NOUVELLE - CALEDONIE

"Un militaire est arrivé, il a arraché la perfusion, renversé le brancard et l’a battu à coups de crosse et de rangers..."

Nouvelle-Calédonie : la tragédie d’Ouvéa

Pouvait-on éviter les 21 morts d’Ouvéa ? Les 74 soldats d’élite du GIGN et du Ile choc portent-ils seuls la responsabilité du massacre ? Dun côté des témoignages accablants, de l’autre des .démentis catégoriques.

C’était une grotte sacrée où l’on passait sous terre pour être direc- tement en contact avec le monde des ancêtres, un lieu tabou où l’étranger, les femmes et l’alcool étaient proscrits, un espace réservé aux initiés du clan, aux « vieux » et aux guerriers, à ceux qui savent comment « faire la coutume » avec la roche, un sanctuaire capable d’arrêter les balles et de suspendre le vol des’ bombes venues du ciel.

Alphonse Dianou, militant indépendantiste, et la trentaine de membres de son groupe en étaient tous intimement persuadés : ici, rien ne pouvait arriver à un Kanak. L’endroit était imprenable, invulnérable, invisible. Personne ne pouvait leur enlever les 23 otages qu’ils détenaient. Ici, à l’extrémité nord de l’île d’Ouvéa, non loin du « trou aux tortues », le dos aux falaises du Pacifique et face aux plages de sable blanc, la grotte de la tribu de Gossana était à l’autre bout du monde des Blancs. Hors de leur portée.

C’est fini. Aujourd’hui, militaires et journalistes piétinent dans la boue mêlée de sang. On marche sur des restes de boîtes de conserve, des couvertures sales et des chaussures trouées. Les lourdes grappes de rochers noirs et les éclats de corail sont désignés comme des « bunkers naturels » et des « postes de combat ». Depuis le 5 mai à l’aube, l’endroit a perdu sa magie. Ce matin-là, à 6 h 15 précises, le souffle des hélicoptères Puma fait ployer les arbres autour de la grotte. Les sentinelles kanakes regardent à tort vers le ciel ; elles ne savent pas encore que l’armée a mis la nuit à profit pour investir la brousse alentour. Les Kanaks sont encerclés. Pour libérer les otages, ilyalà un commando du GIGN (Groupe d’Intervention de la Gendarmerie nationale) dirigé par le capitaine Philippe Legorjus.

Pour mener l’assaut, on a fait venir des unités du commando de marine « Hubert », de la base de Toulon, et même des hommes du Il e choc, l’unité de la DGSE qui a remplacé le « service’ action » dissous après l’échec du « Rainbow Warrior. Au total, 74 soldats d’élite équipés de Magnum 357, de fusils à lunette, de fusils d’assaut FAMAS capables de transpercer n’importe quel gilet pare-balles, de talkies-walkies et de masques à gaz, de grenades offensives pour assommer l’adversaire et de grenades flash pour l’aveugler. L’opération« Victor » a été conçue comme une action de guerre. Au signal donné par le passage des hélicoptères, une dizaine de postes de garde tenus par les indépendantistes sont attaqués et réduits. En trois minutes.

A une centaine de mètres de la grotte, là où les ravisseurs avaient installé le fusil-mitrailleur AA 52 pris aux gendarmes, on peut voir encore aujourd’hui une large traînée noirâtre, longue de - 25 mètres, comme si une bou1e de feu avait tracé un chemin de cendres et léché la cavité rocheuse dans laquelle s’étaient retranchés les serveurs du poste de mitrailleuse : « Nous avons utilisé deux lance-flammes pour neutraliser certains postes, confie le capitaine Philippe Legorjus. C’était un vrai combat, une opération militaire. On a tiré une dizaine de milliers de cartouches de part et d’autre. Les ravisseurs se sont battus bec et ongles jusqu’à la fin. Ils sont morts comme des guerriers. Les armes à la main. » .

Les combats vont durer toute la matinée. Vers 14 heures, une fois le dernier coup de feu tiré et le dernier otage libéré sain et sauf, on pourra alors établir le bilan de l’opération « Victor » : 19 morts parmi les Kanaks et 14 prisonniers 2 soldats tués, une demi-douzaine de blessés, gendarmes et militaires. Et quelques questions en suspens sur les circonstances, les risques et la nécessité d’une intervention aussi sanglante. " « Il nous fallait agir parce que la tension devenait dangereuse pour les otages et que nous avions exploré sans succès toutes les possibilités de négociation », explique Bernard Pons, le ministre des DOM-TOM. Toutes les possibilités ? A voir. Reprenons.

La plus meurtrière et la plus longue prise d’otages de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie a duré quatorze jours. Elle commence le vendredi 22 avril, à 7 h 55 du matin, sur le seuil de la gendarmerie de Fayaoué, au centre de l’île d’Ouvéa : Nous sommes à deux jours du pre- . mier tour des élections) le FLNKS a promis une « mobilisation musclée », la gendarmerie du territoire est en état d’alerte absolue mais personne ici ne se méfie de ces trois Kanaks qui discutent comme d’habitude sur le pas de la porte d’un bureau. Quelques minutes plus tard, un chef de brigade se retrouve face à un homme armé d’un couteau qui lui dit d’une voix tranquille qu’il est son prisonnier : « J’ai d’abord cru à une blague, puis j’ai essayé de me défendre », dit le maréchal des logis Lacroix. Il est maîtrisé. A côté de lui, le lieutenant Florentin arrive à dégainer son arme et ouvre le feu.

Son agresseur est blessé mais réussit à lui porter un coup de hache sur la tête. Une voiture d’indépendantistes force alors l’entrée de la gendarmerie et des Kanaks cachés dans -la brousse investissent la brigade. Ensuite ? On parlera longtemps de la barba-. rie des Kanaks de Fayaoué, les Calédoniens se répéteront à l’envi des histoires de gendarmes mobiles décapités, éviscérés et mutilés à l’arme blanche, et le ministre de la Défense André Giraud affirmera que les gendarmes ont été massacrés à coups de machette.

Le rapport "d’autopsie n’a pas été rendu public mais il est formel : la seu1e blessure provoquée par arme blanche est ce coup de hache porté au lieutenant Florentin. Les quatre gendarmes abattus ont été tués par balles au cours de la fusillade qui a éclaté entre Kanaks et gendarmes mobiles. « L’objectif était de prendre des hommes en otages, pas de les tuer », grimace un responsable du FLNKS.

Quand Bernard Pons arrive à Nouméa le 24 avril, les indépendantistes retiennent 27 gendarmes en otages et ils disposent de fusils d’assaut FAMAS, de pistolets automatiques et d’une mitrailleuse, un arsenal dérobé à la brigade de Fayaoué. Le lendemain, à 6 h 30 du matin, Il gendarmes sont relâchés par les tribus du Sud. Mais plus haut, dans le nord d’Ouvéa, la grotte de Gossana reste muette et invisible ; 450 hommes fouillent l’île en vain.

Du coup, gendarmes et militaires investissent les tribus de la région : « On nous a tous regroupés au centre du village, raconte un ancien de Gossana. Les militaires ont défoncé les portes et saccagé l’intérieur des cases. Le lundi (25 avril), 3 hommes ont été attachés à un poteau les bras en avant et battus à coups de crosses et de pieds. Le mardi, la population a dû rester toute la journée au soleil. Alors, les ’’vieux coutumiers" ont accepté d’aider aux recherches. »

Une fois la grotte découvert , tous ceux qui approcheront des avant-postes kanaks seront fait prisonniers. D’abord, un officier du RI-. MAP, qui a suivi, avec un porte-parole du grand chef et des pisteurs,’ les traces qui mènent au lieu de détention. Puis Jean Bianconi, le premier substitut du procureur de la République, qui a pourtant l’habitude de régler les problèmes de brousse avec du temps et de longues palabres. Il est accompagné du capitaine Philippe Legorjus et de cinq hommes du GIGN.

Ce mercredi 27 avril en fin de matinée, les Kanaks d’Alphonse Dianou détiennent en tout 24 otages dont le chef du GIGN ! Les nouveaux arrivants découvrent une grotte étroite, longue d’une quinzaine de mètres, encombrée de colonnes et de stalactites. Le sol est recouvert d’humus végétal. Il fait sombre, les parois suintent d’humidité, on étouffe. Chaque matin à 6 heures, de vieux Kanaks et de jeunes « porteurs de thé » de la tribu voisine apportent le petit déjeuner. Les gardiens pas-
- sent le reste de la journée allongés sur des couvertures, ils jouent « à l’aveugle » aux échecs dans le noir, sans échiquier, et ils inventent des mots croisés dont les définitions donnent le mot « otage ».

Les gendarmes territoriaux et mobiles, eux, sont relativement libres de leur mouvement, mais les hommes du GIGN resteront constamment attachés deux par deux, menottes aux mains. Entre Kanaks’ et GIGN, le contentieux est lourd depuis la mort d’Eloi Machoro, le 22 janvier 1985. Plus grave, le capitaine Picon, officier qui commandait les gendarmes d’élite qui ont abattu Eloi Machoro, est là, parmi les otages, à la merci des ravisseurs. Mais les Kanaks ne le savent pas.

Les hommes du GIGN ne sont jamais battus ou insultés, mais leurs relations sont réduites et la menace reste constante. D’autant qu’un jeune porteur de thé de la tribu a reconnu un des hommes du GIGN accusé d’avoir brutalisé un ancien du village pour le faire parler : « Du fond de la grotte, j’entendais : "Tuez-le !", raconte un des otages. Ils l’ont attaché à un arbre mais ils ne l’ont pas tué. Alphonse Dianou est intervenu en sa faveur. »

En deux semaines de détention, les prisonniers auront le temps de nouer des contacts avec leurs ravisseurs. Avec 1es plus modérés, comme Martial, gardien jovial qui garde de son service militaire à Mont-de-Marsan une pointe d’accent du Sud-Ouest et augmente en secret les rations des hommes du GIGN. Avec quelques durs aussi comme Hilaire, toujours tendu, la menace à la bouche et le fusil à la main. Et puis il y a surtout Alphonse Dianou, chef de groupe dont la personnalité et le charisme écrasent tous les autres. A 29 ans, Alphonse Dianou a abandonné des études de théologie pour se consacrer à la lutte politique. Il a rejoint le parti de Jean-Marie Tjibaou, l’Union calédonienne, dont il devient membre de la commission exécutive, responsable des problèmes de jeunesse. Animateur des comités de lutte de Nouméa, interpellé lors d’une manifestation place des Cocotiers,

Alphonse Dianou a rejoint son île d’Ouvéa pour aller jusqu’au bout de sa double rupture : avec l’Église et avec les institutions françaises. Retrait des militaires, annulation du statùt Pons, indépendance kanake socialiste : les revendications et le mode d’action ont été définis lors des différents congrès du FLNKS.

La structure militaire du groupe épouse la structure coutumière et les gardiens traditionnels de la chefferie sont aussi les sentinelles de la grotte. Pour la moindre décision, Dianou réunit tous les commandos pour obtenir un consensus à la mode kanake, paslibyenne. « On a parlé des heures entières de philosophie, de politique et de religion, raconte le capitaine Legorjus. Dianou expliquait le droit à l’indépendance, la coutume kanake, les anciens et le rapport vertical à Dieu.

Étrange personnage, il pouvait être doux, très calme puis passer à la menace le lendemain en disant : « Philippe, faites ce que je vous dis ou je vous tue d’un coup de calibre 12. » Pour le spécialiste de la prise d’otages, ces discussions sont destinées à mieux comprendre la mentalité du ravisseur et à gagner sa confiance. Mais pour d’autres gendarmes mobiles, le charisme de Dianou va jouer, au point que certains, atteints du syndrome de Stockholm, commencent à sympathiser avec la cause kanake. Il est temps de négocier !

Depuis le début des opérations, l’île d’Ouvéa est soumise à un black-out total : blocus aérien et naval, communications téléphoniques et brouillage des émissions radio. Il n’empêche. Le FLNKS de Nouméa réussit à garder des contacts avec la grotte : par des pêcheurs, les émissions de Radio-Vanuatu et un poste radio amateur. Il a pu faire passer au moins un message essentiel à Alphonse Dianou : ne pas tuer les otages.

Le jeudi 28 avril au matin, le capitaine du GIGN quitte la grotte avec un objectif précis. La veille, Dianou accepté que l’on prenne contact avec le bureau politique du FLNKS, qui a déjà demandé publiquement la nomination d’un médiateur. C’est le début d’une extraordinaire tentative de négociation secrète entre les autorités et le FLNKS ; les tractations vont durer quatre jours, et se terminer par un échec. On n’est plus au temps d’Edgard Pisani. où les négociations entre le gouvernement et les Indépendantistes étaient fréquentes, où les intermédiaires étaient connus et les codes bien établis.

Aujourd’hui, le gouvernement de Bernard Pons et les indépendantistes n’ont plus aucun contact. Alors on bégaie. La négociation va être menée par des gens pleins de bonne volonté mais qui ne savent pas comment s’y prendre. Tout est mal choisi, les hommes, les moyens et les termes de la discussion. On propose le nom de Frank Wahuzue, spécialiste des affaires coutumières, Kanak ancien membre du RPCR devenu un indépendantiste modéré. Le FLNKS s’en méfie.

A Nouméa, un fonctionnaire métropolitain joue le rôle d’intermédiaire pour le gouvernement. Premier contact : on attend Frank Wahuzue à l’aéroport de Nouméa. Il ne vient pas. Le lendemain, l’intermédiaire et le capitaine du GIGN sautent dans un hélicoptère et vont le voir sur son île à Lifou. Frank Wahuzue accepte de jouer les médiateurs, à condition que le bureau politique du FLNKS soit d’accord. Le problème est que l’opération n’est pas diligentée par l’ensemble du bureau politique mais par le parti le plus actif, cdui de l’Union calédonienne.

Le samedi 30 avril, le téléphone sonne au bureau du FLNKS à Nouméa. Au bout du fil, l’intermédiaire explique la situation, demande une démarche humanitaire et l’accord pour la libération des otages. Il prévient que « plus rien ne se fera par téléphone » et il raccroche.

A Paris, Jacques Chirac s’impatiente et exige une action. Le dimanche 1er mai à Nouméa, Bernard Pons et le capitaine Legorjus ont une violente discussion. Le ministre exige qu’on donne l’assaut, le plus vite possible ; le spécialiste du GIGN croit lui à une solution politique et îl refuse de mettre la vie des otages en péril. L’un insiste, l’autre s’emporte : « Sachez que 500 000 voix électorales ne sont pas négociables contre la vie de mes gendarmes ! » Et il menace : en cas d’assaut sans son accord, le capitaine démissionnera et fera savoir pourquoi. Le ministre doit céder.

Le même jour, à 16 h 30, l’intermédiaire reçoit enfin la réponse du FLKNS .. Quelques phrases tapées à la machine sur une feuille de papier blanc. Les voici : « Des informations contradictoires reçues sur la situation à Ouvéa, du fait de l’interdiction des médias de se rendre sur place, ne permettent pas à toute la population et au peuple de France de connaître ce que le gouvernement fait en Nouvelle-Calédonie et tout particulièrement sur cette île. Ces raisons ne permettent pas d’adhérer à votre proposition.

Par contre, afin que tout le monde puisse être informé de la réalité à Ouvéa, il est demandé que toute la presse soit autorisée à se rendre sur place. l ... ] Les deux intermédiaires doivent poser la question aux personnes qui retiennent les gendarmes de savoir si elles désirent rencontrer des journalistes. l ... ] A la lumière des informations apportées par ces démarches, des éléments nouveaux serviront à une approche délicate du dénouement de la situation. » En clair, le FLNKS prend son temps, il renvoie la balle au gouvernement et lui demande de faire un geste pour débloquer la situation.

Une équipe de télévision ? Le capitaine Legorjus y croit. Et Alphonse Dianou est demandeur à condition qu’aucune femme journaliste ne pénètre dans la grotte. Le 2 mai, l’équipe reçoit l’accord. Le 3 au matin, les journalistes attendent en vain le départ de l’hélicoptère vers Ouvéa. L’opération est annulée. Entre- temps, Bernard Pons a interdit au capitaine du GIGN de revenir vers la grotte. Le ministre a exploré d’autres voies, l’ancien médecin a même demandé au pharmacien de l’hôpital de Nouméa s’il existait des somnifères sans goût pour les glisser dans l’eau minérale des ravisseurs.

Las ! Les doses d’Allopéridol expérimentées sur six volontaires à l’infirmerie de l’état-major donnent de piètres résultats. De son côté, le général Vidal étudie la possibilité d’utiliser des bombes de 250 livres et des missiles guidés par laser. Le ministre lui demande d’estimer par écrit les risques d’un assaut. Réponse du général : « Un à deux tués, six à huit blessés dans le meilleur des cas. Au pire, une dizaine de tués et une vingtaine de blessés. »

Le mercredi 4 mai, dans la grotte d’Ouvéa, Alphonse Dianou ne voit pas arriver l’équipe de télévision promise. Le capitaine Legorjus obtient des Kanaks un nouveau délai. Mais les journalistes rie viendront plus. Bernard Pons a dit non ; le gouvernement a décidé de donner l’assaut. DeuX jours auparavant, on a réussi à faire passer aux otages deux minuscules mais très puissants P 38 Smith et Wesson démontés et cachés dans des boîtes de ration. Au fond de la grotte, les hommes du GIGN ne sont plus désarmés et le capitaine Legorjus est désormais partisan de l’intervention.

Le 5 mai à 6 h 15, l’opération « Victor) est déclenchée. « On s’attendait à de longues négociations jusqu’au lendemain du second tour,dit un responsable du FLNKS. Pas à une telle boucherie. »Aujourd’hui, on recueille les témoignages des survivants. Trois séries de témoignages viennent contredire la thèse de l’assaut militaire très dur mais sans bavure. Il y a d’abord cet« ancien »de la tribu, un vieux Kanak qui était aux côtés d’Alphonse Dianou dans la grotte au moment de l’assaut final. Dehors, les militaires demandaient une reddition.

« Je préfère mourir sur ma terre », a répondu Dianou. Mais l’ancien l’a supplié :« Nous,on a envie de vivre. Alphonse ! Pense à nous. »Le chef kanak a alors accepté de se rendre et de sortir, sans arme, avec Vinceslas Lavelloi et un autre Kanak. Quand l’ancien sortira à son tour, il affirme avoir trouvé Alphonse Dianou blessé aux jambes et les deux autres touchés à la tête et au thorax. A noter que le capitaine Legorjus dément formellement cette version et affirme qu’il a vu Alphonse Dianou sortir déjà blessé de la grotte.

Il y a aussi des témoignages, beaucoup plus durs, des jeunes porteurs de thé de la tribu (7 hommes entre 15 et 22 ans). Eux aussi étaient dans la grotte. Et ils accusent : « Alphonse Dianou a accepté de se rendre et il a jeté ses armes. Lui et Vinceslas Lavelloi sont montés vers la sortie. On les a suivis. Alphonse Dianou avait dans les mains une sculpture coutumière. On l’a fait coucher par terre et un militaire lui a tiré dans les jambes. Alphonse a été ensuite allongé sur un brancard, un médecin lui a posé une perfusion. Un militaire est arrivé, il a arraché la perfusion, renversé le brancard et l’a battu à coups de crosse et de rangers.

Un autre militaire a appelé Lave1loi. il s’est levé, a été emmené derrière la grotte. Et1’on a entendu un coup de feu. » Les mêmes témoignages affirment qu’un des porteurs de thé, Waina Amossa, était couché par terre, qu’on l’a appelé, qu’il s’est levé, et qu’il a été abattu sur place d’un coup de feu.

Il y a enfin un troisième témoignage, qui n’émane pas de membres de la tribu mais d’un officier de gendarmerie. Le voici : « Quand je suis arrivé devant la grotte, Alphonse Dianou était déjà blessé d’une balle dans la jambe .(NDLR : qui a atteint l’artère fémorale). J’ai demandé une évacuation d’urgence par hélicoptère au gradé présent sur les lieux, mais il a refusé en estimant que la blessure n’était pas grave. » Alphonse Dianou sera transporté par camion sur une trentaine de kilomètres en direction de l’aéroport. Il est mort pendant son transfert.

Démentis par le général Vidal et le capitaine Legorjus, ces témoignages évoqués par le journal « le Monde » ont « indigné » le ministre de la Défense André Giraud, qui a déposé une plainte en diffamation contre le quotidien. « Cette affaire était une affaire qui concernait l’État, a dit Bernard Pons. Elle impliquait l’honneur de la gendarmerie, l’honneur de l’armée française, l’honneur de la France. »Et il a répété : « On a décidé d’intervenir après avoir exploré toutes les voies de la négociation. » On aimerait en être convaincu. Bilan de l’opération « Victor » :sept heures de combats, 21 morts, une situation politique figée dans le sang.

JEAN-PAUL MARI •

Par Jean-Paul Mari

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