FRANCE
27 février 2009 Lire-Ecouter-Voir
La photo pour alliée Reza est Iranien, photo-reporter. Il parcourt la planète depuis 30 ans. Pour donner à voir le monde tel qu’il est, et témoigner de la guerre, du chaos et de la condition humaine. Il photographie comme d’autres parlent, pour militer, pour défendre ce droit inaliénable qu’est la liberté d’expression. Entre guerre et paix concentre cette conviction. Beau livre de format XL, 30x40, sa lecture nécessite alors un cadre. Oubliez le fauteuil club dans lequel vous serez engoncé ; vous aurez besoin d’une table. Au fil des pages, révélant son ampleur, le livre absorbe en effet le lecteur. A côté de chaque photographie, Reza livre une histoire. Au Cambodge, l’enfant soldat qui veut venger son père ; En République Démocratique du Congo, la grand-mère qui reconnaît son petit fils parmi les milliers de portraits d’enfants dits non accompagnés présentés sous les tentes de l’Unicef et de la Croix Rouge, au pull qu’elle lui avait tricoté un an plus tôt ; En Russie, l’homme à la poitrine tatouée à l’effigie de Marx, Engels, Lénine et Staline, qui avoue avoir ainsi voulu éviter d’être fusillé au Goulag. Si Reza sait fixer les cicatrices de l’histoire, c’est peut-être parce qu’avant de prendre une photographie, il essaye de comprendre l’autre, l’humain, celui qu’il a en face de lui. « Se mettre à la place de »â€¦ cet extraordinaire oubli de soi lui a valu notamment le World Press Photo et la médaille de chevalier de l’Ordre national du Mérite. Mais à l’origine de sa démarche, son vécu n’est pas anecdotique. Arrêté par la police secrète du Shah d’Iran à 22 ans pour avoir voulu donner à voir le monde, il est torturé pendant cinq mois et emprisonné trois ans. La photo pour arme de combat, déjà . Ce livre fait sens. Comme fait sens l’ONG Aïna qu’il a créé en 2001 en Afghanistan afin de favoriser l’éducation des enfants et des femmes et d’encourager les initiatives culturelles. Au-delà de ce témoignage magnifique, pour approfondir encore ces 30 ans de reportages, reste alors les actions de Aïna ou l’exposition née du livre justement, que programme jusqu’au 29 mars 2009, le Mémorial de Caen, Entre Guerres et Paix. Pour en savoir plus Un livre : Reza, Entre Guerres et Paix, 30 ans de reportages, Editions National Geographic, 296 pages, septembre 2008, 45 €. Une exposition : Entre guerres et paix, jusqu’au 29 mars 2009, Mémorial de Caen, entrée libre. www.memorial-caen.fr Une association : Aïna, une association humanitaire de la troisième génération. www.ainaworld.com
Malay Phcar compte parmi les victimes de l’horreur commises par le régime des Khmer Rouge entre 1975 et 1979. Il a perdu sur la route de l’exode ses parents, l’essentiel de sa famille, son enfance. Alors que s’ouvre 30 ans après un procès pour juger cinq des responsables khmers, ce procès lui semble fantoche. En près de quatre années, plus de 2 millions de Cambodgiens ont été tué. Face à cette démesure, à quoi correspond ce chiffre dérisoire de cinq prévenus ? D’autant que nombreux sont aujourd’hui les anciens responsables à occuper des postes de pouvoir. Si Malay Phcar a malgré tout choisi de porter plainte pour pouvoir, lui aussi, apporter son témoignage, il préfère croire que le devoir des survivants réside dans un travail permanent de lutte contre l’oubli. Alors Malay parle. Il écrit, donne des entretiens, anime un site qu’il consacre à la culture cambodgienne et en particulier au génocide et réalise à son tour des interviews. « Un devoir de mémoire dit-il, au nom des disparus ». Pour en savoir plus www.cambodgevision.fr Malay Phcar, Une enfance en enfer, Edition J’ai Lu, 2007 (1ere éd. Robert Laffont, 2005) Malay Phcar et Yves Guiheneuf, L’enfer Khmer rouge, édition l’Harmattan, 2000
Ce livre a deux mérites : traiter d’un sujet rare, le théâtre par temps de guerre ; et le faire avec brio. Ce huitième volume de la collection Le théâtre en question est en outre pour la première fois le fruit d’un travail collectif. Dirigé par le Professeur en Études Théâtrales à l’Université de Caen Chantal Meyer-Plantureux, celle-ci inscrit déjà le théâtre dans l’histoire politique de la France. Mais cette fois, l’angle se précise. Par ce recueil de textes, les huit auteurs du groupe de recherche « Le théâtre dans la vie intellectuelle et politique de la Commune à la guerre d’Algérie » regroupent les censures ou la propagande qui, du regard des poilus à celui des casernes, rythma les écrits de la première guerre mondiale. A travers des extraits sur la vie théâtrale entre 1914 et 1920 et une anthologie de pièces tantôt patriotiques tantôt pacifiste, ce groupe de réflexions nous invitent ainsi à repenser le rôle de l’écrit, du jeu et de la scène durant la Der des Ders. Les procès-verbaux de censures, la scène de Stop, Chien de guerre défendant l’idée de la bravoure au nom de la patrie, la réflexion de Paul Abram La guerre sujet littéraire ou dramatique écrite en 1920 dans « Les amitiés françaises » ou encore l’essai de Mallory Patte-Serrano Une représentation théâtrale du dévouement des femmes : l’infirmière, la marraine et l’ouvrière sont alors autant de documents d’époques ou d’analyses pertinentes pour repenser les liens entre la guerre et la culture. Une belle découverte, d’autant que comme l’explique Chantal Meyer-Plantureux, malgré l’historiographie très riche sur la Grande Guerre, le théâtre en était totalement absent. Chantal Meyer-Plantureux (dir.), « Le théâtre monte au front », Editions Complexe, 418 pages, novembre 2008, 25 €. www.meyer-plantureux.com
Ce film pourrait être un huis-clos ou un documentaire. Mais Jeon Soo-il a choisi de lui offrir la profondeur d’un reportage de société et la naïveté du regard d’une petite fille de 9 ans. Avec son grand frère de 11 ans et leur père, Young-lim vit dans une région déshéritée de la Corée du Sud, une région minière aux conditions de vie rude, frontalière avec le Nord. Peu à peu, la tragédie s’installe, fatale, sans retour. L’action est lente, prévisible, mais ce choix semble inévitable pour transmettre le drame d’une région dont la principale activité économique est condamnée, et dénoncer l’absurdité d’un système. Le monde n’est pas parfait. Le cinéaste est critique ; et le fait que son propre père soit originaire de Corée du Nord n’est sans doute pas innocent dans cet engagement qui renvoie une image inhabituelle de la Corée. Ajoutons toutefois pour ceux que trop de noirceur découragerait d’aller voir ce film, que la photographie soignée offre des tableaux d’une extraordinaire poésie… et que trois spectateurs dans une salle parisienne pour la séance de 20h le lendemain de la sortie du film, ce n’est pas acceptable. « La petite fille de la terre noire », de Jeon Soo-il, 90’. Actuellement en salles.
On y pense déjÃ
Parmi les événements à venir pour les mois de mars et avril 2009, retenons deux temps forts : le FIGRA, le Festival International du Grand Reportage d’Actualité et Documentaire de Société, du 25 au 29 mars 2009 au Touquet (www.figra.fr) et, 50 ans après le film mythique réalisé par Alain Resnais sur un scénario de Marguerite Duras, Hiroshima mon amour, un cycle culturel (projection / exposition / publication) éponyme, présenté à Paris, à la Maison de la Culture du Japon, du 14 au 18 avril 2009 (www.mcjp.asso.fr). A inscrire d’une croix blanche sur vos agendas.
Aurélie Taupin
27 février 2009
Par Aurélie Taupin
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