USA , MEXIQUE 8 mars 2007

Ce mur que Donald Trump va construire.

Voyage le long du mur de l’Amérique.

Reportage sur la frontière de 3330 kilomètres entre le Mexique et les États-Unis. Du Golfe du Mexique jusqu’à la côte pacifique.

Les États-Unis ont décidé de construire un mur le long de leur frontière de 3300 km avec le Mexique, pour lutter contre l’immigration clandestine venue d’Amérique latine. Projet fou, utopie ou réalité ? Jean-Paul Mari et Yann Le Bechec ont fait le voyage du Golfe du Mexique aux côtes de la Californie. Ils racontent le parcours tragique de millions de migrants mais aussi les narcotrafiquants, la Border Patrol et les rêves et les espoirs du peuple de la frontière.

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1/ Rodéo à Houston.

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Drôle de corral pour un rodéo. Du haut des gradins à sept étages, on aperçoit un cow-boy minuscule qui saute sur un cheval fou. Le « Rielant Stadium » est grand comme le Parc de France, avec une Foire du Trône sur le parking, des écrans immenses et une sono de concert géant. Ils sont 65000 debout dans les tribunes. Le rodéo annuel de Houston, Texas, a commencé par un discours sur la fierté d’être Américain en général et Texan en particulier, la force de l’engagement patriotique et le courage de « nos boys » là-bas, dans ce pays lointain.

Un thème inévitable, par devoir lui aussi, mais avec moins de force qu’avant. Il y a quelques semaines, le présentateur a choisi comme modèles de héros des survivants du cancer. L’Irak ne fait plus vraiment recette. Dans l’arène, les vedettes sont les cow-boys venus concourir pour empocher leurs primes. Sur le grand écran, on les voit défiler un à un, gars solides et simples de l’Arizona ou du Montana. Ils ont la diction lente, embarrassée et des corps de lutteurs, souvent brisés par trop de chutes, à force de se jeter de leur cheval au galop pour coucher une vache, de rebondir sur des quarter-horses de concours ou des taureaux fous. Les « stars » mondiales du rodéo ont du payer 520 dollars pour participer à la compétition. Ils ont roulé parfois plusieurs milliers kilomètres pour venir jusqu’ici, dorment dans leurs voitures, soignent leurs bosses comme ils peuvent, montent avec un poignet cassé ou des vertèbres fêlées. Ils triment, cascadeurs saisonniers, intérimaires du mauvais coup, dans l’espoir d’un cheval à ressort, d’une prestation spectaculaire, quelques secondes de bonheur et une belle prime pour combler un trou sans fond à la banque.

A chaque fois, les organisateurs ramassent une petite fortune, pas les cow-boys qui repartent le plus souvent les poches vides. On ne court pas toute l’Amérique pour l’argent… « Rodéo attitude ». Peu importe ! Le stade sent la bière, les pizzas, les tacos et la barbe à papa. Ce soir, il y a d’immenses drapeaux flottant dans la lumière, une cavalière blonde, debout sur son cheval qui galope en rond dans l’arène, un étendard US à bout de bras dont la hampe crache des feux de Bengale. Et tout explose dans un grand feu d’artifice tiré dans le stade. C’est l’heure de l’hymne, repris par 65000 bouches, chanté bien droit, la main droite à plat sur le cœur, jusqu’à l’ovation finale. Allez ! Ici, au cœur du Texas, on vibre encore. Un convoi pour Mercedes.Huit heures de route de Houston vers la frontière du Mexique. L’horizon est plat, la lumière blanche, l’autoroute monotone.

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Soudain, sur le bas-côté, des chariots à mules, des drapeaux texans, une cinquantaine de cavaliers, hommes, femmes et enfants. Les hommes avancent au pas, en sirotant des sodas, certains ont le visage masqué d’un foulard contre la poussière et la chaleur de la route. Une gamine de cinq ans pousse un grand quarter horse au galop. Les chevaux ont la robe baignée de sueur. Étrange procession entre pèlerinage de gitans de Sainte Marie de la mer et un convoi pour Rio Bravo. Voilà huit jours qu’ils sont sur la route, en marche vers Mercedes, petite ville perdue sur la frontière, ses cactus, sa bière, son concert de country music et son rodéo du samedi soir.

Au volant des 4X4, les femmes assurent boissons et nourriture, les meilleurs chevaux sont transportés au frais dans des vans et le dernier pick-up transporte des toilettes chimiques...la caravane ne doit pas être ralentie. A côté d’eux, sur le Highway, les grosses limousines passent sans ralentir. Encore une semaine de marche, quelques centaines de kilomètres avec, au bout du chemin, la fête, une montagne de bosses, un peu de gloire et le rodéo comme une religion. Très américain, non ? Mais, à regarder de plus près, tous, hommes, femmes et enfants, sont d’origine mexicaine.

Dessins de Yann Le Bechec Photos Jean-Paul Mari et Yann Le Bechec

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8 mars 2007

Par Jean-Paul Mari et Par Yann Le Bechec

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