Une chronique de l’Erythrée au jour le jour écrite par Léonard Vincent, spécialiste du pays sur lequel il prépare un livre. Des informations inédites sur ce pays oublié, trou noir de l’information, des révélations sur les arcanes d’une dictature africaine, des portraits d’Erythréens à Asmara ou en exil, à Paris ou ailleurs, le suivi de la tragédie des fugitifs devenus émigrés clandestins, fuyant l’Erythrée par le désert, traversant le désert du Soudan, maltraités en Libye, jetés sur la mer vers les côtes italiennes. "Asmara sur Seine", le nouveau blog de Grands-Reporters.com.

Chronique Numéro 1 : Les murs d’Asmara parlent.

Des graffitis, dit-on, ont fait leur apparition sur les murs d’Asmara. “Issaias kidnappeur”, “Issaias assassin” : ce qui aurait été inimaginable cet hiver encore est devenu une réalité. Des Erythréens retour du pays m’en avaient déjà parlé, au printemps, en Sicile. Des ministres expriment leur lassitude en privé. Des cadres de haut rang font défection à l’étranger, comme ce Kibrom Dafla, qui dirigeait la Red Sea Trading Corporation, dite « 09 », la branche financière du parti unique, et qui n’est jamais rentré d’un voyage en Italie.

Ou le très redouté « Wedi Mqur », ancien directeur de la prison d’Adi Abeito, qui a mystérieusement disparu l’été dernier pour réapparaître quelques semaines plus tard en Ethiopie.

Un groupe clandestin extrêmement bien organisé, composé sans doute d’officiers et de quelques fonctionnaires, ont tenté d’assassiner le président Issaias Afeworki, alors qu’il circulait de Massaoua à Asmara, le 13 août dernier.

Un lieutenant-colonel a ouvert le feu sur sa voiture avant d’être abattu. Son arme avait disparu en 1989 des stocks de l’EPLF, l’ancienne guérilla devenu parti unique, dont quelques barons ont ainsi signalé que le coup venait de leurs rangs. Quelques semaines plus tôt, le même groupe avait volé l’ordinateur portable du chef de l’Etat.

La présidence n’est plus inviolable. Des discussions avancées au sein du Conseil de sécurité de l’ONU évoquent des sanctions individuelles, après des semaines d’obstruction de quelques grands pays qui n’étaient convaincus par rien d’autre que l’utilité de leur indifférence.

Et malgré tout cela, le silence. Les Erythréens de la diaspora attendent.