EGYPTE

Huit jours qui ont fait basculer l’Égypte

Le peuple, l’armée et Pharaon

Malgré les promesses de réforme et les changements à la tête du gouvernement, le peuple, maître du Caire, n’a cessé de réclamer le départ de Moubarak. Et l’armée, pilier du régime, a refusé de tirer sur les manifestants.

Ils sont arrivés au ras des toits du Caire, gris et métalliques, en faisant hurler leurs réacteurs. Ils ont crevé un voile de nuages nacrés, franchi le Nil, frôlé les antennes des palaces de Zamalek, leurs jardins, leurs piscines vides, remonté les berges vers le centre-ville, le noeud des ponts et des passerelles routières enfouis sous les gaz d’échappement avant de piquer droit sur le rose du Musée d’Archéologie égyptienne, l’épaisse nuée noire de l’immeuble du Parti national démocratique en feu et l’immense place Tahrir, bondée de manifestants, devenue le lieu de toutes les révoltes. Deux F16, des avions de chasse, alignés comme pour une attaque en piqué.

Quelques centaines de pieds plus bas, et le son des réacteurs aurait fait exploser toutes les vitres du quartier. Il est 15h45, quinze minutes avant le couvre-feu. Le circuit des jets dans le ciel se veut un ordre martial : rentrez chez vous, c’est l’heure, c’est la loi, l’Etat est là, militaire, fort et terriblement puissant. Message d’intimidation repris au sol par la masse des tanks Abrams au coin des rues, chenilles et canon lourd, mitrailleuse 12,7 capable de déchiqueter une foule en une rafale. Et les soldats en tenue de combat, casqués, bottés, kalachnikov à l’épaule. Quel attirail ! Sauf que les canons sont encapuchonnés, les chargeurs de mitrailleuses vides et les soldats, débonnaires, discutent en voisins avec les manifestants.

Au sixième jour de la révolte, le passage assourdissant des jets a fait baisser la tête des derniers touristes et levé le poing des hommes en colère de la place Tahrir, mais il n’a pas imposé le couvre-feu. Personne n’a bougé. Des avions de chasse, des canons et des tanks... Un tel arsenal ne sert à rien si l’on ne peut pas l’utiliser. Faire la guerre au peuple ? En clair, cela veut dire ouvrir le feu à balles réelles dans la foule des manifestants, écraser des hommes et des femmes, des jeunes et des vieillards.

Assumer un bain de sang avant de commencer une chasse à l’opposant façon Chili, avec rafles, arrestations, torture. Déchirer l’image du Caire ville moderne, en paix, capitale diplomatique du Moyen-Orient, cité commerciale, financière et intellectuelle. Effacer l’Egypte sensuelle des pyramides, du narguilé et d’Oum Kalsoum. Appliquer une méthode d’un autre âge, sous les yeux horrifiés du monde entier. Impensable. Du coup, toute cette puissance militaire étalée est à la fois impressionnante et dérisoire. Et ces deux F16 dans le ciel, qui se voulaient terrifiants, sont passés vite, très vite, comme deux petites virgules dans l’histoire de la révolte.

Du fouillis d’internet au chaos de la rue

Difficile de vaincre la fragilité quand elle est têtue. Malak, 29 ans, brillante thèse d’histoire, jeune femme éthérée à la peau blanche, poignets de libellule et masse de cheveux noirs, est à la fois extraordinairement fragile et déterminée. Le 25 janvier était une journée nationale de la Fête de la Police. Une fête, vraiment ? Malak ouvre comme chaque jour sa page Facebook, découvre un appel du réseau Nous sommes tous Khaled Saïd, du nom d’un jeune homme battu à mort par les policiers l’année dernière dans un café internet. Khaled-Saïd, 100 000 adhérents ; Mouvement du 6- Avril, 86 000 signataires ; Kefaya ! (Ca suffit !)...

En quelques années, les groupes de ce genre se sont multipliés sur internet, et la jeunesse dorée de Facebook, hostile au régime, surfe de l’un à l’autre, adhère, recense les arrestations, les tortures, les informations non officielles, signe les pétitions et note les mots d’ordre de manifestation, façon de passer du Net à la rue. En juin dernier, Malak est allée jusqu’à Alexandrie se poster devant la mosquée à l’occasion de la visite de Mohamed El-Baradei, ancien responsable de l’Agence internationale de l’Energie atomique, prix Nobel revenu se placer en opposant au président Moubarak. « A l’heure dite, habillez-vous tous en noir, restez immobiles... », disait le message. Malak était là, comme 4 000 autres personnes vêtues de noir. ElBaradei est resté vingt minutes, et il est reparti, mal à l’aise dans la foule, « un peu décevant », dit Malak.

Le rassemblement d’Alexandrie a été un succès, contrairement à de multiples autres tentatives, spontanées, informelles et avortées. Ce nouvel appel du 25 janvier n’a donc rien d’extraordinaire, et Malak marche sans illusions vers cette « révolution de la colère ». Plusieurs points de rencontre sont prévus. Vers 13 heures, la place Tahrir est vide. Pas de manifestants, mais beaucoup de policiers. La jeune femme remonte l’avenue Ramsès, passe le musée, devant le bureau du Syndicat des Journalistes et Avocats et, sur l’avenue Kasr al-Nile, commence à croiser de petits groupes de jeunes, harcelés par la police, qui veut les encercler.

Vers 15 heures, de 3 000 à 4 000 personnes forment une grosse manifestation près du ministère de l’Intérieur. Canons à eau, tirs de grenades lacrymogènes, coups, les flics chargent, matraque haute, les manifestants tombent, trempés, asphyxiés, en sang. C’est encore plus violent que d’habitude. Une heure plus tard, Malak entend un officier de police affirmer : « On a reçu des ordres. Les manifestations, c’est fini ! » Il se trompe. Juste avant la grande fête annuelle de la police égyptienne, il y a eu un événement international : la « révolution du jasmin » en Tunisie.

Au Caire, les jeunes barrent les rues avec des poteaux, des branches d’arbres, n’importe quoi. Ils saignent, toussent, vomissent à cause des lacrymos, s’affaissent, fauchés par les balles en caoutchouc, mais ils font face, s’aspergent le visage à grands coups de vinaigre contre les gaz et hurlent : « A bas Moubarak ! », « On veut qu’il tombe ! », « Nous ne partirons pas, c’est lui qui doit partir ! », « Moubarak, l’Arabie saoudite t’attend » et, surtout, le slogan phare, « Le peuple veut la chute du régime ! ».

Malak commence à écarquiller les yeux quand la masse des manifestants avale un fourgon noir de la sécurité, secoue un kiosque de police sur un pont, le décroche avant de le jeter dans le Nil ! Un peu après minuit, l’air devient irrespirable, Malak s’évanouit puis, remise sur pied, rentre chez elle.

Amn, la brutalité du régime

Dehors, la révolte continue. Le lendemain, mercredi, voit les premiers morts, des centaines de blessés et des arrestations massives de manifestants entassés dans les casernes de policiers. Dans la foule, les policiers en civil, particulièrement brutaux, cognent et s’acharnent. Les services de sécurité et la sinistre Amn - qui renseignent, infiltrent, arrêtent et torturent - comptent plus de 1 million d’agents sur une population de 85 millions d’habitants, qui les redoutent et leur portent une haine viscérale. Une véritable armée secrète. Et ses hommes sont jetés dans la rue. Rien n’y fait. Malak, livide, tient bon jusqu’à 4 heures du matin. Voitures de police calcinées, pneus enflammés, vitres brisées, flammes et cendres dans le ciel, le centre-ville et la place Tahrir ont le visage noirci de la guérilla urbaine.

De la journée du jeudi, Malak n’a gardé aucun souvenir. Sauf un. Brutalement, le réseau internet est coupé et les téléphones portables restent muets. Sans grand effet. Il y a bien longtemps que les jeunes des classes moyennes ont été rejoints par la foule du Caire. Et les messages circulent de bouche à oreille. Dans l’armée des manifestants, il ne manque que les redoutables Frères musulmans. Le vendredi, jour de prière, ils se lancent dans la bataille dès la sortie de la mosquée. Sur la place Tahrir, les avenues et les ponts, dans tous les affrontements, la manifestation prend aussi le visage des classes populaires, dures au mal et à la souffrance.

Trente-huit morts en une seule journée, une centaine dans tout le pays, Suez transformé en champ de bataille, Alexandrie en volcan sanglant, le Sinaï et le delta du Nil en éruption, les commissariats qui brûlent, la cendre et le sang... La violence policière, prévue pour résister à 70 000 personnes, ne peut rien contre toute la foule égyptienne. Vers 17 heures, Malak est prise de vertige. Elle s’assoit sur le parapet d’un pont et contemple la rue devenue folle.

Des hommes renversent un fourgon de police, un véhicule blindé de la garde présidentielle, arrivé en renfort, prend aussitôt feu, des hommes escaladent les murs du musée, la douzaine d’étages de l’immeuble du Parti national démocratique éclaire le Nil de ses flammes et personne ne l’éteint. « Le chaos... C’était le chaos. La police a perdu le contrôle de la rue. » Avec le jour qui s’en va, la police recule. Mieux ! Elle abandonne les lieux. Au quatrième jour de la révolte, l’Etat a perdu une bataille historique.

Les chars dans la ville

Un grand silence envahit tout à coup la capitale. Plus de fourgons de police, plus d’hommes en bleu, plus de casques ni de boucliers en plastique, même plus de gardes en faction devant les ambassades laissées sans protection. Vingt millions d’habitants dans l’obscurité et plus un bruit. Juste une rumeur. Les chars arrivent. Les voilà, lourds, massifs, leurs chenilles grinçant sur l’asphalte. Ils sont là pour rétablir l’ordre perdu. De quoi terroriser les manifestants... qui les acclament !

Des scènes de liesse populaire éclatent sur leur passage. Les révoltés s’avancent vers les chars, font le V de la victoire, sourient, applaudissent, acclament les militaires. Et ceux-ci, casqués, armés, juchés sur leur monstre d’acier, affichent des mines réjouies ! L’armée, pilier du système égyptien, appelée au secours par le régime, se retrouve en première ligne. Elle devait faire peur, elle est reçue en libératrice ! Sur son passage, les manifestants brandissent des banderoles : « Nous ne voulons plus de Moubarak, mais nous aimons l’armée ».

L’histoire d’amour entre le peuple et son armée remonte à la chute de la monarchie du roi Farouk en 1952, renversé en un jour par la révolte des « officiers libres » menée par Nasser, qui consacre la toute-puissance politique de l’institution. Depuis, tous les présidents successifs, Mohamed Néguib, Nasser, Anouar el-Sadate et Hosni Moubarak, ancien commandant de l’armée de l’air, sont issus de ses rangs. Fort de près de 468 500 soldats et d’un demi-million de réservistes, le corps a grandi, baigné par l’aura de la guerre de 1973 contre Israël.

Secrète, l’armée ne s’exprime pratiquement jamais en public, mais tout le monde connaît son poids politique, capable de faire et de défaire les présidents. Et son poids économique. Devenue une entreprise quasi commerciale, elle possède des hôtels, ses propres universités et ses hôpitaux, dirige ses propres sociétés et usines, fabriques de ciment ou d’huile alimentaire, peut refaire le réseau routier du Caire ou équiper le pays en télécommunications. Personne ne peut gouverner sans elle, et encore moins contre elle.

Témoin ce télégramme de WikiLeaks, daté de mai 2007, qui soulignait le manque d’enthousiasme de l’armée envers l’éventuelle succession du raïs par son fils Gamal Moubarak, dauphin qui n’a même pas terminé son service militaire. Gamal ne sera jamais président. Qui tient l’armée en Egypte tient le pouvoir. Elle peut écraser l’insurrection. Elle peut aussi, si elle ne veut pas se couvrir les mains de sang, demander à Moubarak de partir, en assurant sa protection. Et le peuple le sait.

Instinctivement, il a choisi de faire mine d’ignorer que les blindés sont là pour contenir la foule, et il préfère faire le pari que l’armée du peuple sera à ses côtés pour faire tomber le raïs autoritaire. A l’image de la Tunisie, où les militaires ont jeté Ben Ali dans un avion pour l’Arabie saoudite. Alors le peuple fête les militaires avec un slogan fétiche : « L’armée, le peuple ne font qu’un ! »

Opération terreur

Ce vendredi soir, les chars sont en place, le raïs est toujours muet et invisible et la police a disparu. On ne laisse pas impunément sans protection une mégalopole de 20 millions d’habitants, ses quartiers de misère et ses villas de nantis, ses banques et ses prisons surpeuplées. Soudain, le Caire prend peur. « Le pouvoir a lancé une véritable « opération criminels » pour terroriser la population », dit Barbara, intellectuelle de l’opposition.

« Tout à coup, on a vu des demeurés, regards vitreux et cicatrices sur le visage, armés de couteaux, de barres de fer et bourrés de haschich, envahir les rues. Le pouvoir a ouvert ses prisons ! » On apprend qu’un millier de détenus se sont évadés de la prison de Wadi Natroun, située en plein désert, à une centaine de kilomètres au sud du Caire. La télévision d’Etat ne parle plus des manifestations, mais multiplie les reportages sur les pillages et les exactions.

Dans le quartier bourgeois de Mohandisseen, des rues entières sont livrées à l’avidité des pillards. Les villas sont attaquées, les commerces dévalisés, les centres commerciaux dévastés. A Maadi, petite oasis d’expatriés au sud de la ville, Carrefour est entièrement saccagé et pillé, et les étrangers se terrent dans leurs maisons. « A la télé, on diffusait une succession de messages d’habitants des quartiers qui appelaient au secours : « Nous sommes encerclés ! A l’aide ! Envoyez la police et la sécurité » ! »

Les vandales s’en prennent aussi à des cibles spectaculaires, aussi symboliques que le grand hôpital central à Kasr al-Aini et l’hôpital des enfants malades du cancer, objet de l’attention et des dons des célébrités et mécènes du Caire. L’opération terreur a un effet immédiat. Partout, des habitants décident de prendre leur défense en main. Il est 3 heures du matin, au bord du Nil, près de l’hôtel Marriott et de la passerelle qui mène au quartier résidentiel de Zamalek Sur le pont, des hommes ont coupé la route avec des blocs de pierre et des poteaux.

Un étudiant s’est armé d’un gourdin, un prof a empoigné une barre de fer, un joueur de hockey sur gazon a apporté sa crosse, un cadre commercial motard serre une lourde chaîne de métal, le médecin du quartier tient son club de golf... Tout le monde est là côte à côte pour contrôler l’accès, du notable en costume- cravate au bawab, concierge de l’immeuble, en galabieh, tunique longue et savates, son turban marron autour de la tête, son poing serré sur le manche d’une hache. Tout le quartier est dehors. « On veut le départ de Moubarak... mais pas le chaos dans notre ville », dit Karim, jeune, brun, bouclé, producteur de films commerciaux.

Une voiture s’approche trop vite, les hommes serrent leurs armes. Coup de frein brutal, contrôle. C’est un habitant du quartier. Le barrage s’ouvre. Un colonel de l’armée arrive, en uniforme kaki, mitraillette sur l’épaule. « Vous faites du bon travail. Tenez bon. L’armée est là. On vous soutient. » Tout le monde s’embrasse. « On reste là jusqu’au matin », dit Karim. Le Caire ne dormira pas. Mais le lendemain, la place Tahrir est toujours bondée.

Tahrir, au coeur du volcan

C’est une immense place, irrégulière, toujours étouffée par les embouteillages du Caire, prise entre un immeuble gouvernemental marron à l’architecture russe, le rose du Musée d’Archéologie, le grand hôtel Carlton et le chantier du métro, un bric-à-brac de grues en suspension, de cloisons de métal, de lampadaires d’époque et d’échafaudages. Là, entourées par les blindés de l’armée, de 10 000 à 15 000 personnes tournent en rond, brandissent des panneaux, s’échauffent, débattent, s’engueulent, s’embrassent. Jeunes, intellectuels, militants des années 1970, cadres, chômeurs, bourgeois élégants, gueux ou barbus, hommes, femmes souvent voilées, vieillards ou familles complètes, tout le monde est là.

L’ennemi commun est sur toutes les banderoles : « Moubarak, dégage ! » Et le discours du raïs, apparu, au coeur de la nuit, vieilli et déconnecté de son peuple, annonçant un remaniement et des réformes, n’a convaincu personne.

Hassan, comptable, est venu de Minieh, en Haute-Egypte : « On ne peut plus reculer, sinon la police nous écrasera. » Gamal, ingénieur en communications, a fait le voyage de Damiette : « Nous méritons une meilleure vie. » Il voulait émigrer. Les manifestations l’ont convaincu de rester. Hier, ils ont formé une chaîne pour protéger le Musée d’Archéologie, « notre richesse nationale », où deux momies ont été détruites. Partout, l’odeur âcre et persistante de la fumée des incendies et des gaz lacrymogènes.

Derrière eux, un jeune brandit son butin, un sac en plastique sale. A l’intérieur, un brassard rouge arraché à un policier, des bombes lacrymogènes noircies, des cartouches de chevrotines et une poignée dorée de douilles de kalachnikov

A l’heure de la prière, plusieurs centaines d’hommes s’alignent, s’inclinent, le front sur des tapis trop rares, parfois sur des bouts de carton, souvent à même la poussière épaisse de la place, et se relèvent le front marbré de noir, les yeux ailleurs. Parmi eux, beaucoup d’hommes solides, massifs, visage fermé, toujours organisés, en tunique, la barbe drue et la bosse sur le front des Frères musulmans, apparus en force ces derniers jours.

Officiellement interdits, tolérés, parfois réprimés, ils restent la principale force d’opposition égyptienne. Ils sont partout, dans les mosquées, bien sûr, mais aussi dans les universités, les syndicats, et surtout la rue, pauvre et abandonnée, où ils ont ancré de puissants réseaux d’aide sociale. Leur stratégie varie en fonction des rapports de force, alternant collaboration au pouvoir, assurances démocratiques et plaidoyer pour un Etat islamique. Ils ont obtenu 88 sièges aux législatives de 2005, ont boycotté les dernières élections, n’ont pas lancé la « révolte de la colère », mais ils sont là. Et ils se savent fort en cas de chute du régime.

Soudain, des coups de feu éclatent. Un officier, pistolet au poing, veut interdire à la foule de monter sur son blindé. Aussitôt, un groupe de Frères musulmans se masse, lève le poing : « Allah Akbar ! Allah Akbar ! » En quelques secondes, l’ambiance bon enfant est devenue électrique. Toute l’ambiguïté de la situation est là : ces militaires que les révoltés veulent avec eux, côte à côte, sont d’abord là pour se tenir face à eux, envoyés par le régime pour maintenir l’ordre. Un coup de feu malheureux, un mort, du sang, et tout peut basculer. Venu du centre de la place, un autre groupe a dépassé les Frères musulmans en chantant : « L’armée, le peuple ne font qu’un ! »

Encore quelques minutes et les civils forment eux-mêmes une chaîne pour empêcher les excités d’approcher le tank Abrams, offrent des boissons et du pain aux jeunes soldats. Côte à côte ou face à face ? Et jusqu’à quand ?

Après 300 morts, la réponse est venue dans la nuit. Juste après un appel à une immense « marche de 1 million » de personnes dans les rues survoltées du Caire pour réclamer la chute du président. Par la voie de l’agence officielle, l’armée a fait savoir qu’elle jugeait « légitime » les revendications du peuple et qu’elle « ne recourrait pas à l’usage de la force contre le peuple égyptien » ! Le président Moubarak a dû pâlir très fort, et Malak, la jeune femme internaute, a senti que le monde qu’elle connaissait était en train de vaciller.

Vingt et une dates clés

- 1936. Un traité anglo-égyptien confirme l’indépendance de l’Egypte tout en y maintenant une présence militaire. Farouk succède à son père, le roi Fouad Ier.

- 1948. Première guerre israélo-arabe.

- 1953. Proclamation de la république par Gamal Adbel Nasser. Il devient Premier ministre en 1954, puis président en 1956.

- Juillet 1956. Nasser nationalise le Canal de Suez, provoquant une riposte militaire de la Franc de la Grande-Bretagne et d’Israël. Il en sort politique-ment victorieux à la suite du retrait des belligérants sous les menaces soviétiques et américaines.

- 1967. Guerre de Six-Jours, occupation du Sinaï par Israël.

- 28 septembre1970. Mort de Nasser.Anouar el-Sadate lui succède.

- Octobre 1973. Guerre du Kippour, l’Egypte et la Syrie lancent une offensive militaire contre l’Etat d’Israël.

- Juin 1975. Réouverture du canal deSuez fermé depuis la guerre de Six-Jours(1967).

- Novembre 1977. Visite du président Sadate en Israël.

- Mars 1979. Signature du traité de paix israélo-égyptien négocié à Camp David en1978.

- 6 octobre 1981. Assassinat d’Anouar el-Sadate. Son vice-président, Hosni Moubarak, lui succède et devient président le 13 octobre1981.

- 5 octobre 1987. Réélectiond’Hosni Moubarak, qui sera renouvelée en 1993, 1999 et 2005. ? 26 juin 1995.Moubarakéchappe à un attentat à Addis-Abeba(Ethiopie) revendiqué par la Jamaa Islamiya.

- 17 novembre 1997. Attentat de Louxor revendiqué par la Jamaa Islamyia, 58 morts. Premier d’une série d’actes terroristes visant des lieux touristiques.

- 7 décembre 2005. Elections législatives : percée des Frères musulmans qui remportent 20% des sièges au Parlement.

- Avril 2008. Manifestations contre la flambée des prix au Caire et dans la cité industrielle de Mahalla, dans le centre du delta.

- Juin 2009. Barack Obama prononce un discours au Caire prônant un nouveau départ dans les relations entre les Etats-Unis et le monde arabo-musulman.

- Juin 2010. Les Frèresmusulmans soutiennent la candidature d’El-Baradei à la prochaine élection présidentielle.

- Novembre 2010. Elections législatives : victoire sans partage pour le parti du président Moubarak face à une opposition qui a boycotté le scrutin en dénonçant des fraudes.

- Janvier 2011. Un attentat à la voiture piégée devant une église copte d’Alexandrie fait 21 morts dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier.

- 25 janvier 2011. Début d’un mouvement social sans précédent dans l’ensemble du pays contre le régime d’Hosni Moubarak.

Par Jean-Paul Mari

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