Arrestation

Le « ministre de la Défense » du mouvement islamiste somalien Hizbul-Islam a été arrêté par les forces de sécurité soudanaises début mars, alors qu’il tentait d’entrer sous un faux nom en Erythrée.

Cette information, aussi simple qu’elle paraisse, est en réalité extrêmement nébuleuse. Révélée par le site Internet somalien Mareeg, l’histoire de cette arrestation a fait depuis un mois le tour des diasporas somalienne, soudanaise et érythréenne, chacun trouvant matière à confirmer ses haines, ses soupçons ou ses imprécations guerrières.

Du côté somalien, les jihadistes de tous poils qui font le coup de feu dans le sud du pays se sont empressés de rejeter le détenu, Cheikh Muse Abdi Arale, dans le camp adversaire. Le mouvement Hizbul Islam est en effet très divisé depuis le retour de son exil érythréen de son chef suprême, Cheikh Dahir Aweys, le vénérable vieillard armé à la barbe rousse qui commandait naguère les tribunaux islamiques de Mogadiscio.

Un porte-parole du groupe armé a confirmé l’arrestation, affirmant que Muse Abdi Arale avait fui en voiture jusqu’au Kenya, avant de rejoindre le Sud-Soudan puis Khartoum sous le faux nom de « Cheikh Isse », après avoir dérobé 700 000 dollars.

Du côté soudanais, le dilemme consiste à s’attirer les bonnes grâces du gouvernement fédéral de transition somalien sans rendre son aile fondamentaliste furieuse, tout en ménageant ses amitiés au sein des groupes armés jihadistes et en évitant de provoquer l’Erythrée, toujours prompte à monter des coups tordus contre ses ennemis d’un jour.

Du côté érythréen, enfin, si le gouvernement ne sort pas de son silence et de son déni, la diaspora, elle, se perd en conjectures sur l’incident. Et sans doute est-ce de ce côté-là que se posent les questions les plus intéressantes. Que venait faire ce spécialiste de la guérilla fondamentaliste en Erythrée ? Pourquoi lui, l’homme qui armait et structurait la petite armée dévastatrice qui sème la terreur dans la région de Kismayo, et pourquoi l’Erythrée ?

Une valise de 700 000 USD

Comment un Somalien portant une valise de 700 000 dollars pouvait-il espérer entrer dans l’un des pays les plus fermés au monde sans un laissez-passer présidentiel ?

Comment le président Issaias Afeworki peut-il continuer à nier qu’il aide les mouvement armés somaliens dans ces conditions ? Pour sauver sa tête, mise à prix par tant de monde dans la région, Muse Abdi Arale va-t-il parler ? Et cette question que se posent les Erythréens depuis des années maintenant : pourquoi le maoïste Issaias Afeworki soutient-il les « talibans noirs » de Somalie ?

Les réponses à ces questions sont la clé de la donne politico-militaire actuelle dans la Corne de l’Afrique.