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Pour vivre heureux, vivons caché. Derrière un long mur d’enceinte à une vingtaine de kilomètres de Tripoli. L’entrée ressemble à l’accès d’une caserne, avec check-point, blocs de béton et guichet de surveillance. Le bonheur est après les barbelés. Une sorte de résidence, des villas perdues dans les lauriers roses, des toits de tuiles, des jardins, séparées par des allées, des rues, de grands boulevards. Une résidence ? Le mot est faible.

C’est une véritable ville de vacances de centaines ce chalets d’été qui s’étend sur des dizaines de kilomètres carrés. Elle accueillait les fonctionnaires - zélés -, les membres du parti - forcément fidèles -, les hommes d’affaires - riches - et quelques diplomates "amis" - c’est à dire peu regardant sur le régime. Bref, tous les courtisans de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste et surtout de son leader, le bien aimé Mouammar.

Le harpon des barbus

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En allant vers la mer, le terrain devient nu, ménageant un espace de séparation vers les villas des membres de la famille de Kadhafi. Saadi le footballeur raté, Hannibal la brute confirmée, Saïf Al-Islam, faux-réformateur et vrai dauphin de son père, Muatassem, l’ainé, discret, fou de technologie et de voitures, et tous les autres. Au bout du chemin, une première villa isolée, face à la crique, les pieds dans l’eau, la villa de Saïf. A l’intérieur, les nouveaux occupants, deux hommes barbus, assis dans le fauteuil de leurs anciens maîtres. L’un revient d’une pêche au harpon, montre deux poulpes embrochés, de belles dorades, une rascasse. L’autre feuillète un prospectus de location de yachts de luxe. Le barbu pointe le choix de l’ancien propriétaire, un grand bateau blanc tout confort, loué une petite semaine, au prix de...180 000 dollars (135 000 euros). Le rebelle barbu enrage : "L’argent de Libye !"

L’odeur salée des vagues

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Un peu plus haut, sur la colline, avec une vue magnifique sur la mer, une autre villa, sans grande pompe mais bourrée de charme. Une maison blanche, un épais tapis de gazon naturel posé sur le sable du désert, une terrasse circulaire en bois, un petit escalier en ciment qui descend sur une petite plage privé, le bleu de la méditerranée, la mer, la brise, le silence et la paix. Les Kadhafi s’étaient appropriés le pays tout entier. Les déserts du grand erg Libyen, des dunes de sable fin à l’infini, une côte magnifique, des plages de rêve, un soleil permanent, le bleu du ciel et de l’eau. Un immense paradis pour touristes, baigneurs, randonneurs, chercheurs, amoureux du désert et de la mer. On s’assoit sur un rocher, en respirant l’odeur salée des vagues, l’œil sur ces villas de dignitaires bouffis d’argent et d’arrogance qui, pendant quarante deux ans, ont fait main basse sur la Libye pour mieux la piller.

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Avec une question : que serait ce pays aujourd’hui, s’il n’avait pas été gouverné pendant quarante-deux ans par un malade mental ?