FRANCE 16 novembre 2014

"Tu vas travailler pour nous...sinon on ira violer ta femme et vitrioler tes enfants."

Trois semaines avec Guy Georges, sérial killer.

Reportage à haut-risque.

Il est des reportages plus dangereux que les autres. Et il n’est pas nécessaire pour cela de couvrir les conflits au Liban ou en Libye. Yan Morvan, reporter habitué aux terrains de guerre, raconte en images sa plongée dans le monde parisien des squats, des gangs et des tueurs, dont le plus célèbre, Guy Georges. Un reportage qui lui vaudra la séquestration, trois semaines de tortures, quelques côtes cassées, des menaces de mort sur lui et sa famille.

Octobre 1994 : Paris-Match me présenté un “ fixeur” des banlieues “ dures” qui pige pour eux et vendait du shit aux membres de la rédaction, on l’appellera “ Mehdi” (il partageait les mêmes valeurs que le tueur de Bruxelles). Notre mission : montrer la France qui souffre (en filigrane du duel droite/gauche des futures présidentielles de 1995).

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Nous nous installons dans un squat de la rue Didot, dans le 15ème Arrondissement de Paris. C’est près d’une cité très sensible qui est un lieu de vente renommé pour les drogues dites douces et dures.

Les règlements de compte vont bon train – on se bat au couteau et à la barre de fer.

Guy Georges, celui qu’on nomme “Jo” est habitant du squat – Il vient voir pendant les prises de vue, mais refuse de se faire photographier. Tout le monde l’apprécie.

Je photographie sa petite amie, Nadia, un revolver sur la tempe. Il deale du shit avec les autres locataires – mon fixeur Mehdi se lie avec lui – sur les plans “dope” ils sont raccord.

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Jo se présente comme un militant actif du DAL, (Droit au Logement), (j’apprendrai plus tard qu’il renseignait les flics sur leurs activités contre leur “protection”. Mes squatteurs n’intéressent pas Match, mais on continue l’histoire.

Mehdi utilise un hercule camerounais, on l’appellera Moïse comme garde du corps, plutôt bon type, mais comme magnétisé par son mentor. Celui-ci me sert d’assistant et de “laisser-passer” dans les moments difficiles… Mehdi envoie Moïse comme garde du corps dans une affaire de deal qui tourne mal : résultat, une mère de famille assassinée par un des dealers défoncés et Moïse qui prend quatre ans ferme. C’est Jo qui va le remplacer, c’est le nouveau pote à Mehdi et son homme de main… De mai à début juillet 1995 Guy Georges dit “ Jo” sera mon assistant-photographe, et parfois mon modèle.

Ça s’emballe aussi du côté des photos. Les élections présidentielles ont vu la victoire de Jacques Chirac. Match a publié dix pages de mes photos sur ce qu’ils ont appelé “ La fracture sociale”.

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Nous avons une nouvelle mission:montrer les armes en banlieue. Et si ça n’existe pas on s’arrangera pour qu’il y en ait. Pour moi, pas question de bidonner – nous sommes dans ma voiture quand je lui annonce la fin de notre collaboration.

Mehdi me dit de sortir. Il m’entraine dans un hall d’immeuble et me flanque une dérouillée – Nous retournons dans la voiture – Jo est confortablement installé sur la banquette arrière : – "Tu vas travailler pour nous me dit-il. Tu feras ce qu’on te dira sinon on ira violer ta femme et vitrioler tes enfants". J’ai peur. “Nous”, je n’ai jamais su qui c’était, mais je m’en doute.

Notre “ collaboration” va durer jusqu’au début juillet – Mehdi, Jo et moi dans ma voiture – nous louons des armes factices à la SFP – Mehdi fait poser des potes à lui – j’engrange les photos bidonnées – Tous les jours, il me tape sur les parties du corps en épargnant la tête et les mains pour que ce ne soit pas trop visible.

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Je peux rentrer chez moi le soir vers 1H du matin et RV à 9H puis on passe chercher Jo au squat de la rue Saint-Sauveur où il crèche maintenant. Jo, est assez sympa avec moi, parfois nous allons prendre un verre et je lui raconte mes histoires de reportage. Il les aime – il est le bon geôlier, celui qui me réconforte des coups de Mehdi.

Je prépare ma fuite – l’école est bientôt finie et je pourrais partir avec mes quatre enfants. J’ai très peur, je sais Mehdi capable de tout, en avril, il a tué un homme et les flics se sont arrangés pour faire porter le chapeau à quelqu’un d’autre, je voudrais protéger ma famille. Guy George est toujours avec lui comme sa doublure. Ils utilisent ma carte de crédit pour régler leurs dépenses, et mon compte sans provisions les exaspère maintenant. Je sens quelque chose de différent, une menace sourde inqualifiable, l’instinct de mort que j’ai appris à la guerre.

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Je prétexte passer prendre de l’argent chez moi pour leur fausser compagnie un après-midi : je vais parler à ma compagne, lui montrer mon corps couvert de coups et tout raconter – nous faisons les bagages, rassemblons les enfants et c’est le départ chez ma belle-mère qui habite à Nice.

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Pendant deux mois La Golf VW de Paris-Match attendra en bas de chez moi (dixit la gardienne de l’immeuble). Mehdi se présente chez moi à la rentrée scolaire, ma compagne lui dit que je suis parti avec une autre femme elle ne sait pas où, il est désarçonné !

Je suis chez un ami journaliste en qui j’ai toute confiance – il me persuade d’aller raconter toute mon histoire à la police – je lui explique que c’est trop risqué les flics sont dans le coup…

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Je n’ai pas le choix, c’est quitte ou double… il m’accompagne et j’explique mon affaire dans le détail au capitaine d’une antenne de police de mon arrondissement. J’ai comme preuve un procès-verbal d’un médecin décrivant mon organisme roué de coups, et une cassette d’enregistrements menaçant de mort moi et ma famille. C’est assez pour le convaincre d’agir.

Je suis convoqué deux jours plus tard le matin tôt au commissariat en présence de Mehdi qu’ils ont été chercher chez lui à l’heure légale. Celui-ci commence par m’insulter et demande au capitaine d’appeler son “parapluie”, le commissaire X des RG dans l’ile de la cite. Mehdi le prend de haut avec le capitaine et lui prédit bien des soucis s’il ne le relâche pas, car évidemment il a les “bonnes” relations…

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Au bout d’une heure Mehdi est déferré au parquet, je n’en reviens pas et demande quel miracle est arrivé pour que “ justice soit faite” ? Le capitaine en souriant me répond qu’il sait très bien de quoi il s’agit et qu’il était précédemment conseiller d’un ministre et bien au fait de certains réseaux et pratiques existant dans l’institution.

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Mehdi écopera de six mois fermes pour coups et blessures et menace de mort. Guy Georges sera arrêté dans le Marais pour une tentative de viol, et relâché très rapidement. C’est avec ses empreintes ADN retrouvées sur une victime qu’on pourra le confondre en 1998.

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En mars 1998, je reçus une lettre de Moïse détenu à la “Santé” où il écrivait : “ Tu sais, Yan, Guy Georges, c’était Jo”.

Guy Georges, le parcours du "tueur de l’Est parisien"

Guy Georges né à (Vitry-le-François le 15 octobre 1962) est un tueur en série ayant sévi durant les années 1990 en France. Il a été condamné le 5 avril 2001 pour 7 meurtres à l’emprisonnement à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans. Lire son histoire complète.->Guy Georges, le parcours d’un ultra-violent : Guy Georges né à (Vitry-le-François le 15 octobre 1962) est un tueur en série ayant sévi durant les années 1990 en France. Il a été condamné le 5 avril 2001 pour 7 meurtres à l’emprisonnement à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans. Lire son histoire complète.

16 novembre 2014

Par Yan Morvan

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