FRANCE

Et si on jugeait les juges ?

Le tragique fiasco d’Outreau a durablement ébranlé la justice française. Un juge d’instruction fourvoyé, des témoignages douteux, toute une institution sourde aux appel des innocents... Les dysfonctionnements étaient si nombreux qu’il était temps d’engager une réforme profonde. Pourtant, après la tourmente provoquée par le bouleversement de la carte judiciaire, la réforme proposant la suppression du juge d’instruction a été fraîchement accueillie. Que faut-il donc faire pour que les procédures soient moins longues, la justice plus équitable et l’indépendance des magistrats garantie ? Peut-on encore faire confiance à notre système judiciaire ? Comment sanctionner les criminels ? La prison est-elle la solution ? Pour débattre de ces questions, deux personnalités iconoclastes dont les idées peuvent donner des pistes à des hommes politiques parfois déconnectés des réalités : Philippe Bilger, avocat général près la cour d’appel de Paris, et Roland Agret, incarcéré à tort pour un crime qu’il n’avait pas commis et infatigable militant de la défense des victimes d’erreurs judiciaires.

Biographie de l’auteur

Roland Agret est né le 2 août 1942 à Clermont-Ferrand. Employé d’une compagnie d’assurances, il fréquente de petits malfrats. Condamné une première fois à un an de prison pour avoir utilisé des chèques volés, il change de vie une fois libéré. Homme de confiance d’un garagiste militant du SAC (Service d’action civique, un groupe de militants radicaux gaullistes), Roland Agret est accusé d’un double meurtre qu’il n’a pas commis. Condamné en 1970 à quinze ans de réclusion criminelle malgré ses protestations, il n’a de cesse, durant son incarcération, de clamer son innocence. Pour être entendu, il avale des manches de fourchette, saccage ses cellules, refuse les ordres des surveillants. Ses actions spectaculaires, relayées par sa femme, Marie-Jo, convainquent un procureur de l’aider à obtenir une révision de son procès. Gracié en 1977 au terme d’une grève de la faim d’un an et vingt-huit jours, Roland Agret se coupe successivement deux doigts de la main gauche et les envoie au garde des Sceaux pour obtenir un nouveau procès. Il est finalement innocenté en 1985. Mais son combat n’est pas terminé : Roland Agret se tire une balle dans le pied en 2005 pour protester contre le refus, par la cour d’appel, de l’indemniser pour son incarcération injustifiée. Fondateur de l’association " Action Justice ", il se bat désormais pour défendre les victimes d’erreurs judiciaires. Roland Agreta été nommé membre d’honneur de Reporters sans frontières le 21 avril 2008.Philippe Bilger est né en 1943. Au terme d’études de lettres classiques, il entre à l’Ecole nationale de la magistrature. Exerçant d’abord pendant quelques années la fonction de juge d’instruction, il est affecté, en 1982, au parquet de Paris. Nommé avocat général près de la cour d’appel de la capitale en 1999, il est l’accusateur public dans de nombreuses affaires ayant connu un fort retentissement médiatique. Il requiert ainsi contre Christian Didier (l’assassin de René Bousquet), le mercenaire Bob Denard, Emile Louis, Maxime Brunerie, François Besse (lieutenant de Jacques Mesrine), Hélène Castel ou, en 2009, Youssouf Fofana (le leader du " gang des barbares "). Connu pour sa liberté de ton et ses positions souvent iconoclastes, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la justice, la liberté d’expression ou le droit de la presse. Dans son dernier livre, " Etats d’âme et de droit " (Le Cherche Midi, 2009), il évoque la figure de son père, condamné après la Seconde Guerre mondiale pour faits de collaboration. Il tient également un blog, " Justice au singulier ", sur lequel il exprime ses points de vue sur l’actualité, la liberté d’expression et les faits de société.

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