USA , IRAK 6 mai 2004

A Bagdad, pendant la guerre d’Irak

Irak, la sale guerre

Bavures ou pratiques ordinaires ? Après la diffusion par la chaîne de télévision CBS des photos de prisonniers irakiens nus, encagoulés, entravés, humiliés sous le regard goguenard de soldats et soldates de l’US Army, dans la prison d’Abou Ghraib, les révélations de Seymour Hersh publiées dans le « New Yorker » accablent l’armée américaine.

Selon un rapport interne de 53 pages rédigé par le général Antonio Taguba, « des actes criminels, sadiques, honteux, gratuits » ont été commis entre les mois d’octobre et décembre par au moins six soldats de la police militaire, avec la bénédiction de leurs supérieurs. Ces sévices, d’après le rapport, semblaient relever de la routine et ceux qui les commettaient ne paraissaient craindre aucune sanction. Le général Taguba met aussi en cause le personnel d’encadrement de la prison, des officiers du renseignement, la CIA, et des gardes privés. Face au scandale, l’état-major américain a tenté de préserver l’honneur de l’armée en attribuant ces tortures à des individus isolés. Six soldats de la police militaire font l’objet de procédures criminelles pour « cruauté, mauvais traitements et agressions ». Et sept officiers ont reçu un blâme pour leur responsabilité dans la pratique de ces sévices. Cette guerre déclenchée pour éliminer des armes de destruction massive qui se sont révélées introuvables souffrait déjà d’une légitimité internationale contestable. Voilà aujourd’hui que cette campagne destinée à imposer, y compris par la force, la démocratie et la liberté en Irak, tourne à l’expédition coloniale. Et à la sale guerre. Notre envoyé spécial à Bagdad Jean-Paul Mari a interrogé le chef adjoint des opérations militaires en Irak, le général américain Mark Kimmitt, sur le scandale des tortures et les difficultés de l’occupation. Il a aussi enquêté sur le comportement au quotidien de l’armée américaine et sur les réactions qu’elle suscite parmi les Irakiens, dans la ville de Al Dulu’iya.

Un bruit de chenilles et le sol a tremblé. Deux blindés se sont engagés dans la petite rue et la circulation s’est figée. D’abord, un véhicule Humwee surmonté d’une mitrailleuse lourde, son serveur casqué, visage crispé, les mains nerveuses sur les poignées de son arme. Puis le blindé, un tank Bradley, aveugle, qui avance en faisant tourner lentement sa tourelle. On se gare lentement sur le trottoir défoncé, collé au mur, les mains à plat sur le volant avec l’envie de sortir un drapeau blanc. Ici, en plein centre d’Al Dulu’iya, tout le monde sait que, face à une patrouille militaire US, la précipitation n’est pas une bonne idée. Mihzir Hussein le savait lui aussi. Hier après-midi, vers 5 heures de l’après-midi, en rentrant chez lui, il s’est retrouvé au débouché d’une ruelle, pris au beau milieu d’un convoi de camions et de blindés américains. Quarante-huit ans, patron d’un atelier de mécanique, homme tranquille, père de cinq enfants. A côté de lui, sa fille de 18 ans tient sur les genoux sa nièce de 2 ans. Sur le siège arrière, le fils âgé de 12 ans. Rien d’anormal. Sauf que Mihzir conduit une BMW noire. Et les soldats américains se méfient terriblement de ce genre de véhicule, souvent utilisé comme voiture kamikaze et dont le toit ouvrant permet de brandir un RPG, un lance-roquette antichars. Mal à l’aise, Mihzir veut se dégager du convoi. Deux soldats lui font des signes contradictoires. Il déboîte et avance lentement. Derrière lui, un lourd camion blindé bondit aussitôt et écrase l’arrière de la voiture. Un coup de feu claque et une balle traverse la gorge de Mihzir. Du véhicule, les soldats extraient le cadavre du père, la nièce blessée au visage par le toit écrasé et le fils à l’arrière, les jambes prises dans la tôle. Ils fouillent méthodiquement l’intérieur défoncé de la BMW, puis un deuxième camion aplatit définitivement la voiture. Bouleversé, un témoin tente de parler à l’officier ; l’autre pointe le canon de son arme, aussi diplomate qu’un para dans une mechta algérienne : « Reculez ! Il n’y a rien à dire. » Et ce matin, sous l’immense tente de deuil dressée dans le jardin de la villa du défunt, le fils de Mihzir raconte inlassablement l’histoire aux centaines de visiteurs venus faire leurs condoléances. A Al Dulu’Iya, la haine a encore gagné du terrain.Cinquante-cinq mille habitants, en plein coeur du triangle sunnite, fief de la tribu des Al Juburi, la plus grande de toute l’Irak, ville rebelle investie et occupée depuis près d’un an, Al Dulu’iya est la soeur jumelle de Fallouja. La ville est en état de guerre permanent depuis l’« Opération Peninsula Strike », la plus grosse opération militaire lancée après la prise de Bagdad. C’était le 9 juin dernier : à 2 heures du matin, des avions F-16 bombardent un « camp d’entraînement terroriste » dans la campagne, avant le lancement, à l’aube, d’un assaut terrestre. Les troupes investissent la ville, fouillent maison par maison, enfoncent les portes, emmènent les hommes. Au départ de l’opération, il y a de fausses informations sur la présence de Saddam Hussein et de hauts dignitaires cachés dans la ville. On ne trouve rien. Il est vrai que la puissante tribu des Al Juburi a longtemps donné ses hommes au pouvoir, fonctionnaires, police secrète, Moukhabarat, militaires et généraux. Les chefs de la tribu sont allés très haut dans le système. Trop haut. Un jour de 1990, ils ont voulu renverser le raïs. Saddam Hussein a appris le complot vingt-quatre heures avant l’action. Arrestations, tortures, exécutions, la purge a été brutale, comme toujours. Depuis, la ville suspecte a été oubliée par l’ancien régime et ses dirigeants écartés. Ceux-là ne sont pas prêts à donner asile à leur ancien bourreau. Fausse piste. Mais il y a aussi l’exaspération des forces américaines face aux premières actions de la résistance, les embuscades la nuit et les tirs de snipers venus des vergers. « A Fallouja, on affronte des hommes. Ici, on se bat contre des fantômes », a dit un officier américain. Les ombres, pourtant, ne sont pas loin. La nuit appartient à la guérilla. Embuscades contre les patrouilles américaines, harcèlement des positions, tirs de snipers, mines et bombes télécommandées sur les routes, pas une nuit d’Al Dulu’iya qui ne soit illuminée par des fusées éclairantes et ne résonne du bruit des explosions. Parfois, les combattants s’attardent jusqu’au grand jour, comme il y a deux mois, quand ils ont réussi à détruire une jeep Humvee blindée et un tank Bradley. Pour la population d’Al Dulu’iya, les restes carbonisés des deux véhicules abandonnés à l’entrée de la ville avaient des allures de trophées. Les Américains ont bien tenté une médiation avec les religieux ; ils leur ont offert 10 000 dollars pour leur mosquée en échange de leur coopération pour mettre fin aux attaques. « Les Américains n’écoutent pas. Ils exigent, nous parlent le langage de la force, comme des militaires à des civils, d’occupants à occupés, dit, dans sa mosquée, un jeune religieux, cheikh Tahtan, sourire doux enveloppé d’un voile blanc, mais qui a déjà été arrêté pour avoir lancé un appel au djihad. Et ils font des promesses, toujours des promesses, jamais tenues ». D’ailleurs, il ne se souvient même pas du nom de l’officier américain envoyé... « Quelle importance ? le coupe un fidèle, je sais seulement que c’est un chien. Et un fils de chien ! » Le cheikh se souvient très bien, en revanche, de son voyage clandestin à Fallouja où chacune des huit mosquées d’Al Dulu’iya a envoyé son camion de vivres, de sang et de médicaments. Lui a réussi à pénétrer à l’intérieur de la citadelle assiégée et parle du stade transformé en cimetière, de l’épopée victorieuse des « héros de la résistance », armés de simples kalach-nikov et de RPG qui ont tenu tête un mois à l’armada américaine : « Là-bas, j’ai vu des femmes combattre les armes à la main ! » Soudain, le sol se met à trembler. Un convoi de blindés passe et le cheikh ne sourit plus. Quand le silence revient, un vieil homme parle des images des prisonniers irakiens vues à la télévision, les corps d’hommes entassés, nus, humiliés par des gardiens hilares sous le regard… d’une femme occidentale ! « Ce sont des sauvages ! » lâche un notable, blême de colère. « Et les Irakiens qui travaillent avec eux sont pires encore », dit un autre. Il parlent du Corps de la Défense civile (ICDC, auxiliaires de l’armée) formé par le nouveau gouvernement sous la houlette de l’occupant. On les rencontre en uniforme bleu, aux checkpoints, devant les bâtiments publics ou en patrouille. Et la population les hait. Dans la mosquée, un adolescent baisse la tête, honteux. Sagba a 19 ans, une blouse de gamin et un filet de moustache. En août dernier, lors de la formation du corps, il a rejoint les Forces de Sécurité, attiré par un salaire de 100 dollars et l’assurance d’un travail limité à une garde passive. On l’a entraîné une petite semaine au maniement des armes avant de le planter aux checkpoints. Très vite, il a dû participer aux patrouilles, aux perquisitions et aux arrestations dans les rues d’Al Dulu’iya : « J’étais obligé de monter sur les véhicules américains dans les rues de ma ville. J’avais tellement honte… Ma réputation ! » Puis, la rumeur a couru : Sagba est un espion ! Le gamin met la main sur le coeur : « Par Allah ! Je jure… » Dans l’assemblée, un homme lui demande de parler des « prisonniers battus et torturés » au siège des Forces de Sécurité. Sagba baisse la tête mais se tait : son frère travaille toujours comme traducteur pour les Américains à Tikrit. Au bout de six mois, c’est le cheikh qui l’a convaincu de quitter son uniforme de collaborateur mécréant. Et quand les hommes en bleu sont allés arrêter le mollah Nadhim, un religieux respecté, la moitié des miliciens de la ville ont aussitôt démissionné. Désormais, dans Al Dulu’iya, la neutralité n’est plus de mise. D’un côté, il y a l’occupant et ses collabos ; de l’autre, la résistance et la population qui n’a confiance que dans la police locale irakienne. Au commissariat installé au centre-ville, le lieutenant-colonel Mohamed Saleh, assis aux côtés de ses hommes, plonge ses doigts dans un énorme plat débordant de poulets gras, de tomates et de pommes de terre huileuses. Moustache à l’irakienne, l’ancien officier d’artillerie a donné du canon contre les Forces de la Coalition à Al Amara. La guerre finie, l’armée dispersée et Bagdad livrée aux pillages, il a rejoint Al Dulu’iya où les chefs de tribu, les policiers et les militaires ont formé un conseil de sécurité : « Ici, nous n’avons jamais eu de pillages ni de crimes. » Il ne cache pas que la police travaille parfois à contrecoeur avec les Forces de Sécurité pour établir des patrouilles mixtes. Mais le lieutenant-colonel ne les aime pas, il les accuse de faire le sale travail, de dénoncer les gens par vengeance ou avec de fausses informations. Pour le reste : « Je ressens la même chose que tout Irakien. Mon pays est occupé et les résistants ne font que le défendre ! » Musulmans contre l’occupant infidèle au nom du djihad, nationalistes contre l’occupant étranger au nom du patriotisme, la résistance, à Al Dulu’iya et à Fallouja, a réussi à faire le lien entre les différents courants. Pour qu’elle gagne encore du terrain, il suffit que l’occupant maintienne ses tanks dans les rues d’Al Dulu’iya, que la situation humanitaire et le chômage persistent et que les religieux poursuivent leur offensive dans les mosquées. La nuit, dans son commissariat d’Al Dulu’iya, le chef de la police s’enferme avec ses hommes en parlant de Fallouja : « C’est une leçon donnée aux Américains. Ils doivent cesser d’investir nos rues et d’augmenter la haine, tenir leurs promesses et remettre l’armée et la sécurité aux mains des Irakiens. Il faut qu’ils changent d’attitude. Sinon.. » Il montre les minarets et les fenêtres grises de la ville.« Sinon il y aura d’autres Fallouja ! »

.................................................................................................................. ENTRETIEN MARK KIMMIT

« Le commandement a failli »

Le Nouvel Observateur. - Toute la presse, ici et dans le monde arabe en particulier, publie ces images de prisonniers irakiens nus, entassés les uns sur les autres, dégradés, humiliés par des soldats américains hilares. Ces photos ont été prises dans la prison d’Abou Ghraib à Bagdad, sinistre lieu de détention et de torture sous Saddam Hussein. Comment avez-vous pu laisser faire ça ? Général Mark Kimmitt. - L’histoire est pleine d’affaires de soldats qui ne font pas leur devoir. Ces faits en constituent un nouveau chapitre. Ces hommes ne se sont pas comportés comme des soldats. Plus grave : il est clair que la chaîne de commandement, chargée de superviser les soldats, a failli. Nous avons déjà pris une série de mesures. Nous avons demandé au major général Geoffrey Miller - l’homme chargé du centre de détention de Guantanamo, où il a fait un travail parfait - de venir ici prendre en charge ce secteur. Il est en Irak depuis trois semaines et a déjà commencé à changer pas mal de choses. Avec lui est arrivée une équipe supplémentaire chargée de la formation pour que désormais les hommes impliqués dans ces abus ne puissent plus se justifier en invoquant le fait qu’ils n’étaient pas entraînés pour ce travail. Nous avons reçu également l’appui des parachutistes de la brigade MP 16, solides soldats venus de Fort Bragg. Dans le même temps, nous avons lancé trois enquêtes. La première est une enquête criminelle contre les six soldats directement impliqués et accusés de « cruauté, mauvais traitements et agression » (1). La deuxième enquête est une procédure administrative contre ceux qui les supervisaient et qui les ont laissés agir ainsi. La troisième consiste à revoir tout le processus des interrogatoires.

N. O. - Ainsi, vous connaissiez les faits avant que ces photos soient publiées dans la presse ? M. Kimmitt. - Oui. Ces photos, au départ, ont été apportées au général Sanchez [chef des forces américaines en Irak] par un soldat qui lui a dit : « Je ne peux pas continuer à vivre sans rien dire en ayant vu tout ça. » Ce sont ces photos qui ont déclenché une enquête immédiate.

N. O. - Est-il exact que des civils, des traducteurs sous contrat, étaient impliqués dans les interrogatoires ? M. Kimmitt.- Oui. Ces interrogateurs sont soupçonnés d’avoir peut-être poussé les soldats à ces pratiques.

N. O. - Des Irakiens humiliés, nus, sous le regard d’une femme occidentale… Est-ce que vous avez conscience de l’impact désastreux de la révélation de ces faits sur l’image des Américains ? M. Kimmitt.- Hélas, oui… C’est pour cela que nous avons décidé trois choses : dire la vérité et ne rien cacher ; montrer que nous agissons pour régler ce problème, et parler aux Irakiens, leur assurer que cela n’arrivera plus. Leur dire que cela ne concerne qu’un petit nombre de personnes, un petit nombre de gardes, un petit nombre de détenus. Vous savez, il y a des centaines de gardes qui s’occupent de dizaines de milliers de prisonniers. La plupart des gardes traitent les détenus avec dignité et respect. Cette affaire est un cas isolé, impliquant un petit nombre de soldats et un petit nombre de détenus. L’enquête a démontré qu’il n’y avait rien de systématique. Ce qui l’était, en revanche, était le manque de contrôle, la médiocrité de la surveillance et de l’encadrement.

N. O. - Vous réfutez l’idée que ces méthodes soient répandues dans l’armée ? M. Kimmitt.- Si c’était une pratique générale dans mon armée, je ne voudrais plus appartenir à cette armée.

N. O. - A Fallouja, votre armée vient de se battre un mois. Les hélicoptères et les avions ont bombardé la ville insurgée et assiégée. Pour quel résultat ? M. Kimmitt.- Un mois ? Non. Il n’y a eu que deux jours de réels combats. L’opération a commencé au début du mois dernier et nous l’avons suspendue dès le 9 avril, pour créer un cordon de sécurité autour de Fallouja. Les bombardements ? Les insurgés ont continué de nous attaquer et nous nous sommes défendus...

N. O. - Sauf que l’idée première était d’investir Fallouja et d’arrêter les meurtriers des quatre agents de sécurité américains. M. Kimmitt. - L’objectif n’est pas atteint, mais il le sera. Quand on a déclenché l’offensive militaire, des voix irakiennes au Conseil du Gouvernement nous ont dit : attendez, cela peut provoquer plus de dégâts que de succès ! Depuis, on cherche une solution pacifique.

N. O. - Vous savez que l’accord final qui a permis la fin du siège est considéré comme une grande victoire par les résistants irakiens : Fallouja a tenu un mois et n’a pas été brisée. M. Kimmitt.- Ce n’est pas encore fini ! Notre objectif reste inchangé : permettre l’action de la justice, le contrôle par les autorités irakiennes, se saisir des armes à l’intérieur et chasser les combattants étrangers… On a changé la méthode, pas l’objectif. Si les moyens pacifiques ne donnent rien, nous sommes prêts à reprendre la méthode militaire.

N. O. - C’est un ex-général de l’armée de Saddam Hussein qui va se charger de la sécurité de la ville. Et il a exigé de garder son uniforme et son drapeau.. M. Kimmitt. - Il est venu nous offrir ses services. Nous sommes prêts à utiliser certains des 12000 anciens généraux qui veulent s’impliquer et n’ont pas de sang sur les mains. Quant à l’uniforme qu’il porte, s’il s’avère un symbole douteux sur son allégeance, nous le pousserons dans la bonne direction. Il ne peut y avoir aucune confusion.

N. O. - Une de vos plus grosses erreurs n’a-t-elle pas été de dissoudre l’armée irakienne ? D’autant que la nouvelle n’est pas encore prête. Deux bataillons ont déserté ou refusé d’aller combattre les insurgés à Fallouja. M. Kimmitt.- L’ancienne armée n’existait plus quand nous sommes arrivés à Bagdad ! Impossible de la réunir ! Si nous n’avions pas dissous cette armée - dont la haute hiérarchie était très liée à Saddam -, nous aurions eu toute une série d’ennuis, que nous avons évités. La nouvelle est en formation. Objectivement, nous sommes très déçus par les unités dont vous parlez. Certains chefs se sont montrés peu motivés, incapables de faire leur devoir. Ils seront dégradés ou démis.

N. O. - Ils ont refusé d’aller à Fallouja pour ne pas tirer sur d’autres Irakiens… M. Kimmitt.- C’est de la naïveté. Ils oublient que les autres sont prêts à tirer sur eux, sur leurs femmes et leurs enfants pour transformer ce pays en dictature. Reste qu’il a fallu cinq ans en Allemagne pour transformer la Wehrmacht en Bundeswehr, sans les SS. Ici, nous construisons une nouvelle armée irakienne en quelques mois. Sans la Garde républicaine.

N. O. - Vos troupes ont pris position devant Nadjaf, la ville sainte chiite. Moqtada al-Sadr est barricadé à l’intérieur. Vous voulez le tuer ou l’arrêter. Et tout le monde répète qu’attaquer Nadjaf serait une énorme erreur… M. Kimmitt.- Voilà notre position : 1) Nadjaf n’est pas une cible. Moqtada al-Sadr est une cible. 2) Nous avons un énorme respect pour la ville de Nadjaf et comprenons parfaitement son importance religieuse pour les chiites. 3) Ce sont Moqtada al-Sadr et son armée qui sont barricadés dans la ville. 4) Nous voulons que Moqtada al-Sadr soit déféré devant la justice, et son armée détruite.

N. O. - Dissoute ou détruite ? M. Kimmitt. - Détruite. Le 5 avril, ils se sont soulevés, ont investi des immeubles publics, le siège de la police et la télévision : c’est de la sédition. Une tentative de renverser le gouvernement légitime démocratique en Irak. Cette armée ne peut pas se transformer en parti politique ou en organisation caritative, c’est une menace et on ne peut pas lui permettre d’exister. Des gens négocient avec Moqtada pour le convaincre que ses objectifs ne sont pas compatibles avec ceux de la ville de Nadjaf. Nous, armés de patience, nous continuons à surveiller et à nous préparer. Moqtada al-Sadr est un gangster. Il peut attirer de jeunes chômeurs désoeuvrés et désespérés, mais il n’a aucune vision. Il n’offre pas de travail, ni d’espoir, ni d’avenir. Il ne sait que se battre.

N. O. - Le 30 juin, date du transfert de la souveraineté aux Irakiens, approche. Qu’est-ce que cela va changer pour vous ? M. Kimmitt. - Pas grand-chose. Nous allons continuer à opérer. Le 30 juin est une date politique importante. Mais militairement elle ne change rien.

Propos recueillis par Jean-Paul Mari

(1) Le général Sanchez a ordonné que six autres soldats reçoivent une réprimande administrative très sévère, qui pourrait mettre un terme à leur carrière dans l’armée. Un septième a été puni moins sévèrement.

6 mai 2004

Par Jean-Paul Mari

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