FRANCE 22 novembre 2015

Chronique de Sud Ouest dimanche sur le livre "Les bateaux ivres"

"La marche des damnés."

par Yves Harté

"La grande force de ce livre, témoignage dont vous ne sortirez pas intact, est de ne jamais verser dans l’angélisme. Il raconte l’autre face de la migration"...

"La grande force de ce livre, témoignage dont vous ne sortirez pas intact, est de ne jamais verser dans l’angélisme. Il raconte l’autre face de la migration"...

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La marche des damnés

Jean-Paul Mari. Le reporter a plongé au cœur de l’odyssée des migrants

Ils marchent. Ils ne savent pas qu’ils connaîtront l’enfer. Et même l’enfer qu’on leur racontait doit leur paraître doux. Ils marchent jusqu’à trouver le rivage d’une mer, le bord d’un océan. Ils regardent comment traverser. La plupart y arrivent. À fond de cale. Sur des bateaux pourris. Des pirogues qui ne connaissent pas les vagues. Certains meurent. Se noient. La marche reprend. Ils s’adaptent à tout. À l’étranger. Au froid. À la douleur. À la misère. À la mort.

Ils apprennent des langues. Ils volent des mots comme des bouées. Ils dressent des camps. Ce sont les migrants, cette armée d’ombres auxquelles Jean-Paul Mari donne chair.

Jean-Paul Mari a quarante ans de grand reportage dans ses bagages. La première fois, il les a vus sur la mer d’Orient, sur des jonques et des cargos. Ou sur l’« Île de Lumière ». Ils semblent bénis des dieux. Ils fuyaient le marxisme du Vietnam. Aujourd’hui, ils fuient des continents de flammes et d’horreur, des fous d’islam qui tuent, violent et torturent parce que vous êtes chrétien. Ou rien. Mais que vous n’avez pas d’argent.

Ils arrivent d’Asie, d’Orient, d’Afrique jusqu’aux bords de la Méditerranée, cette mer matricielle vers laquelle revient aussi l’auteur. Il se souvient qu’enfant, né en Algérie, il partit enfant sur un cargo. Il fut un migrant appelé rapatrié. Jean-Paul Mari est allé avec eux. Il leur rend leur identité humaine.

Islam de nuages et de prairies Dans ces pages, ils ont un nom. Il s’appelle Robiel. Il est soudanais. Il n’a plus qu’une moitié de visage. L’autre est une chose informe. Il essaie de rejoindre sa fiancée, qui l’attend à Rome. Ou Zahiel, le doux prêcheur afghan qui rêve d’un islam de nuages et de prairies et que les talibans pourchassent sans trêve. Ou Fassi, qui veut devenir footballeur et qui sait que le temps est compté.

Mais la grande force de ce livre, témoignage dont vous ne sortirez pas intact, est de ne jamais verser dans l’angélisme. Il raconte l’autre face de la migration. Celle qui foule de ses pieds nus les pays et les gens qu’elle traverse. Les désordres qu’elle crée. Les angoisses qui naissent. Et surtout il dit le noir de l’âme humaine. Les maisons de torture du Sinaï. Les Bédouins qui réinventent la traite humaine. Et soudain la beauté d’un regard. Il suffit d’une ligne pour raviver l’espoir.

YVES HARTÉ y.harte@sudouest.fr

EN SAVOIR PLUS SUR "LES BATEAUX IVRES".

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22 novembre 2015

Par Jean-Paul Mari

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