ISRAEL 1er août 2002

Israël-Palestine : destins croisés (3)

Les naufragés du Yafit-Café

Dans la vallée du Jourdain, à 300 mètres sous le niveau de la mer, sur la route90 où la température frôle parfois les 50degrés, il ne reste de l’ancienne station-service, fermée depuis le début de l’Intifada, qu’une simple cafétéria. Sa clientèle : les soldats de passage et les quelques pionniers qui s’accrochent. Comme Pierre, le Français, Mikaël, le Russe, Eran, Elad, Liron, Noah et les autres, qui continuent de dire « Il y a trop de rage, trop de haine des deux côtés » et encore « Ici, on repart à zéro, on invente notre vie »

Le soldat s’est épongé le front avec une serviette blanche : « Quelle chaleur... cet endroit est un enfer ! » Puis, avec un grand soupir, il a enroulé le tissu spongieux autour de son cou. Sous l’uniforme de combat alourdi par le gilet pare-balles, le fusil M16 et les cartouchières, la sueur coulait, formant des flaques sombres sur son treillis militaire. Cet après-midi-là, il faisait 41°C à l’ombre sous la pergola de la cafétéria de Yafit, enfouie à 300 mètres au-dessous du niveau de la mer. Ici, quand le Khamsin, le vent du désert souffle, le thermomètre frôle parfois 50 degrés. « C’est à cause de la faille afro-asiatique, a dit le soldat, elle remonte toute la vallée du Jourdain, jusqu’en Syrie... Moi, je viens de Haïfa, sur la côte. Pftt... je supporte pas ! » En bordure du parking, une rangée de bougainvilliers rouge violacé faisait claquer ses couleurs sur le décor grillé du désert. Une voiture s’est arrêtée, quatre hommes très pâles, en kippa noire et chemise blanche, ont demandé des Esquimau glacés. Près d’un bus, des femmes druzes, voilées de blanc, se prenaient en photo. On attendait l’autocar Egged, ligne961, celui qui emmène les militaires en permission. Il est arrivé, vomissant de jeunes recrues, des réservistes aux cheveux blancs ou des parachutistes mal rasés, musclés, visages brûlés, reconnaissables à leurs bottes marron-rouge. « Tu vois les montagnes en face ? Le jour, c’est un chaudron. Et la nuit, elles te renvoient toute la chaleur emmagasinée... Alors, forcément, on étouffe ! », a dit le soldat de Haïfa. La station-service a été fermée dès le début de l’Intifada, quand le flux de la circulation s’est brutalement asséché. Avant, 3000 véhicules et une bonne centaine de bus bourrés de touristes s’arrêtaient ici, inévitable point de rendez-vous de la route no 90, la plus longue d’Israël, trait d’asphalte rectiligne qui relie Jéricho et la mer Morte au lac de Tibériade, au nord. Il y avait deux restaurants, un pour les aliments lactés, l’autre pour les plats de viande, comme le veut la loi juive ; un fast-food universel, une boutique « tout à 1 dollar », des magasins de souvenirs et une ferme-élevage de 5000 crocodiles dont on faisait des sacs, des steaks et des photos. Aujourd’hui, ils barbotent en paix. Ne reste que la cafétéria, un Yafit-Café esseulé, désolé, ruiné par une guerre qui l’a rattrapé au milieu du désert, puis sauvé par ses soldats, les derniers clients, dont le passage des convois assoiffés empêche la fermeture définitive. « Derrière nous, la Jordanie. En face, de l’autre côté des pitons rocheux, c’est Shehem (Naplouse), et un peu plus haut... Jénine ! » Le soldat a grimacé en s’essuyant le front : « La nuit, sous la tente, on se bat avec les scorpions et les serpents. Dis-moi... Comment peut-on vivre dans ce trou ? » Le jour tombait. Le soleil était devenu boule de feu rouge, l’air vibrait, le désert craquait comme une peau de grand brûlé qui devine la fraîcheur à venir. Les ombres s’allongeaient sur la chaîne, transformant ses pentes calcinées en mottes de beurre frais, découpant chaque aspérité, chaque nœud, chaque fissure intime de la roche, révélant la profondeur biblique d’une écorce archéologique aussi vieille que le monde. « Tais-toi et regarde, a dit un autre soldat jusque-là silencieux. Donne-moi un endroit comme ici, pour moi, rien qu’à moi... et je serai le plus heureux des hommes ! » Pierre Hammel, lui aussi, avait cru trouver le paradis au creux de la vallée. Il habite un peu en aval sur le Jourdain, en hébreu Ha-Yarden, « celui qui descend ». Pour arriver jusqu’à son moshav, il faut à peine ralentir aux chicanes du check-point où les Palestiniens doivent, eux, attendre une bonne heure, en file indienne, sous le feu du soleil. A l’entrée, un portail blindé, une triple rangée de grillage électrifié et un poste militaire. Pierre n’est pas un homme, c’est un volcan ; il ne parle pas, il tonne en appuyant ses convictions de grands coups de poing sur la table. Barberousse en short, Pataugas et casquette verte portant l’inscription « Le peuple fort vaincra la terreur », il aurait pu être australien dans le bush, pied-noir dans la Mitidja ou caldoche en Nouvelle-Calédonie. Mais il est né à Noisy-le-Sec, d’un grand-père prussien de Baden-Baden, d’un père juif alsacien et d’une mère juive polonaise morte à Paris à 80ans, qu’il appelait toujours trois fois par semaine, pour la consulter sur le cours des aubergines. Pierre s’est découvert juif – « et fier de l’être ! » – à l’âge de 6ans, sioniste à 18ans et pionnier à 25, quand il a débarqué ici, en 1974 – « Tel-Aviv ou le Jourdain, c’est toujours le Grand Israël ! » Il a commencé par planter des flamboyants, « les 300arbres, là, c’est moi ! », avant de cultiver le désert, de faire pousser tournesols, chrysanthèmes, raisin de table, figues tendres et aubergines. Il use ses nuits à lire la presse française, zappe entre les journaux télévisés de Tel-Aviv et de Paris, revient des champs pour suivre une étape du Tour de France, connaît Pascal et Heidegger, mais n’a pas étudié les cinq premiers livres de l’Ancien Testament, « pas le temps, hélas ! ». Comment être juif sans être religieux, avoir cette idée du peuple juif sans la notion de Dieu ? Eh bien en labourant cette terre d’Israël, conclut-il en abattant avec force sa main sur la table de la cuisine. « Je suis incapable de vous dire pourquoi je suis juif... C’est un mystère. Quelque chose d’indécorticable au fond de moi. Mais je le vis ! » Travailler, travailler et encore travailler. Comme un exilé, comme un pionnier, un patron-colon du Nouveau Monde. Il savait que la Palestine n’était pas « terra nullius » à l’arrivée des sionistes, mais les Arabes d’ici étaient ses 60ouvriers ; ils travaillaient ensemble, Pierre buvait le café chez eux, les aubergines poussaient et on ne se posait pas de questions. Jusqu’aux premiers attentats. Le premier en octobre 2001, à 8kilomètres d’ici, près du pont Adam, carrefour vers la Jordanie, où l’on a ouvert le feu à la kalachnikov sur la voiture de trois institutrices, les tuant toutes les trois avec leur conducteur. Il y a eu Zohar, un entrepreneur de 35ans abattu à Maleh Efraïm en revenant de Tel-Aviv. Et le moshav de Shalmot, où des agresseurs ont découpé le grillage de protection, investi une maison et tué une femme et ses trois enfants. Puis deux morts encore au moshav Hamra. Et des jets de pierres au passage des villages, les mitraillages de bus sur la route de Jéricho et encore des tirs contre les voitures... L’Intifada des Palestiniens, aux yeux de qui le moshav de Pierre, planté en territoire occupé, chez eux, a pris leur terre et surtout toute l’eau qui coule dans le Jourdain, l’eau précieuse sans laquelle il n’y a pas de vie. Peu à peu, la peur s’est emparée des 600familles installées dans les 17implantations de la vallée. Pierre avait déjà commencé à remplacer ses ouvriers palestiniens par des immigrés thaïlandais pour réduire le coût de la main-d’œuvre, lutter contre la concurrence croissante du raisin blanc du Chili ou des légumes précoces d’Afrique du Sud. Il ne lui reste aujourd’hui qu’une poignée de Palestiniens que les militaires n’autorisent plus à circuler à l’intérieur du moshav. Quand on lui parle de paix, de retrait des territoires et d’Etat palestinien, il vous pousse dans sa « mule », un véhicule Kawasaki léger aux allures de caddy de golf, et fonce vers le sommet de la montagne d’en face. Là, entre les pins et les gazelles qui détalent, s’élève une énorme sculpture de Tomarkin, une compression de ferrailles réalisée avec des canons, des kalachnikovs et des mitrailleuses, récupérés après la guerre de 1967. Dominant toute la vallée jusqu’au Jourdain, les murs du mémorial portent en hébreu le nom des victimes depuis trente-cinq ans. Pierre enrage quand il évoque la poignée de main historique entre Rabin et Arafat – « C’est Pétain qui serre la main des Allemands ! » –, il ne veut croire à aucun accord possible, trouve Sharon trop mou et ne compte que sur la force pour préserver sa terre : « Ce n’est pas la vallée qui est un obstacle ; ils veulent le Jourdain, Jérusalem et Tel-Aviv... Tout. Je vous dis qu’il n’y a pas de solution ! » La voix gronde, mais derrière les lunettes épaisses, les yeux bleu tendre de l’Alsacien abîmés par trop de lumière s’embuent quand il parle de son gosse adolescent, prêt à porter l’uniforme, d’une fille déjà officier dans Tsahal, d’une autre fille instructrice dans l’armée israélienne, que l’on voit sur une photo, mince et fragile avec son visage de jeune première, donner des cours de mortier lourd de 120mm à d’autres appelés. Et puis vient la blessure secrète. Cette dernière fille, sans doute la plus jolie, morte à la veille du bac, à 18ans, d’un banal accident de voiture dans le désert. Depuis, Pierre ne croit plus à rien. Il a vacillé quand les Arabes du village voisin sont venus lui dire leur peine, leur a craché par défi que, pour eux, « ce n’était qu’une juive de moins » et s’est mordu les lèvres quand ils se sont effondrés, blessés, sincères. Pour Pierre Hammel, l’espoir et la paix sont morts avec sa fille. Et ce ne sont pas ses coups de gueule politiques et ses coups de poing dans l’air qui peuvent cacher son désespoir intime. Ce ne sont surtout pas ses cultures en souffrance, ses amis arabes tenus à distance et cette route trop vide qui peuvent lui faire oublier la torture de ses questions. Au sommet d’un plateau, juste après le dernier village arabe d’Ouja, dans un moshav planté comme un château-fort moderne sur des cailloux chauffés à blanc, les Russes de Yitav n’ont pas tous ces doutes. Ils sont arrivés voilà huit ans sur les conseils de l’Agence juive et n’ont trouvé que quelques juifs argentins hagards pressés de boucler leurs valises en jurant qu’on ne les y prendrait plus. Personne ne peut tenir ici. Yitav est trop chaud, trop plat, trop haut, trop enfoncé dans les terres à l’ouest, trop exposé aux villages palestiniens durs de la Cisjordanie. Personne ne peut résister à cela... sauf des Russes. Ils ont posé leurs chapkas, retroussé leurs manches de moujiks et ont poussé les rochers, creusé, labouré et planté des serres en plastique où la température peut grimper jusqu’à 65degrés. Aujourd’hui, Yitav produit 5millions de roses par an exportées en Pays-Bas, 100tonnes de raisin, 200 de dattes et 800 de bananes. « En 1978, les communistes nous ont dit : "Partez maintenant ou on vous envoie en Sibérie !" », dit en riant Mikaël, 34ans. Il est comme les gens d’ici, jeune, mince, immense et très musclé, des mains de moissonneur-batteur, des cheveux en épis de blés dorés, le corps aussi solide et droit qu’un arbre de la taïga. Ils sont venus du Nord-Caucase, de la région de Krasnodar, d’un minuscule village, Mikop, où l’école primaire constituait le bâtiment principal. Difficile de vivre quand on s’obstine à manger casher et à fêter le shabbat au pays des soviets. Son père trouvait parfois du travail, était vite identifié et aussitôt licencié. D’un album délabré, il sort des photos de paysans barbus, de femmes en fichu et de cabanes en rondins. Un jour, les juifs de la communauté, constitués en kolkhozes, sont partis travailler dans les bois à l’abri des regards. L’expérience a duré dix-sept ans. A la fin de la guerre du Kippour, un groupe a formé un défilé, bannière d’Israël en tête, pour fêter la victoire lointaine sur les Arabes. Sans savoir que le KGB n’avait jamais cessé de les surveiller. La plupart se sont retrouvés au goulag ou en hôpital psychiatrique. L’oncle de Mikaël n’est jamais revenu, son père est mort peu après et seule sa mère a survécu. Mikaël est arrivé en Israël à l’âge de 10ans et se souvient de tout, les trois jours de train jusqu’à Moscou, la valise volée à la gare, les chiens policiers à la frontière, la neige à Vienne et le khamsin qui l’a accueilli à Tel-Aviv, en sueur sous son épais manteau de feutre. D’abord, le gamin a eu très peur de « ce pays de la Bible où Dieu punissait les fautes en vous jetant des pierres du haut du ciel... » Puis il a rencontré dans la rue des gens qui venaient embrasser l’immigré, la maîtresse de l’école lui a caressé les cheveux et il s’est senti à la maison. Il n’est pas resté très longtemps à la yeshiva, l’école religieuse ; d’ailleurs, plusieurs de ses amis ont épousé des Russes orthodoxes et il n’est pas rare de voir une croix très chrétienne marquer un livre en cyrillique posé sur la table d’un salon du moshav. Pour Mikaël, l’essentiel est ailleurs, au-delà des tables de la loi, des valeurs du sionisme, des barbelés électrifiés de la clôture, du village arabe et des cailloux du plateau où il vit. « Je suis allé en Europe. Tout ce vert, que c’était beau ! Mais ce n’était pas à moi. Regarde ce paysage de sable et de jardins... Ici, je fais partie de cet univers, je l’ai construit, j’ai changé le monde ! » Le soir, entre deux chants du Caucase, les colons de Yitav évoquent parfois la possibilité d’un nouveau départ : « Partir ? On manifestera certes avec force... mais on ne sera jamais un obstacle à la paix. » Par la fenêtre, Mikaël contemple un ensemble de pavillons en ciment, un chantier à peine achevé : « L’âme russe sait bien que nos rêves sont inaccessibles. » Changer le monde, le créer, le modeler... tous les habitants de la vallée du Jourdain semblent être emportés par cette maladie biblique. Pour les uns, il s’agit de faire jaillir une prairie au milieu du désert, pour d’autres, de couvrir de pavillons de banlieue un plateau au milieu de nulle part. A Na’Aran, le projet, nettement plus fou, est de changer le monde de l’intérieur, de changer l’homme. En apparence, ce moshav ressemble aux autres. Même portail blindé, même poste de garde, mêmes ouvriers venus de Thaïlande, du Népal ou de Moldavie. Sauf que les allées des jardins ne sont pas, comme ailleurs, encombrées par des convois de poussettes ! Ici, les colons sont trop jeunes, entre 20 et 26ans et appartiennent au Mahanot Haolim, le « camp des créateurs ». Quand ils sont arrivés il y a trois ans, l’ancien kibboutz se désagrégeait, victime de l’isolement et de querelles idéologiques. Aujourd’hui, ils sont 35jeunes, moitié civils, moitié soldats, filles et garçons, tous laïques et socialistes, qui travaillent un peu dans les champs et beaucoup dans l’enseignement. Il y a les profs, les spécialistes qui courent le pays en plein shabbat pour des séminaires sur « Socialisme, sionisme et judaïsme » ; ceux qui organisent des voyages d’études sur la montée du nazisme et la Shoah ou qui peaufinent le thème de la dernière étude : « Relations sociales entre Juifs et Palestiniens compte tenu de la dégradation sécuritaire ». Ils sont nés à Ra’Anana, Carmiel ou Haïfa, villes cossues, ils ont les yeux brillants et chaleureux, le cœur plein de bonnes intentions et des mains d’intellectuels. Il y a même un chiropracteur et un naturopathe qui constelle le moshav de fioles d’essences aromatiques. Ils vivent ensemble le jour et se retrouvent encore le soir, plusieurs fois par semaine, pour réfléchir ou faire la fête. Eran, Elad, Liron, Pauline, Ilah ou Noah... Posez une question et le chœur vous répond. Eran : « Il n’y a rien de commun entre nous et un colon religieux d’Hébron qui renverse les étals au marché arabe ! » Elad : « On voulait s’implanter là où il n’y avait rien. » Noah : « J’ai grandi dans un kibboutz, avec une discipline d’adultes, un règlement immuable. L’ennui ! » Elad : « Dans le mien, ils ont créé un centre commercial, ne pensent plus qu’au fric. » Eran : « On veut trouver une alternative à la société de consommation. » Pauline : « Ici, on repart à zéro, on invente notre vie. » Elad : « Les grandes villes ont perdu l’esprit du sionisme. Nous sommes en train de le retrouver. » Même dans un territoire occupé, en pleine Intifada ? Pauline : « On ne voyait pas les choses ainsi. Avant, on allait faire nos courses à Jéricho. » Liron : « Il y a trop de rage, trop de haine des deux côtés... » Lihi : « ...d’où l’importance de s’implanter sur la ligne de frontière, de réinventer nos rapports avec les Palestiniens. » Et les barbelés, les soldats, les check-points ? Liron : « Quand je les vois attendre une heure au barrage alors que je passe si facilement... » Noah : « J’ai un dilemme moral. Je ne sais pas si je peux rester ici. » Pauline : « Si on pouvait aller dans un autre endroit... » Soudain, l’enthousiasme est retombé. Peut-être parce que Pauline et les siens vont parfois boire un verre dans l’unique débit de boissons encore ouvert dans la vallée, au même endroit que Pierre Hammel quand il descend de son tracteur, au même endroit que les Russes du plateau de Yitav : au Yafit-Café, là où le bleu minéral des palmeraies monte à l’assaut des montagnes du Jourdain en ondulant comme les vagues d’une mer morte, là où les bus sont de plus en plus rares et les convois militaires toujours plus fréquents, là où un soldat réserviste s’éponge le front avec sa serviette en contemplant un magnifique coucher de soleil rouge et le naufrage d’une vallée.

JEAN-PAUL MARI

Illustrations : Yann Le Bechec Reportage photo : Miki Kratsman

1er août 2002

Par Jean-Paul Mari

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