FRANCE 15 juillet 2018

Série d’été : L’Histoire secrète de l’Opium (2)

OPIUM : Le filon français de l’opiomanie.

La grande histoire d’un empoisonnement planétaire.

Aujourd’hui, selon l’OMS, 50 millions de personnes dans le monde souffrent d’une dépendance aiguë aux opioïdes et aux opiacés, ces dérivés de l’« idole noire ». Un fléau sanitaire dont l’origine et la propagation remontent à plusieurs siècles. L’opium, cette substance vénéneuse, prend racine dans un passé lointain qu’on ne peut réduire à la seule image surannée de fumeurs asiatiques alanguis, « tirant sur le bambou ».

L’exotisme du bambou

Une drogue de pays exotique, dépassée ? Bien au contraire, l’opium gagne toujours plus de terrain. Que ce soit en termes de surfaces de pavot cultivées (environ 330 000 hectares lui sont consacrés en Afghanistan – un chiffre en hausse de 63 % par rapport à 2016) ou en nombre de consommateurs d’opioïdes (l’Organisation mondiale de la santé estime que, en 2014, sont mortes d’overdose aux États-Unis en 2016... Un fléau qui ne cesse de prendre de l’ampleur, comme en témoigne le nombre d’hospitalisations aux urgences imputables à cette surconsommation, qui a bondi de 30 % en 2017.

La cause de ce ravage porte un nom : l’opium. Et plus généralement, les opiacés sous toutes leurs formes : l’héroïne, dérivée de l’opium, et les médicaments analgésiques de synthèse délivrés sur ordonnance, tels que l’Oxycontin et le Fentanyl, qui piègent de très nombreux consommateurs en les rendant dépendants. Devant l’ampleur du phénomène, les monde se droguaient par injection, et 2,5 millions d’Américains sont dépendants aux opiacés).

Si l’opium a tant le vent en poupe, c’est parce qu’il représente un marché orissant. Les narcotra quants et les ma as, qui injectent dans l’économie mondiale des sommes considérables, ne font que reprendre à leur compte, de façon illégale, le commerce de l’opium développé à très grande échelle par les monopoles d’États occidentaux tout au long du XIXe siècle, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Avec, comme orchestratrice en chef, l’Angleterre, qui a méthodiquement noyé la Chine au XIXe siècle sous l’opium qu’elle produisait en Inde. Empoisonnant des cohortes d’individus devenus toxicomanes, qui perdaient jusqu’à leurs derniers sous dans les fumeries. « Bien loin de Baudelaire, la réalité de l’opiomanie en Asie con nait souvent au sordide », souligne l’historien Philippe Le Failler.

Poison et remède

La IIIe République ne fut pas en reste, elle qui a nancé la colonisation en Indochine par la vente de ce suc de pavot raf né. Pour ce faire, elle s’est appuyée sur la Régie générale de l’opium, qui, des années 1880 à 1950, prélevait des taxes sur les ventes de cette substance préparée par ses soins dans une bouillerie de Saigon.

Des taxes qui abondaient le budget indochinois à hauteur de 25 % ! Ces ressources financières étaient du reste si prépondérantes que les gouvernements français successifs n’y renoncèrent jamais, même lorsque le mouvement international anti-opium prit de l’importance durant la première moitié du XXe siècle. Contrairement à une idée reçue, l’opiomanie n’est donc pas une spécialité d’Extrême-Orient qu’auraient découverte les Occidentaux au moment de la colonisation.

À la fois poison et remède, l’opium est d’abord connu des Sumériens et des Grecs antiques pour ses vertus médicinales. Ce que les Occidentaux utiliseront eux aussi entre le XVIIe et le XXe siècle en absorbant le laudanum, une potion nommée « vin d’opium » consommée sous forme de gouttes. Si le pavot et son suc, qui donne naissance à l’opium, faisaient déjà partie de la pharmacopée asiatique avant l’arrivée des Occidentaux, la pratique consistant à le fumer semble avoir été introduite par les marchands arabes via la route de la soie.

L’empire du Milieu n’est donc pas le berceau de l’opium, mais il va devenir, à son corps défendant, son principal débouché commercial lorsque, au XVIIIe siècle, les marchands de la Compagnie des Indes orientales vont lui vendre leur « opium européen » cultivé en Inde. Bâtissant des fortunes sur la misère et le venin.

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QUAND LES ANGLAIS ENFUMAIENT LA CHINE.

Parler d’opium et d’Angleterre victorienne évoque immédiate- ment des images de fumeries sordides dans l’East End de Londres remplies de créatures avachies tirant sur le bambou à longueur de journée.

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LE FILON FRANÇAIS DE L’OPIOMANIE

La fumeuse affaire Ullmo

Toulon, février 1908. Devant le conseil de guerre qui le poursuit pour tentative de trahison, l’officier de marine Benjamin Ullmo plaide l’altération de ses facultés pour tenter de se justifer – ce qu’il nomme ses « rêves d’opium »....

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PINCÉ En 1908, l’officier Benjamin Ullmo est entendu pour avoir voulu vendre des codes secrets à l’Allemagne. Traîtrise ? Non, opiomanie, plaide l’inculpé. L’affaire révèle que la drogue fait des ravages dans la Coloniale.

A lire :
- La fumeuse affaire Ullmo
- Jean Cocteau, Damia, Antonin Arthaud, Hermann Goering…
- Soigner le mal par le mal
- En Indochine, la Régie rafle tout
- Les faux-semblants de l’interdiction
- Fort Bayard : confetti oublié
de l’Empire et jardin de l’opium....

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15 juillet 2018

Par Jean-Paul Mari

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