16e Prix Bayeux-Calvados

Reporters pour témoigner à tout prix

Donner à voir et à mieux comprendre la guerre pour rappeler aussi qu’elle peut tous nous toucher où nous sommes et qu’il faut donc veiller à préserver précieusement nos libertés. C’est ce message que Patrick Chauvel, Président de cette 16e édition, a délivré au public en grand format dans toute la ville, à travers une exposition incontournable. Et c’est ce message qui constitue aussi l’esprit même du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre. Des chrétiens isolés en Inde, les pirates de Somalie, les embuscades en Afghanistan, les troubles au Congo… Du 5 au 10 octobre, en images, en son et en écrit, l’événement a ouvert une fenêtre sur le monde et ses turbulences, avec des reportages de grande qualité. Une invitation qui n’est pas sans provoquer un réveil de consciences, suscite des interrogations, mais qui, à Bayeux, a son public depuis plusieurs années. Jeunes et moins jeunes sont venus nombreux, tous profondément intéressés, avec des questions de fond. A l’heure où les dangers de la « peoplisation » des medias fait débat, les reporters ont apprécié ce retour sur leur métier qui est aussi sa raison d’être. Une reconnaissance aussi du risque pris. Nous faire savoir ce qui se passe dans des zones de conflits nécessite un courage parfois démesuré et qui peut aussi laisser des cicatrices plus ou moins grandes. Cette édition est d’ailleurs particulièrement revenue sur ce point. Le palmarès vient confirmer l’enjeu et le risque du métier.

Pour TF1, c’est ainsi en pleine embuscade en Afghanistan que Paul Comiti a suivi l’armée française. Un reportage de terrain qui lui a valu la reconnaissance des professionnels et des lycéens.

En presse écrite, c’est également pour un reportage en Afghanistan que The Sunday Times a été récompensé.

En radio, BBC News l’emporte pour un sujet aux côté d’un médecin à Gaza. Quant à la catégorie photo, l’AFP a été désignée lauréate chez les professionnels pour un sujet sur Madagascar. Le public quant à lui a choisi un sujet d’Associated Press sur les troubles au Congo.

Quand les reporters parlent d’eux-mêmes…

Ils sont la voix des sans voix, nos yeux et nos oreilles et risquent leur vie pour nous informer. Leur unique « arme » : un appareil photo, un stylo, une caméra ou un micro. Ce sont des grands reporters et derrière leur carapace d’ « intouchables », il n’en reste pas moins des hommes marqués de cicatrices et d’images indélébiles. Si les reporters n’aiment généralement pas parler d’eux-mêmes, ce 16e Prix Bayeux-Calvados a souhaité se tourner aussi vers eux. Les femmes grands reporters ont commencé par exprimer leur façon d’exercer leur métier lors d’une soirée spéciale, créée dès le mercredi. Le lendemain, c’est la question des traumatismes du métier qui a été abordée. Un sujet souvent tabou dans la profession, pas toujours évident à traité et qui a néanmoins séduit près de 600 personnes, confirmant l’engouement du public.

Davantage « citoyens du monde »

Si les soirées ont offert un échange riche autour de la profession, le Prix Bayeux-Calvados est resté fidèle à son essence : rendre compte des conflits du monde qui nous entoure. A la clé, on ne ressort jamais indemne mais toujours un peu plus « Citoyen du Monde ». Vendredi, l’Iran aura ainsi été au coeur du débat devant plus de 800 personnes. Les cinq expositions proposées dans toute la ville ont prolongé l’éclairage avec des images d’Afghanistan, d’Irak mais aussi de ces conflits dits « oubliés » au Congo ou encore au Kenya. Quant au salon du livre et au forum médias, ils ont confirmé leur essor répondant à un objectif fort de l’événement : susciter des rencontres entre le public, les scolaires, et les grands reporters mais aussi créer des occasions d’échanges privilégiés. Vous l’aurez compris : Bayeux et ses 15000 habitants est certes toute petite à l’échelle du monde mais l’espace d’une semaine, elle a de nouveau témoigné son attachement à un objectif universel : défendre la liberté de la presse, garante de nos démocraties. Une centaine de grands reporters reconnus mais aussi de prestigieux médias ont convergé dans la cité bajocasse pour l’occasion. Une notoriété croissante à laquelle participe un public venu en nombre. C’est là toute la force de l’événement. « A Bayeux se fait ressentir le prix et la raison d’être de notre métier, preuve qu’il dépend de nous tous et qu’il n’est pas vain » a exprimé Patrick Chauvel.

LE PALMARES 2009

Au coeur de notre actualité, la situation en Afghanistan a fait l’objet de nombreux reportages, dont deux ont été primés. Le premier en catégorie TV (format court). Paul Comiti, pour TF1, a eu le courage de suivre l’armée française prise en pleine embuscade. Un vrai reportage de terrain qui a séduit professionnels et lycéens. Il devance un sujet de Sky News, sur la persécution des chrétiens en Inde. Le second en presse écrite. Christina Lamb de « The Sunday Times » l’emporte pour son papier « Une mission impossible », devançant Le Figaro Magazine qui a proposé un sujet sur les pirates de Somalie. En radio, BBC NEWS arrive en tête avec un reportage à la fois dur et plein d’espoir, autour de la vie et du témoignage d’un médecin à Gaza. La célèbre radio britannique a également été récompensée dans la catégorie « TV grand format », créée cette année, pour un reportage toujours à Gaza, « hors des ruines ».

Deux récompenses sont également à mettre à l’actif de l’agence France Presse : l’une en catégorie photo (jury professionnel) pour un reportage sur Madagascar ; l’autre dans la catégorie « jeune reporter » pour un reportage sur Mogadiscio. A noter que le public, qui votait également en catégorie photo, a fait un choix différent des professionnels en récompensant Associated Press pour un sujet sur les troubles au Congo.

Enfin le magazine XXI, lancé il y a deux ans par des grands reporters qui ont pris le risque de « l’information grand format », voit son travail récompensé puisqu’il obtient le Prix Ouest France Jean-Marin, pour son reportage au Pakistan. En rendant hommage aux conflits dont on parle mais aussi à ceux dits « oubliés », ce palmarès reflète la fenêtre sur le monde qu’ouvre le Prix Bayeux- Calvados.