Profession : gardienne de prison

Album de 34 photos.

Photos Eric Beracassat

Stéphanie, Françoise, Nathalie… Elles sont surveillantes dans une Maison d’Arrêt à Grasse (Alpes Maritimes). Une prison de 574 places où tous les prisonniers – 691 – sont des hommes. Eu égard au surpeuplement actuel des prisons, Grasse pourrait passer pour une prison modèle. Comment survit-on dans une prison d’hommes ? Entre coups de gueule, fouilles réglementaires, tentatives de suicide et évasion réussie ?

Guy, c’est un pseudo, bien sûr, voudrait son « solde de compte ». On n’a pas idée de l’importance, que peut revêtir pour un détenu, un « solde de compte », c’est-à-dire la somme d’argent, qui lui reste sur son compte pénitentiaire, nominatif. C’est ça, aussi être privé de liberté : ne pas être en mesure de savoir ce que l’on possède. Est-ce que le mandat qu’il attend ou pas est arrivé ? Est-ce que l’Administration a crédité son compte du « salaire » (3,70 € de l’heure) qui lui est versé au titre de petits travaux ? Guy veut savoir s’il peut « cantiner », s’offrir le « superflu » qui est si nécessaire : des cigarettes, des gâteaux. Stéphanie s’est engagée à lui donner cette information dans la journée : « Si vous vous engagez, il faut respecter votre parole. Sinon, vous perdez toute crédibilité ». Dans le milieu carcéral, il y a des règles non écrites. Une sorte de code d’honneur qui concerne aussi bien les surveillants que les détenus. Mais où toutes les relations sont comme « dépersonnalisées ». Une surveillante n’a pas de nom, de prénom. Un détenu doit toujours l’appeler « surveillante ». Un détenu n’est même pas un numéro. On en parle comme d’un paquet et cela ne choque plus personne « Je te l’envoie ? », quand il s’agit de le transférer d’un quartier à un autre. Entre détenus et surveillants, c’est un peu le jeu du chat et de la souris. « Eux, ils nous surveillent, autant qu’on les surveille ». Guettant la faille, dont ils profiteront un jour ou… jamais ; captant une foule d’informations, probablement inutiles…« On est incarcérées, nous aussi ! Sauf qu’on en a pris pour vingt ans ! », plaisante une surveillante.

© Texte : Annie Crouzet Photos : Eric Beracassat