L’ancien territoire français dans la Corne de l’Afrique, République de Djibouti depuis le 27 juin 1977, n’en finit pas de respirer encore en 2019 la Françafrique des années post indépendances africaines.

Dans ce cadre typique, un magistrat français Bernard Borrel, conseiller du ministre de la justice de Djibouti, était retrouvé « suicidé » en novembre 1995 et les ondes de choc avaient fait suspendre de facto la coopération judiciaire pourtant inscrite dans les traités de coopération liant France et Djibouti.

Un « Je t’aime, mon plus » permanent a empêché depuis lors officiels ou journalistes français de délivrer un moindre avis sur le quotidien politique à Djibouti, accompagné d’une dénonciation régulière par les citoyens et par les opposants djiboutiens de la politique française envers Djibouti. Ce contexte avait permis à des opposants djiboutiens de se réfugier en France et à des Français en rupture avec la justice de leur pays de trouver une tanière à Djibouti : vingt ans de statu quo.

Or un thème nouveau serait advenu, lié au financement des partis politiques en France, capable de faire surgir des dossiers en souffrance et de déteindre sur la pratique de la coopération judiciaire.

Un opposant Djiboutien de 68 ans, réfugié politique en France depuis 2006 est en effet mis en examen le 13 février 2019 à Paris à la demande de son pays, l’accusant d’avoir commandité en 2015 la destruction de véhicules servant au transport de militaires dans le nord du pays. Ce que l’opposant nie totalement, expliquant ne pas même avoir été informé de cette action.

Il s’agit en réalité d’une décision purement politique qui s’explique par son engagement d’opposant contre le pouvoir djiboutien et il est à l’initiative de la création d’une large plateforme de l’opposition djiboutienne présente en Europe.

Une nouvelle comparution de Monsieur Kadamy le 28 mars 2019 devant le juge Tournaire à Paris n’a pas fait lever sa mise en examen. Au contraire, cette dernière audition s’est tenue après le retour du juge Tournaire d’un déplacement discret à Djibouti où il avait coordonné la mise en examen de Wahid Nacer, un ancien responsable d’une banque de gestion privée à Genève qui s’est réfugié à Djibouti après avoir joué un rôle dans le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Les démocrates français des partis de gauche et nombre d’organisations de défense des droits humains telles que la Ligue des droits de l’homme (LDH) ou la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) se sont insurgés contre une telle remise en balance « politique » du droit d’asile en France par une atteinte à la protection des réfugiés dès lors que la justice française a pu accepter d’exécuter une commission rogatoire internationale émise par un pays où aucun État de droit ne préside aux décisions de justice.

Tous les opposants étrangers en France mais en l’occurrence africains peuvent désormais tomber sous le coup d’une justice française devenue liberticide, après avoir été une justice à l’avant garde de son temps pour la défense des droits de l’homme et du citoyen depuis les principes fondateurs née de la révolution française.

Maki HOUMED-GABA Représentant de l’ARD en Europe Alliance Républicaine pour le Développement