AFGHANISTAN

L’Afghanistan entre dans la nuit.

Talibans : Le règne de la terreur

Les nouveaux maîtres de l’Afghanistan ont fait tomber une chape de plomb sur Kaboul. Cent mille civils ont fui la capitale, terrorisés par les combats et la réputation des Talibans, partisans d’un Islam archaïque, brutal et intransigeant.

Ils ont commencé par interdire. Et par fixer la règle du jeu. Elle tient en un mot : la Charia, rien que la Charia, toute la Charia. A peine entrés dans Kaboul, la capitale, ils ont couru jusqu’au bâtiment des Nations-Unies là où Najibullah était réfugié depuis quatre ans. Les Taliban l’ont pris, lui et son garde du corps. Puis ils ont pendu l’"impie", le communiste, à un réverbère de la ville. On s’est embrassé devant la potence et on a traîne le cadavre attaché à une jeep. La sainte besogne terminée, les Taliban se sont penchés sur la population mécréante. Kaboul n’est pas Babylone..loin s’en faut ! Pourtant, aux yeux des Taliban, elle manque à tous les devoirs religieux. Plus question de laisser une femme sortir sans le "Tchadri", la version afghane du Tchador en plus rigoureux, visage entièrement couvert par un grillage épais de tissu. Pour l’exemple, on a bastonné les délurées qui ont bravé l’interdit. Les femmes n’iront plus à l’école, elles ne travailleront pas. Dans les bus, elles auront une rangée attribuée, séparée des hommes par une chaîne. On leur conseille d’ailleurs de ne pas quitter le domicile sans nécessité absolue. Dans le plus grand hôpital de la ville, il ne reste plus que trois infirmières sur cinquante. Une femme ne doit pas flâner. La prière devient obligatoire. Tous ceux qui ne font pas, cinq fois par jour, leurs ablutions à la mosquée seront "considérés comme des corrompus" a proclamé Radio-Kaboul. Vendredi dernier, des miliciens islamistes ont forçé, l’arme à la main, des habitants de la capitale à se rendre à la mosquée. Les fonctionnaires et les cadres civils ont reçu l’ordre de se laisser pousser la barbe. Les Talibans détruisent tout ce qu’ils considèrent comme "non-islamique"...jeux de hasard, magnétophones, cassettes, magazines et jouets. Au printemps dernier, dans le sud du pays déjà sous contrôle taliban, trois petits voleurs ont été amputés de la main droite et du pied gauche.."Nous espérions qu’ils ne seraient pas aussi durs ici qu’ils l’étaient ailleurs dans le pays" a dit un homme d’affaires de Kaboul. Espoir décu. "Aujourd’hui", écrit un rapport d’Amnesty, "les familles ont peur de sortir de dans la rue, peur d’ouvrir leurs portes et peur de voir leurs proches subir les mesures brutales réservées aux "non-islamiques.." A Kaboul, le règne de la terreur a commençé. Avec l’accord des ...Américains. Les Talibans, qualifiés "d’étudiants islamiques",-dotés de centaines de chars, de Mig-21, de missiles et d’artillerie lourde-, sont des combattants soutenus et conseillés par le Pakistan et l’Arabie Saoudite. Façon de contrer, entre autres, l’influence de l’Iran dans la région. Alors, il y a les bons et les mauvais "intégristes". D’un côté, les mauvais, les Iraniens ou les Soudanais, qualifiés de dangereux "Fous d’Allah" qui ont le tort de s’attaquer aux intérêts de Washington. De l’autre, les bons, les Saoudiens ou les Talibans afghans, tout aussi intégristes mais requalifiés de "musulmans traditionnalistes", (notez la différence), des gens raisonnables puisque devenus alliés des Etats-Unis. Un seul point commun entre les deux3 : la proclamation de l’Etat Islamique, l’application de la Charia, le sort des femmes, les amputations et autres violations des droits de l’homme. Regardons bien ces images qui nous viennent de Kaboul. Elles vont devenir rares. Le chef des redoutables Taliban s’appelle Mohamed Omar. Vétéran des guerres d’Afghanistan, blessé quatre fois, considéré comme un saint par ses combattants, Mohamed le borgne fuit les journalistes et les photos. Les photographes sont donc priés de ranger leurs appareils. Dans sa vision d’un Islam réactionnaire, il a même décidé d’interdire toute représentation de la "personne humaine". Ce n’est plus le retour à un moyen-âge obscur mais un grand bond en arrière vers le primitif. Avec les Talibans, l’Afghanistan entre dans la nuit.

Jean-Paul Mari.

Par Jean-Paul Mari

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