FRANCE , ITALIE , GRECE 24 janvier 2017

Petit journal d’une grande tragédie.

Tripoli : Treize migrants morts asphyxiés dans le conteneur d’un camion

Chaque jour apporte son lot d’informations sur la tragédie des migrants, notamment en Méditerranée. Ces infos sont reprises ou pas, et disparaissent sans laisser beaucoup de traces. On sait bien sûr que des hommes, femmes et enfants se noient en mer, disparaissent, sans laisser de traces eux-non plus. Autant de bulles qui éclatent à la surface de l’eau, dans un petit bruit d’air. grands-reporters.com a décidé de tenir une chronique de toutes ces informations, les petites et les grandes, les lois et leurs conséquences,les grandes statistiques et les petites histoires, les grands drames et les faibles espoirs, le grand silence et les appels à ne pas fermer les yeux. Posées l’une après l’autre, ces informations disparates deviendront une chronique, un journal, une pierre inscrite, et feront ce que, modestement, nous pouvons et devons faire : graver une histoire qu’on veut oublier.

VENDREDI 24 FÉVRIER

Tripoli - Treize migrants sont morts asphyxiés dans le conteneur d’un camion

Tripoli - Treize migrants sont morts asphyxiés dans le conteneur d’un camion qui les transportait vers une plage de l’ouest de la Libye afin de traverser la Méditerranée vers l’Europe, a indiqué jeudi le Croissant rouge libyen (CRL).

Ce drame est le dernier en date frappant des migrants clandestins originaires d’Afrique ou du Moyen-Orient qui s’embarquent en Libye, pays plongé dans le chaos, pour tenter de rejoindre l’Europe dans l’espoir d’une vie meilleure.

Mardi, au total 69 migrants clandestins ont été découverts à l’intérieur d’un conteneur transporté par un camion devant les conduire à la plage de Khoms, ville à 115 km de la capitale Tripoli. Treize d’entre eux dont deux enfants y étaient morts. Morts et survivants ont été conduits vers le centre de rétention de Khoms, a précisé sur sa page Facebook la branche du CRL dans cette cité.

La Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) a confirmé avoir été informée par le CRL à Khoms que "69 migrants de nationalités diverses avaient été découverts à l’intérieur d’un conteneur près de la ville. Certains étaient déjà morts, d’autres dans un état de santé dégradé".

"Ils avaient été enfermés dans le conteneur pendant quatre jours", a précisé la Fédération dans un communiqué.

Le CRL a précisé avoir été alerté mercredi tôt le matin par le Centre de rétention de Khoms "sur la présence d’un groupe de migrants clandestins et de cadavres, jetés à l’entrée du centre au milieu de la nuit".

Mohamad al-Misrati, a confirmé que les migrants mentionnés par le CRL de Khoms étaient "ceux-là mêmes découverts morts dans le conteneur".

Un habitant de Khoms, qui a préféré taire son nom pour des raisons de sécurité, a raconté que les clandestins parmi lesquels les 13 morts avaient "été découverts lors d’une fouille à un barrage de sécurité mardi, sur la route qui longe le littoral" de Khoms.

"Parmi les 56 survivants, il y avait une fillette de cinq ans, prénommée Aïcha. Certains migrants souffrent de maladies de peau, de fractures et d’autres ont besoin de soins urgents", a indiqué le CRL, sans préciser leur nationalité.

Quant aux 13 morts, dont une jeune fille de 13 ans et un adolescent de 14 ans, "certains ont pu être identifiés. Ils ont été placés dans des sacs" en attendant d’être examinés par un médecin légiste et d’être pris en charge par les autorités compétentes, selon le CRL.

Mardi, 74 migrants morts noyés ont été découverts sur une plage à 45 km à l’ouest de Tripoli.

MERCREDI 22 FÉVRIER

Les corps de 74 migrants retrouvés sur le rivage libyen

Le porte-parole de la Croissant rouge libyen a expliqué que des habitants de la zone ont découvert un bateau échoué sur la plage avec à l’intérieur plusieurs cadavres de migrants clandestins.

Migrants en perdition en Méditerranée. - Aris Messinis - AFP

Au moins 74 corps sans vie de migrants ont été retrouvés sur le rivage libyen, au niveau de la ville Zaouïa, dans l’ouest, a annoncé mardi le Croissant rouge libyen (CRL). Sur Twitter, des photographes ont montré les clichés de dizaines de corps alignés sur la plage et enveloppés dans des sacs mortuaires blancs ou noirs.

Six ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye est toujours plongée dans le chaos et le pays est devenu un carrefour de l’immigration clandestine vers l’Europe. Les passeurs de migrants clandestins profitent du chaos et organisent des départs, généralement, depuis l’ouest du pays, à destination de l’Italie qui ne se trouve qu’à 300 kilomètres. En l’absence d’une armée ou d’une police régulières, plusieurs milices font office de garde-côtes tout en étant souvent accusées de complicité voire d’implication dans ce trafic lucratif.

Les pertes humaines consécutives à des naufrages se sont multipliées ces dernières années, se comptant en milliers.

DIMANCHE 19 FÉVRIER

Gianfranco Rosi amène "l’appel à l’aide de Lampedusa" à Hollywood.

(AFP/LE PARISIEN)

Au début de "Fuocoammare, par-delà Lampedusa", un documentaire finaliste aux Oscars, un garde-côte reçoit l’appel à l’aide d’une femme sur un bateau qui sombre, plein de migrants. Il lui répète encore et encore : "quelle est votre position ?". "J’ai voulu renverser la question : nous devons nous demander ’quelle est MA position’ ?" face à "la pire tragédie depuis la deuxième guerre mondiale", explique le réalisateur Gianfranco Rosi, lors un entretien à l’AFP.

Son long-métrage explore l’univers de l’île italienne, territoire européen le plus proche des côtes libyennes. Des centaines de milliers de réfugiés y ont afflué ces dernières années, submergeant ses infrastructures d’accueil. Des milliers trouvent la mort pendant la traversée chaque année - quelque 4.000 en 2016.

Le réalisateur Gianfranco Rosi, lors d’un entretien à l’AFP le 7 février 2017 à West Hollywood (AFP/Frederic J. Brown)

Parmi les réalisateurs les plus primés du monde - lauréat de l’Ours d’Or à Berlin et du Lion d’Or de Venise - Gianfranco Rosi a fait le tour du monde avec son film, devenant, presque malgré lui, porte-parole de la cause des réfugiés.

En 2014, "quand j’ai commencé +Fuocoammare+, Lampedusa n’était qu’une petite île presque hors de la carte, mais (l’impact du film) est devenu très fort quand la route des Balkans s’est ouverte. Soudainement il y avait des millions de gens qui marchaient" à travers l’Europe, se souvient-il.

- Respirer la politique -

"J’ai réalisé au festival de Berlin" il y a un an à quel point le film "respire la politique". "Lampedusa avant, c’était juste l’Italie, maintenant c’est un problème transversal, presque une métaphore", estime-t-il.

La sélection du film aux Oscars représente l’"occasion d’amener l’appel à l’aide de Lampedusa (...) à Hollywood", estime-t-il. Aux Etats-Unis, la question des réfugiés est d’une actualité brûlante depuis la signature du décret du président Donald Trump qui leur interdit temporairement l’entrée du territoire américain.

"L’Amérique a toujours été la terre de la liberté, des immigrants. Que se passe-t-il quand elle tourne le dos à l’histoire pour bâtir des barrières ?", interroge l’Italo-américain en référence au mur que le président républicain veut construire à la frontière du Mexique pour freiner l’immigration clandestine.

Comme la Méditerranée, le désert californien, est "un cimetière" pour ceux qui le traversent pour entrer aux Etats-Unis, fuyant violence et pauvreté, remarque Gianfranco Rosi. Il connaît bien la région, où il a filmé d’autres naufragés, ceux de la société américaine. Son style se distingue des codes du documentaire en vogue aux Etats-Unis en n’utilisant ni interview classique, ni insertions de textes, ni voix-off. Avec patience - il a passé une année à Lampedusa - il guette les moments de vérité qui en disent plus qu’un long discours, et puise dans le langage poétique pour créer une connexion "émotionnelle avec le réel". "J’aime fermer la porte de l’information et interagir émotionnellement avec le public" car "derrière les statistiques, il y a toujours une personne".

- Comment s’habituer ? -

"Fuocoammare" montre une île où des hommes, femmes et bébés s’échouent, certains en vie, d’autres morts, loin des regards. "Comment s’habituer à voir des femmes, enceintes, des enfants morts ? (..) Ce sont des cauchemars que je revis souvent", lance un médecin. Né en Erythrée en 1964, évacué dans l’urgence à 13 ans sans ses parents par des militaires italiens lors de la guerre d’indépendance du pays, Rosi affirme toutefois que cet épisode de son enfance ne fait pas de lui un réfugié.

"J’ai réalisé ma forte connexion avec l’Afrique quand j’étais sur un bateau où des gens mouraient" pendant le tournage, mais c’est une tragédie qui devrait toucher chacun d’entre nous".

Il remarque que "les gens disent aux migrants +si vous faites la traversée, vous allez peut-être mourir+. Un jour l’un d’eux m’a répondu +pour nous, ce peut-être, c’est notre espoir. Si nous restons en Libye, nous mourrons".

VENDREDI 17 FÉVRIER

Maroc/Espagne : des centaines de migrants ont forcé la frontière à Ceuta

Des centaines d’immigrés ont franchi vendredi au petit matin la haute barrière entourant l’enclave espagnole de Ceuta au Maroc, certains ayant été blessés, a-t-on appris auprès des secours et de la garde civile.

"La garde civile de Ceuta estime que 500 personnes ont peut-être réussi à entrer dans la ville", indiquent les services de secours sur leur compte Twitter. La garde civile a de son côté précisé à l’AFP que "plusieurs centaines" de migrants étaient entrés dont certains ont été blessés, ainsi que des membres des forces de l’ordre. AFP

A Washington, une "journée sans immigrés" ferme des dizaines de restaurants

"Diversité", "solidarité, "les immigrés nourrissent l’Amérique" : sur les devantures de plusieurs dizaines de restaurants fermés à Washington, des pancartes expliquent pourquoi ils font grève jeudi lors d’une "Journée sans immigrés", initiative rare en protestation contre les politiques anti-immigration du président Donald Trump.

"Nous sommes trois fils d’immigrés", expliquent, sur une affichette collée sur une porte fermée, les fondateurs de Sweetgreen, une chaîne de bars à salade qui a décidé de clore ses 18 restaurants dans la capitale américaine.

"Nous soutenons le droit de nos employés à faire entendre leur voix en démocratie", poursuit le texte apposé sur la porte d’un établissement, à une quinzaine de minutes à pied de la Maison Blanche, que lit attentivement Edward Burger.

"C’est une bonne idée. Cette question des immigrés et de l’hospitalité des Etats-Unis est terriblement importante, pour eux comme pour nous. Il faut défendre leurs droits", confie ce médecin américain à la retraite âgé de 84 ans.

C’est dans un bastion démocrate - Washington a voté à plus de 90% pour Hillary Clinton à la présidentielle - que vient de s’installer Donald Trump.

Ses déclarations contre les immigrés et les musulmans, son décret anti-immigration très controversé et actuellement suspendu par la justice ainsi qu’une vague d’arrestations et d’expulsions la semaine dernière, ont provoqué ce mouvement spontané de grève qui a pris de l’ampleur à Washington à la faveur du bouche à oreille.

- ’Les immigrés nourrissent l’Amérique’ -

"Monsieur le président, sans nous et sans notre soutien, ce pays est paralysé" : du Pentagone jusque dans les quartiers à majorité hispanique, en passant par les rues commerciales proches de la Maison Blanche et du Capitole, ce même mot d’ordre a motivé la fermeture de quelque 70 restaurants jeudi, dont certaines des plus célèbres tables de la capitale.

Des dizaines d’autres étaient également fermés ailleurs aux Etats-Unis, notamment à New York, Philadelphie ou Chicago, où environ 50 enseignes avaient baissé leurs rideaux.

Quelque 11 millions de clandestins vivent aux Etats-Unis et les sans-papiers représentaient 9% des employés du secteur de l’hôtellerie et de la restauration en 2014, selon l’institut Pew Research Center.

Arrivé d’Espagne dans les années 1990, le chef José Andrés est aujourd’hui à la tête d’un empire gastronomique aux Etats-Unis. Il a décidé de fermer cinq de ses restaurants à Washington "en soutien aux nombreux immigrants parmi nos employés". D’autres de ses enseignes restaient toutefois ouvertes, notamment pour les employés préférant travailler.

Personnalité hautement médiatique, le chef aux deux étoiles Michelin est en litige avec le président qui lui réclame plusieurs millions de dollars pour avoir renoncé à ouvrir un restaurant dans son hôtel de luxe, le Trump International Hotel, à Washington, après les propos contre les immigrés du républicain lors de la campagne électorale.

"Les immigrés nourrissent l’Amérique", pouvait-on lire sur les portes fermées de deux de ses célèbres restaurants, Jaleo et Oyamel, installés dans le quartier commercial de Chinatown.

- ’Peur d’être expulsés’ -

Annoncé mardi sur Twitter où il compte plus de 460.000 abonnés, le soutien de José Andrés a donné un grand coup de projecteur sur une initiative sans organisation centralisée jusque-là passée plutôt inaperçue. Et qui a finalement dépassé le seul secteur de la restauration.

"Nous avons tous peur d’être expulsés, nous les sans-papiers", explique Marvin Gomez, arrivé du Honduras il y a dix ans et venu participer à une petite manifestation à Mount Pleasant, quartier hispanique du nord-ouest de Washington.

A 28 ans, il travaille dans la construction, paye ses impôts aux Etats-Unis malgré son statut clandestin et aide financièrement sa mère restée au Honduras, pays rongé par la violence des gangs. "On s’est mis d’accord avec mes collègues pour ne pas aller travailler aujourd’hui. Les patrons peuvent nous licencier mais tant pis. C’est quelque chose pour lequel nous devons tous agir", confie-t-il.

Dans le cortège qui descendait vers la Maison Blanche se trouvait aussi Iris Mata, employée d’une école du quartier hispanique de Columbia Heights, qui faisait également grève.

"Nous voulons être entendus et qu’on ressente le poids d’une journée sans immigrés", témoigne cette citoyenne américaine de 38 ans, arrivée du Salvador quand elle était enfant. "Nous avons peur des conséquences des décisions du président".

MERCREDI 11 FÉVRIER

Les immigrés sont plus diplômés que la population française en général

Le chercheur de l’INED Mathieu Ichou publie une enquête dans le dernier numéro de Population et Sociétés qui montre que les pays d’accueil sont loin de recevoir « toute la misère du monde » lorsqu’ils octroient un titre de séjour

Le démographe relève que certains groupes sont plus diplômés que la population française en général. Ainsi, 37 % des immigrés nés en Roumanie et vivant en France possèdent un diplôme de l’enseignement supérieur, comme 43 % des Chinois, 35 % des Vietnamiens ou 32 % des Polonais, alors que « seulement » 27 % de la population générale adulte de France dispose d’un grade universitaire. Un taux d’ailleurs identique à celui des diplômés de l’université au sein de la population sénégalaise de France… Quelques autres diasporas sont en revanche en dessous de ce taux, comme les Tunisiens, dont 21 % ont au moins une licence, ou les Marocains (19 %) et les Algériens (18 %).

« Un triple capital : économique, social et intellectuel » « Contrairement à ce que l’on croit a priori, les migrants maliens qui arrivent [en Europe] sont souvent issus des classes moyennes ou supérieures de leur pays », précise le chercheur, qui rappelle que « pour quitter l’Afrique, il faut désormais bénéficier d’un certain niveau de capital économique, social et intellectuel » et ajoute que « le taux de diplômés du supérieur est bien moindre sur le continent africain qu’en France ». Cette analyse des différentes diasporas présentes en France à laquelle Mathieu Ichou se livre est confortée par les travaux menés sur les vagues d’arrivées plus récentes observées par la démographe Anne Goujon, de l’Institut de démographie de Vienne. Cette dernière s’est penchée sur les réfugiés entrés en Autriche au début de 2015. Elle a ainsi mesuré que 27 % de Syriens arrivés dans ce pays sont diplômés du supérieur, contre 10 % de ceux qui sont restés en Syrie.

On retrouve aussi ce différentiel pour les Afghans, dont 11 % de ceux qui ont rejoint l’Autriche sont diplômés de l’université, contre un taux global de 3 % de détenteurs d’un parchemin du supérieur dans ce pays. De quoi mesurer en creux que les pays d’accueil sont bien loin de recevoir « toute la misère du monde » lorsqu’ils octroient un titre de séjour, que celui-ci soit accordé à un réfugié ou à un migrant dit « économique ». « La plupart des discours sur les migrations ne sont pas de l’ordre du rationnel mais de l’idéologique », note à ce propos Mathieu Ichou.

SAMEDI 11 FÉVRIER 2017

Aide aux migrants : condamné à 3000 euros avec sursis, Herrou "continuera à agir"

Le tribunal correctionnel de Nice a condamné ce vendredi l’agriculteur de la vallée de la Roya à une amende de 3000 euros avec sursis. Il était accusé d’avoir aidé des migrants près de la frontière franco-italienne.

Cédric Herrou échappe à la peine de prison. L’agriculteur de Breil-sur-Roya a été condamné ce vendredi à 3000 euros d’amende avec sursis par le tribunal correctionnel de Nice. Son procès, pour immigration clandestine, s’était tenu en janvier dernier. Les juges l’ont condamné pour avoir pris en charge des migrants sur le sol italien mais il a été relaxé des autres faits qui lui étaient reprochés, notamment l’installation de migrants dans un centre de vacances désaffecté de la SNCF et l’aide au séjour et à la circulation de migrants en situation illégale.

Le parquet, qui lui reprochait une stratégie militante et un détournement de la loi de décembre 2012 accordant l’immunité pénale à ceux qui apportent une aide humanitaire et désintéressée aux migrants, avait requis huit mois de prison avec sursis. "On continuera à agir et ce n’est pas sous la menace d’un préfet ni les insultes d’un ou deux politiques que nous arrêterons. Nous continuerons car c’est nécessaire de continuer", a déclaré le militant en sortant du tribunal, avant d’être acclamé par 200 personnes.

MERCREDI 8 FÉVRIER 2017

L’UE veut écraser les réseaux des migrants.

Les dirigeants européens veulent monter au front contre les réseaux de passeurs de migrants en Libye. Réunis à Malte vendredi, ils comptent briser ces groupes illégaux à travers une série de mesures chocs. Des décisions mal vues par les activistes des droits humains qui y voient une atteinte aux valeurs de l’UE.

L’afflux des migrants aux larges des côtes italiennes en partance de la Libye pourraient bientôt être jugulé. Lors d’un sommet informel presque exclusivement consacré à cette question, les dirigeants de l’Union européenne ont pris la ferme décision d’étouffer les réseaux des passeurs qui gèrent près de 90% du trafic des migrants qui passent par la Libye pour rallier l’Italie. Pour ce faire, les dirigeants de l’espace UE ont pris des résolutions qui devront décourager ce trafic. Il s’agit entre autres, de renforcer le rôle de garde-côtes libyens, d’aider les voisins de la Libye à fermer ses accès aux pays voisins, d’assurer les conditions décentes aux migrants bloqués dans la zone et d’encourager les migrants pour raisons économiques à retourner à leur lieu de provenance. « Nous intensifierons l’action que nous menons avec la Libye, qui est le principal pays de départ, ainsi qu’avec ses voisins d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne », peut-on lire dans la Déclaration de Malte signée ce vendredi 3 février. « En Libye, il est essentiel de renforcer les capacités pour que les autorités soient en mesure de prendre le contrôle des frontières terrestres et maritimes et de lutter contre les activités de transit et de trafic », confirme la Déclaration de Malte.

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Photo Narcisco Contreras

« Conserver des camps en Libye, c’est maintenir les migrants dans des conditions inhumaines et les mettre encore plus en danger », a déclaré Carlotta Sami, porte-parole du HCR au micro de l’agence Reuters. Avis partagé par Françoise Sivignon, présidente de Médecins du monde. « Les témoignages de tortures, de violences à l’égard des personnes notamment dans les centres de rétention sont dramatiques. On renvoie donc ces personnes vers leurs oppresseurs au mépris des droits les plus élémentaires. ».

MARDI 7 FÉVRIER 2017

Migrants morts et disparus en Méditerranée (2014-2016)

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LUNDI 6 FÉVRIER 2017

"Migrants : l’enfer du froid"

L’enfer sur terre et en froid se trouve actuellement en Serbie. Il s’agit d’un immense camp sauvage de réfugiés, en plein centre ville de Belgrade, où des centaines de personnes sont bloquées. Les équipes de BFMTV sont allées à la rencontre de ces réfugiés, qui rêvent d’une vie en Europe, et d’un étudiant syrien à la frontière hongroise. - 7 jours BFM, du samedi 4 février 2017, sur BFMTV.

VOIR LE REPORTAGE VIDÉO EN SERBIE ( BFM)

DIMANCHE 5 FÉVRIER 2017

Plus de 400 migrants interceptés au large de la Libye

Des migrants secourus par l’ONG Moas et la Croix Rouge italienne au large de la Libye le 5 novembre 2016 (Afp)

Les garde-côtes ont intercepté au large de la Libye plus de 400 migrants dont des femmes et des enfants qui tentaient de rejoindre l’Europe par la mer, a annoncé samedi à l’AFP le porte-parole de la marine libyenne.

Selon le général Ayoub Qassem, 431 migrants à bord d’embarcations pneumatiques ont été interceptés entre jeudi matin et samedi, à quelques miles marins au large de la ville de Sabratha, à 70 km à l’ouest de la capitale Tripoli.

"Les migrants sont de plusieurs nationalités africaines et comptent parmi eux un grand nombre de femmes et d’enfants", a ajouté le général Qassem.

Les migrants ont été interceptés par les garde-côtes basés à la raffinerie de Zawiya (50 km à l’ouest de Tripoli). Ils ont été remis plus tard à l’Organisme de lutte contre l’immigration clandestine qui devrait les placer dans des centres de rétention, a-t-il précisé.

Vendredi, les garde-côtes italiens ont annoncé avoir secouru plus de 1.300 migrants au large de la Libye, ce qui porte à plus de 7.000 le nombre de migrants arrivés sur les côtes italiennes depuis le début de l’année. Quelque 230 autres sont morts ou ont disparus en janvier au large de la Libye, selon l’ONU.

Réunis en sommet à Malte, les dirigeants européens se sont engagés vendredi à aider la Libye à lutter contre les passeurs.

Le Européens envisagent aussi d’autre mesures pour bloquer l’arrivée de milliers de migrants depuis la Libye, mais ce plan a été critiqué par de nombreuses organisations internationales et ONG qui redoutent de mauvais traitements à l’encontre des migrants bloqués en Libye faute de pouvoir traverser la Méditerranée.

Les passeurs de migrants clandestins profitent du chaos qui règne en Libye depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. La plupart des départs ont lieu depuis l’ouest du pays, à destination de l’Italie qui n’est qu’à 300 kilomètres.

En l’absence d’une armée ou d’une police régulières, plusieurs milices font office de garde-côtes tout en étant souvent accusées de complicité voire d’implication dans ce trafic lucratif.

SAMEDI 4 FÉVRIER 2017

Immigration : l’UE finance la Libye

L’Union européenne a décidé mettre à la disposition du gouvernement libyen 200 millions d’euros, dont une partie servira à équiper les garde-côtes de ce pays d’Afrique du Nord, pour les aider à contrôler les flux de migrants clandestins en partance pour l’Europe. Réunis vendredi à La Valette, la capitale de Malte, des dirigeants de pays membres de l’UE ont décidé de renforcer la lutte menée par les garde-côtes libyens contre les passeurs. L’UE espère que la Libye sera, avec ce financement, mieux en mesure de démanteler les réseaux de trafic de personnes et de refouler les bateaux transportant des migrants clandestins.

Image caption La Libye est confrontée à l’instabilité depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. (Photo Reuter) "Des souffrances horribles" Mais les organisations de défense des droits de l’homme disent être préoccupées par la stratégie employée par l’UE et la Libye pour contrôler les flux migratoires. "La Libye n’est pas un endroit sûr, et le fait de bloquer les gens dans ce pays ou de les renvoyer en Libye est contraire aux valeurs fondamentales de la dignité humaine et de l’état de droit", a déclaré Médecins sans frontières.

Sur Twitter, Amnesty International affirme que l’accord conclu entre la Libye et l’UE à La Valette pourrait causer "des souffrances horribles" chez les migrants. Depuis la chute du gouvernement de Mouammar Kadhafi, en 2011, la Libye ne parvient plus à contenir les flux de migrants venant d’Afrique subsaharienne pour traverser son territoire et entrer en Europe.

Le gouvernement soutenu par l’ONU et dirigé par le Premier ministre Fayez al-Seraj exerce un contrôle limité sur le territoire de la Libye. A cause de sa proximité avec l’Europe et de son instabilité, ce pays d’Afrique du Nord est devenu un important centre de trafic d’êtres humains. Jeudi, la marine italienne a déclaré avoir secouru plus de 1 750 migrants en 24 heures.

LIRE L’ARTICLE SUR LES GARDES-CÔTES LIBYENS

MERCREDI 1ER FÉVRIER 2017

Méditerranée : l’afflux de migrants diminue, les risques augmentent

Selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), dix fois moins de migrants sont entrés en Europe en janvier en comparaison à janvier 2016.

Le mois dernier, 5 483 migrants et réfugiés sont arrivés par voie maritime : 78 % en Italie, en étant partis de Libye ou d’Égypte, et 22 % en Grèce, avec un départ de la Turquie. En janvier 2016, 67 375 personnes étaient arrivées en Europe par la mer, dont 8 % en Italie et 92 % en Grèce.

La politique de la Turquie en matière de surveillance maritime et de gestion migratoire, largement appuyée et financée par l’Union européenne, porte donc ses fruits. Au total, 363 401 personnes sont arrivées par en Europe par la mer l’an dernier : 50 % par l’Italie, 48 % par la Grèce et le reste par l’Espagne et Chypre.

La traversée de la Méditerranée, de la Libye ou de l’Égypte vers l’Italie devient en revanche de plus en plus meurtrière : 90 décès ont été enregistrés en janvier 2016 contre 253 le mois dernier. « Les passeurs utilisent des navires de plus en plus vétustes et de mauvaise qualité et les chargent au maximum, jusqu’à saturer l’embarcation car ils savent que des bateaux de sauvetage sillonnent la zone », regrette Emma Proust, chargée de projet à l’OIM. 

Durant l’année 2016, 4 579 personnes ont trouvé la mort sur cette liaison, ce qui en fait l’un des trajets de migration les plus dangereux du monde.

Camille BLEUET (LE MARIN)

MARDI 31 JANVIER

Libye : 700 migrants interceptés par les gardes-côtes libyens

Quelque 700 migrants qui tentaient de rejoindre l’Europe par la mer ont été interceptés par les gardes-côtes libyens près des plages de Sabratha dans l’ouest du pays, a annoncé lundi à l’AFP le porte-parole de la marine libyenne. "Les gardes-côtes ont intercepté vendredi à l’aube 700 migrants à bord de deux embarcations en bois à 3 miles nautiques de la ville de Sabratha", à 70 km à l’ouest de Tripoli, a indiqué le général Ayoub Qassem.

Selon lui, des passeurs qui étaient sur la plage ont tiré sur la patrouille des gardes-côtes sans faire de victimes. "Les gardes-côtes ont riposté, obligeant les trafiquants à prendre la fuite", a ajouté M. Qassem.

La plupart des migrants arrêtés sont d’Afrique sub-saharienne, mais des Egyptiens, des Syriens, des Tunisiens et des Palestiniens étaient aussi à bord des deux embarcations, a-t-il précisé.

Alors que les pays européens tentent de freiner le flux de migrants, avec notamment un soutien renforcé aux gardes-côtes libyens, plus de 1.360 migrants ont été secourus depuis vendredi par les gardes-côtes italiens, et trois retrouvés sans vie, à bord d’une douzaine d’embarcations de fortune parties de Libye malgré l’hiver.

Les passeurs de migrants clandestins profitent du chaos qui règne en Libye depuis la chute du régime Kadhafi en 2011. La plupart des départs ont lieu depuis l’ouest du pays, à destination de l’Italie qui n’est qu’à 300 kilomètres. En l’absence d’une armée ou d’une police régulière, plusieurs milices font office de garde-côtes tout en étant souvent accusées de complicité voire d’implication dans ce trafic lucratif. 

DIMANCHE 29 JANVIER 2017

La Slovénie pourra fermer ses frontières aux migrants illégaux

LJUBLJANA, 26 janvier (Reuters) - Le parlement slovène a adopté jeudi des mesures qui permettront à la police de fermer les frontières aux immigrants clandestins. La loi a été adoptée par 47 voix pour et 18 contre, et permettra de fermer les frontières à la majeure des immigrants clandestins pour une période limitée, si le parlement le juge nécessaire pour des raisons afférant à la sécurité nationale.

SAMEDI 28 JANVIER 2017

Des camps en Libye, ou dans les pays voisins pour les migrants clandestins

Les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne se sont penchés, jeudi 25 janvier à Malte, sur un projet de financement de camps en Afrique qui seraient gérés par des organisations humanitaires afin de retenir les migrants tentés de gagner l’Europe en franchissant la Méditerranée.

Il s’agit de reproduire en partie les accords mis en place par l’UE avec la Turquie, la Jordanie et le Liban, qui accueillent plusieurs millions de réfugiés syriens dans des camps installés sur leur territoire. Après l’accord conclu par l’UE avec Ankara en mars 2016, les arrivées de migrants en provenance de Grèce via la Turquie ont fortement baissé.

Depuis la fermeture de cette route, qui se prolongeait par les Balkans, la traversée de la Méditerranée entre la Libye et l’Italie est la principale voie d’entrée des migrants dans l’UE.

Mais l’UE veut couper cet accès également et ne plus admettre que les personnes relevant du statut de réfugiés.

Or, la plupart de ceux qui empruntent la route Libye-Italie sont considérés comme des migrants économiques sans aucune chance de se voir accorder le droit d’asile dans l’UE.

« L’idée est de les envoyer dans un lieu sûr, sans les amener en Europe », a déclaré le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, à son arrivée dans la capitale maltaise.

Les camps en Libye, ou dans les pays voisins, seraient gérés par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ces deux organisations internationales enregistreraient les migrants et s’assureraient que ceux n’ayant aucune chance d’obtenir l’asile soient renvoyés dans leur pays.

Source Reuters

MERCREDI 25 JANVIER 2017

ROBERTO BENEDUCE . Rencontre avec un ethnopsychiatre italien.

IL SOIGNE LES BLESSURES PSYCHIQUES DES MIGRANTS Dans son centre à Turin, Roberto Beneduce accueille les migrants en psychothérapie.

Excellente émission sur 28 minutes. A voir ou à revoir.

Mardi 24 janvier 2017

La mère de Cédric Herrou, l’agriculteur poursuivi pour aide aux migrants, a écrit une lettre au procureur de Nice "Je suis la mère de celui contre lequel vous vous acharnez." Dans une lettre envoyée au procureur de Nice, la mère de Cédric Herrou revient sur les fondements de l’engagement de son fils.

(Photo (VALERY HACHE / AFP)

"C’est têtu un Breton, et ça n’a pas peur des tempêtes." La mère de Cédric Herrou, l’agriculteur de 37 ans poursuivi pour aide aux migrants, a décidé de prendre la parole pour raconter leur histoire familiale et les fondements de l’engagement de son fils. Cette lettre a été envoyée au procureur de Nice et publiée sur Facebook, dimanche 22 janvier.

"Pour que vous compreniez... Nous avons été "famille d’accueil" pendant 25 ans. Cédric avait 5 ans, Morgan 7, quand les premiers enfants sont arrivés. Ils ont partagé leurs jouets, leur table, leur maison, leurs parents avec 15 enfants délaissés, de toutes origines, certains battus, violés", explique celle qui signe "Mama Herrou". Le 4 janvier, son fils a comparu à Nice pour aide à l’entrée, au séjour et à la circulation d’étrangers en situation irrégulière. Le parquet a requis huit mois de prison avec sursis à son encontre. Elle interpelle Eric Ciotti et Christian Estrosi

Une situation inacceptable pour la mère de Cédric Herrou. Dans sa lettre, elle est aussi revenue sur son histoire personnelle, pour interpeller des responsables politiques de la région. "Ma grand -mère paternelle a elle aussi, en 1918 passé la frontière d’Italie à pied, par les montagnes elle a perdu le bébé qu’elle portait au cours de ce périple, (peut-être a t’elle croisé à ce moment là les grands mères de messieurs Ciotti et Estrosi, qui sait ?)", écrit-elle. C’est toujours dans cette vallée franco-italienne que Cédric Herrou offre le gîte et le couvert à des migrants depuis plusieurs mois.

"Voilà monsieur le Procureur, et tous ceux qui le traite de passeur, de trafiquant d’êtres humains et de voleur voilà à qui vous avez à faire", conclut la mère de Cédric Herrou. Le jugement de son fils doit être rendu le 10 février.""

Photo rubrique : Un document publié par l’Office italien marine de presse Marina Militare le 11 Août, 2015 - MARINA MILITARE / AFP

24 janvier 2017

Par Jean-Paul Mari

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