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Oscar de la Hoya, le Golden Boy

Il a un nom d’aristocrate et la carnation d’un Havane clair. Oscar de la Hoya...Cela sonne un peu comme Hoyo de Monterrey, une grande marque de cigare cubain. Il en a l’élégance et cette façon d’enrober sa force intérieure dans une grande finesse.

Oscar...Le prénom sonne déjà comme un trophée pour ce gosse né à Montebello, sur la côte est des Etats-Unis. Ne cherchez pas l’enfance misérable, le père alcoolo et la mère abandonnée, le flirt avec la faim ou la drogue, le coup de poing dans les mauvais quartiers et la salle de boxe de banlieue ou le petit voyou s’agenouille, saisi par la rédemption. De la Hoya n’est pas de la race maudite des Tyson, délinquant, voleur et déclaré violeur. Enfant noir, sale gosse, pauvre, maudit et donc coupable. Oscar, lui, est un enfant doré comme le sable des plages de Californie, un fils de bonne famille, écolier sage et bien élevé, pur produit de l’abondance de soins et de l’amour maternel. Le père et le grand-père étaient boxeurs, le petit ne pouvait être que Champion : "Oscar a connu la même enfance que Mickael Jackson. A six ans, sa famille a voulu qu’il devienne une star et ne l’a éduqué que dans ce but : devenir une future star ! Mais une star du ring !" dit Steve Nelson, son premier entraîneur(*). On le prépare longuement, on l’envoie se frotter aux rings des quartiers est de Los Angeles. En deux cent trente combats amateurs, l’adolescent apprend à déjouer tous les pièges du ring. A frapper fort. Sans haine mais avec une efficacité féroce. Jusqu’à abattre l’autre. Il oppose le style à la brutalité, l’élégance à la vulgarité et sort presque toujours vainqueur de ces luttes de classe. Quand sa mère meurt d’un cancer, l’adolescent vieilli jure sur sa tombe : "Le nom de la Hoya sera connu dans le monde entier !" Et il tient sa promesse. En 1992, il se couvre d’or aux Jeux olympiques. Comme Cassius Clay à Rome, George Foreman à Mexico et Sugar Ray Léonard à Montréal. L’un était un génie, l’autre un tueur et le troisième un artiste. Oscar de la Hoya devient le "Golden Boy". Sur le ring, il fait peur, exécute ses adversaires professionnels, affronte un champion ou ex-champion du monde par trimestre et rafle deux titres mondiaux en super plumes et légers. Dans la vie, il séduit, parle un anglais ou un espagnol parfait, poursuit des études et espère ouvrir un cabinet d’architecture. Mais c’est encore un enfant qui s’incline devant ses idoles de jeunesse. D’abord, Sugar Ray Léonard, le grand, le subtil, l’intelligence au bout des poings. Ensuite et surtout, Chavez...Julio Cesar Chavez, ancien gamin des rues, vendeur de hot-dog sur les stades, professionnel à seize ans, devenu champion du monde des supers légers, invaincu depuis sept ans. L’homme aux 99 victoires a promis de raccrocher à la centième !

Pour Oscar, Chavez est un Dieu vivant. Avez-vous déjà osé penser vous retrouver seul, à demi nu, dans un carré de lumière électrique, face à dieu, avec une seule obsession : le descendre ?

Le 7 juin 1996, au Caesar Palace de Las Vegas, Oscar le "Golden Boy" n’est plus un enfant. Pendant trois mois, il s’est retiré dans la montagne, dans un chalet qu’il a lui même dessiné ; L’ermite a visionné les cassettes des combats des plus grands et il s’est entraîné comme un mutant. Résultat, il a gagné 20% en vitesse et 30% en puissance ! Sur le ring de Las Vegas, dès le premier round, Oscar fait éclater l’arcade gauche de Dieu. Au quatrième round, le profanateur victorieux lève les bras au dessus du ciel. Et il pleure de bonheur.

Oscar, rêve de devenir six fois champion du monde dans six catégories différentes. Oscar de la Hoya, golden boy moderne est un nouveau dieu pressé d’entrer au Panthéon des boxeurs.

Ce soir, à Las Vegas, Pernell Whitaker le guerrier est en travers du chemin.

Jean-Paul Mari.

Dans le coin opposé...

Pernell Whitaker, actuel champion du monde des Welters version WBC, revient de l’enfer. Il y a deux mois, il affrontait Diobelys Hurtado, un Cubain de 24 ans. Le combat commence mal. Au premier round, Whitaker se retrouve au sol. Il se relève, fait face et ...retourne au tapis à la 6ème reprise. Sur le carnet des trois juges, Whitaker est battu. Mais il se relève encore, s’accroche, résiste jusqu’au 11ème round et place un terrible contre du gauche au visage d’Hurtado. Le reste ? C’est ce qui fait la différence entre les champions et les challengers, talentueux mais un peu trop verts. Whitaker ne laissera aucun répit au Cubain, coincé entre les cordes, martelé jusqu’au K-O. Battu.

Ce soir là, Pernell Whitaker, guerrier de trente trois ans, sacré champion du monde dans quatre catégories de poids différentes, 42 combats, 40 victoires dont 17 par K-O, a su conserver son titre et le droit d’affronter un autre jeune homme bourré de talent : Oscar de la Hoya.

* A lire : "Boxe", de Richard Aujard et Christian Delcourt. Editions Assouline.

Par Jean-Paul Mari

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