"Mongolie, l’eldorado n’existe pas."

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Oulan-Bator, quartier de Bayan Khoshuu, Mongolie En hiver, par des températures moyennes de - 30 °C à - 40 °C, dans les quartiers de yourtes de la capitale mongole, Oulan-Bator, la majorité des habitations se chauffent au charbon, entraînant une forte pollution dans la ville. Le taux de microparticules dans l’air (PM2.5) relevé dans ces quartiers déshérités peut être plus de vingt fois supérieur aux taux enregistrés à Pékin, la capitale chinoise.

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Photos Olivier Laban-Mattei

Non, définitivement, la Mongolie n’est pas cette terre bénie des dieux annoncée comme providentielle par tous les médias du monde, cette terre promise à quiconque voudrait y chercher fortune. Au contraire.

L’exploitation intensive des grandes richesses du sous-sol, même si elle apporte d’importants revenus au pays, engendre également de plus en plus d’inégalités sociales et génère de graves conséquences environnementales et sanitaires, dont les premières victimes sont les Mongols eux-mêmes.

Les maladies liées à la pollution de l’air, de l’eau et des sols, ainsi que celles dues à l’insalubrité, prolifèrent à un rythme effrayant, mais restent niées des autorités qui s’acharnent à donner une image lissée et paradisiaque de leur pays pour attirer toujours plus d’investisseurs et de touristes.

Depuis la chute du régime communiste et l’accession de la Mongolie à la démocratie et à l’économie de marché, de nombreuses structures publiques se sont effondrées, faute de financements conséquents. L’agonie du système de santé et la décrépitude du système éducatif sont représentatives du désintérêt de l’État à porter une politique de développement cohérente et durable pour le bien de sa population.

La corruption gangrène chaque strate de la société. Parfois très organisée, comme dans les hautes sphères décisionnelles où les enjeux miniers font la fortune des nantis, elle est aussi à l’occasion, au sein des classes moyennes, une façon de survivre et de pallier la faiblesse des salaires. L’inflation et l’augmentation du coût de la vie ces dernières années contribue fortement à l’enracinement de ce système pervers.

Paradoxalement, à mesure que les capitaux des entreprises minières enrichissent le pays, la pauvreté progresse et s’installe durablement en ville comme en steppe. La répartition des profits reste une promesse électorale non tenue et la grogne commence à se faire sentir au sein de la population.

L’exode rural entamé au début des années 2000 continue à étouffer Oulan-Bator, le seul véritable centre économique et politique du pays. Les 60.000 nouveaux migrants qui s’installent chaque année à sa périphérie, l’engorgement du trafic automobile en son centre et la forte consommation du charbon de chauffage en hiver en ont fait la capitale la plus polluée de la planète.

Dans les campagnes, la situation n’est guère plus encourageante. Dans certaines régions, le pastoralisme traditionnel se voit remplacé par un élevage intensif fondé sur le seul profit immédiat et dont la conséquence directe est la désertification de vallées entières, alors que les exploitations minières mettent en péril les écosystèmes, comme dans le Gobi, où les nappes phréatiques sont menacées d’assèchement.

Ainsi, il devient urgent pour la Mongolie d’élaborer une politique de développement global et diversifié sur le long terme. D’éviter à tout prix le "tout-minier". De lancer d’autres secteurs d’activités créatrices d’emplois.

Avec moins de trois millions d’habitants et à peine un tiers de personnes actives – dont un grand nombre souffrent de maladies graves –, il est difficile d’admettre que l’État ne soigne pas davantage son peuple alors qu’il ne bénéficie pas d’un réservoir humain suffisant pour prospérer avec sérénité.

La Mongolie est aujourd’hui un pays fragile, à l’image de sa capitale, assise sur une faille sismique et menacée de destruction.

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