans la construction d’un nouveau paradigme, plus respectueux des hommes et de leur environnement. De nouvelles formes d’action (AMAP, réduction de la consommation de viande, mode éthique, réflexion sur les transports, le numérique responsable...) émergent et témoignent du dynamisme d’un mouvement rendu nécessaire par l’urgence de la situation.

Un récent sondage publié par National Geographic met d’ailleurs en avant la diffusion des pratiques individuelles vertueuses au sein de la population française, malgré la survivance d’une part non négligeable d’irréductibles climatosceptiques. La popularité de Nicolas Hulot, ministre démissionnaire de la Transition écologique et solidaire et visage médiatique de l’écologie en France, ne dit d’ailleurs pas autre chose.

Globalement, les Français s’intéressent aux questions environnementales, et beaucoup tentent d’agir par eux-mêmes, sans même attendre les fameuses mesures dites « d’écologie punitive », preuve de leur volonté de lancer une nouvelle dynamique. En un mot, beaucoup de colibris font leur part. Pour nombre d’entre eux néanmoins, et à raison, cet engagement du quotidien ne suffit pas.

Depuis la relégation des climatoscepticismes au rang des théories farfelues, les travaux de recherche sur le sujet de l’impérieuse nécessité d’une transition écologique rapide se multiplient. Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), organisme de référence sur la question du réchauffement climatique a récemment indiqué que le seuil de +1.5 degrés pourrait être atteint dès 2030, entraînant déjà des conséquences irréversibles sur certains écosystèmes.

Pour être efficace, l’action climatique doit être protéiforme et à différentes échelles : micro comme nous l’avons vu, mais également méso et macro. C’est à ce titre que le travail des experts, scientifiques, économistes, ONG, est prépondérant. Il n’est pas question d’être naïf face à ces initiatives, et la solution miracle, comme le soulignent tous les techniciens du climat, n’existe pas. La complexité intrinsèque de l’enjeu ne pourra évidemment pas se résoudre par des solutions uniformes et parfaitement indolores.

Ces travaux de recherche ont néanmoins de nombreuses vertus. Ils sont précis, documentés, rigoureux et prouvent que des solutions à grande échelle peuvent être mises en place. Ils crédibilisent la possibilité de changement global, en abordant des questions complexes sur lesquelles l’individu seul, d’aussi bonne volonté puisse-t-il être, n’a que peu de prise.

Enfin, ils nous poussent, tous et chacun à être à la hauteur de ce combat à travers une détermination active pour encourager, affiner et rendre possible la mise en place de ces alternatives. Si le temps presse plus que jamais, nous devons nous réjouir de l’existence de solutions et de propositions innovantes pour interrompre cette fuite en avant mortifère et ce perpétuel sentiment d’écrasement intellectuel et moral face à ce combat.

La proposition de création d’une banque pour le Climat de MM Jouzel et Larrouturou en est l’exemple le plus actuel. Pourtant, ce plan Marshall pour le climat comme l’ensemble des initiatives de ce type, non pas ambitieuses ou utopistes mais simplement réalistes, ancrées dans le réel, semble condamné à achopper sur l’absence de volontarisme politique. Et c’est à ce niveau qu’il est aussi de notre devoir d’agir et de faire entendre notre voix. Les choses peuvent changer, des solutions existent, à nous de nous en saisir et de promouvoir leur diffusion.

Le vent ne pousse certes pas dans les voiles du progressisme ni en Europe ni dans le Monde, il n’en demeure pas moins nécessaire de reconstruire urgemment un projet fédérateur, avec pour boussole la question écologique. L’Europe du fait de son histoire, de sa puissance économique, et malgré ses difficultés, de son aura diplomatique, doit en être le berceau. C’est l’espace idéal, avec l’appui de ses territoires, pour lancer la contre-révolution culturelle qui doit nous permettre de sortir définitivement du libéralisme Reagano Thatchérien sans passer par la case du souverainisme d’extrême droite.

L’écologie doit être, dans cet espace, la mère de toutes les batailles qui guide nos actions et nos agissements politiques, et la base de toute discussion avec nos partenaires extérieurs. La nouvelle dynamique doit être enclenchée rapidement, afin de redonner foi en l’avenir et en un progrès alternatif et pour tous, débarrassé de son carcan matérialo-consumériste. En somme, c’est une nécessaire opportunité d’inventer un nouvel enchantement dont nous déplorons tant l’absence par la construction d’un horizon partagé.

Le jeu politique n’est pas l’alpha et l’oméga de réponse à apporter et les actes individuels du quotidien restent primordiaux. Néanmoins, à travers l’élection de nos représentants, nous envoyons un signal du futur que nous souhaitons, et poser le cadre de la direction que nous souhaitons prendre. Ce changement d’échelle est tout sauf contingent et c’est d’ailleurs l’autre enseignement de la légende du colibri. Par son action, l’oiseau dont l’action individuelle paraît insignifiante met les puissants face à leurs propres responsabilités.

La lutte contre les puissants (et non les élites), les lobbys ou l’évasion fiscale, la réorientation des budgets de la recherche, la réallocation des subventions pour le transport et le logement ou encore la transition de notre agriculture ou la maitrise du poids des acteurs économiques peu vertueux ne pourra se faire qu’avec des décisions politiques fortes plébiscitées et soutenues par les citoyens.

À ce titre, les élections à venir auraient pu être celles de ce sursaut écologique et social, face à l’échec de l’ultralibéralisme et l’absence de perspective sérieuse et responsable des souverainistes et autres conservateurs. Elles sont pour le moment tout l’inverse. La question écologique n’est certes pas absente du débat, et les candidats politiques s’en revendiquent tous, particulièrement à gauche de l’échiquier politique. Mais la perpétuation des logiques partisanes en dépit de l’urgence planétaire conduit à l’écœurement des citoyens, orphelins d’une offre politique crédible, responsable et à la hauteur des enjeux.

La course au leadership et la concurrence débridée qui règne au sein des appareils politiques ne produit qu’un émiettement de voix et la désaffection de l’électorat. Le combat des chefs se substitue à la convergence des idées, et par là même à la création d’une alternative audacieuse et rassembleuse. Alors qu’en 2002 J.Chirac alertait « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », il

semblerait aujourd’hui que notre maison brûle et que nous nous battons pour savoir qui portera le plus gros seau. Ce jeu politique, alimenté par le cirque médiatique de son immédiateté nous détourne de l’essentiel. S’il semble crédule de croire aveuglément en un bigbang vertueux de l’offre politique, il n’en reste pas moins nécessaire de dépasser les logiques partisanes ou providentialistes que nous connaissons aujourd’hui.

L’occasion serait grande pourtant, de proposer un projet politique articulant la question sociale autour de l’écologie, et c’est en gagnant sur le terrain de la politique et des idées que peuvent s’entrevoir des victoires électorales, à moyen terme. La photographie électorale actuelle n’est pas reluisante, mais il faut se donner les moyens de créer une nouvelle dynamique forte et entrainante en s’appuyant sur les idées de tous les volontaires du progrès.

Nous citoyens, progressistes, écologistes et humanistes sommes lassés des querelles intestines et si éloignées du devoir de responsabilité qu’exige le moment présent. À ce titre, tout renoncement dans la volonté d’unité de ceux qui partagent ce constat est une faute non seulement politique mais surtout éthique. Alors que l’équilibre et le futur de nos sociétés, voire l’humanité en tant qu’espèce est menacée, nous n’avons que faire des accords dérisoires et des discussions de couloir visant à sauver tel parti.

Tout ceci ne nous intéresse pas, et seule mérite notre soutien la collaboration vers une ambition commune, une vision progressiste et écologique en soutien des acteurs déjà mobilisés et prêts à aller plus loin. Dans le cas contraire, nous poursuivrons inlassablement cette suite de rendez- vous manqués et d’espoirs sacrifiés à l’aune d’un électoralisme aussi creux qu’inaudible.

Si ce changement de cap n’est pas évident à mettre en place, particulièrement pour des partis englués dans leur propre agenda, il est le seul moteur à la hauteur du moment véritablement historique que nous vivons. Le court-termisme des partis ne peut plus satisfaire l’ambitieuse soif d’une alternative écologique, européenne et sociale que nous souhaitons.

C’est donc le moment d’agir en tant que réels responsables politiques avec le recul et le discernement nécessaire de la fonction qui vous incombe. À défaut, il ne vous restera plus qu’à espérer que votre passivité contribue à une fin de l’Histoire suffisamment rapide, pour que vous ne puissiez être jugée par elle. Pensons plus loin et agissons avant qu’il ne soit trop tard !

Pierre Banel