Jour de week-end à Tripoli. La sortie familiale passe désormais par le palais de Kadhafi, deux grandes maisons protégées par une série d’enceintes en béton. Un labyrinthe conçu pour être imprenable. Le palais est tombé. Allah Akbar !

Les maisons proprement dites sont de petits immeubles avec de grands patios, des halls et des volées d’escaliers intérieurs. La foule est partout, hommes en tunique traditionnelle ou en jean, femmes voilées agitant de petits drapeaux, armée de gosses de tous âges sautant sur les ruines. Difficile de dire comment était l’aménagement intérieur, le sol de marbre est tapissé d’une épaisse couche de débris. Ne restent que des murs crevés, des moquettes murales arrachées, des meubles en morceaux et des paquets de tubes électriques. Tout a été arraché, brisé, broyé ou pillé. Le « palais » ressemble à un ancien squat, sale, couvert de graffitis, d’insultes, de slogans de la libération et de portraits grotesques de « l’ébourrifé », surnom populaire de Kadhafi.

Un examen plus attentif permet d’établir une décoration douteuse d’un propriétaire, amateur de moquette bleuâtre aux murs, de lampadaires alambiqués et de salle de bains de nouveau riche. Comme Saddam ou Ben Ali, Kadhafi avait mauvais goût, ce qui confirme que la démocratie est résolument plus esthétique.

Ah ! Les souterrains. N’oublions pas les souterrains, outil essentiel de la panoplie des tyrans retranchés. Ils relient les deux maisons, corridors nus, longs, droits, avec quelques coudes pour faciliter la défense, une salle technique, des tableaux électriques, un bloc Air Conditionné, des labyrinthes et des échelles en métal pour sortir à l’air libre, devant une petite estrade posée sous un palmier, ce qui permettait à « l’ébouriffé » de cueillir des dattes en levant sa main gantée.

Enfin, le QG, un immeuble en béton armé, aplati, troué en son centre par un méchant missile de l’Otan. De l’extérieur, on peut lire sur un reste de mur une inscription martiale en lettres majuscules : « Nous ne rendrons pas. La liberté ou la mort ! » Finalement, ce fut la fuite.