Les nostalgiques de Staline
A spectre is haunting Russia
Article en anglais
Combien sont-ils, ceux qui, pour avoir osé s’opposer au régime soviétique, se sont retrouvés dans un goulag psychiatrique ? Seule certitude : le régime actuel rechigne à admettre leur « guérison ».
Spécial Saint-Pétersbourg
Dans l’ancienne capitale impériale, tournée vers l’Europe depuis toujours, les habitants ne sont pas des Russes comme les autres. Et ils en sont fiers !
Femmes battues
Toutes les 40 minutes, une femme russe meurt sous les coups
Tchétchénie
Reportage avec les rebelles tchétchènes
Femmes russes face à la violence domestique
Chaque année, 12 000 femmes sont tuées en Russie par leur conjoint ou leur concubin.
Tchétchénie
Un fantôme hante la Russie
Cinquante-quatre ans après sa mort, Joseph Staline sème toujours le trouble en Russie. Les opposants au régime de Poutine voient de plus en plus de similitudes entre les méthodes d’aujourd’hui et le stalinisme d’hier. La Russie est « en train de se transformer en dictature », selon Garry Kasparov, ancien champion d’échecs et l’opposant numéro un au pouvoir. Le Kremlin vient de mettre en place un nouveau manuel d’histoire. Joseph Staline y est présenté comme « l’un des dirigeants les plus efficaces d’URSS ». Aux législatives du 2 décembre, le Parti communiste arrive deuxième avec seulement 11% des voix. C’est son rival le parti Russie unie de Vladimir Poutine avec ses 64% des voix qui a maintenant « le rôle dirigeant » du PC sous l’URSS.
Chercheurs d’or en Sibérie
Au sud de Yakoutsk, dans le bassin hydrique du Vitim, les taïgas vivent au rythme des dragueuses qui retournent la terre des gisements aurifères depuis un siècle. Un orpaillage aux conséquences écologiques dramatiques qui attire des ouvriers de toute l’ex Union-soviétique.
Au sud de Yakoutsk, dans le bassin hydrique du Vitim, les taïgas vivent au rythme des dragueuses qui retournent la terre des gisements aurifères depuis un siècle. Un orpaillage aux conséquences écologiques dramatiques qui attire des ouvriers de toute l’ex Union-soviétique.
Sibérie
La plupart sont morts. Quelques survivants, une fois libérés, n’avaient plus nulle part où aller. Ils sont restés là où le destin les avait conduits.
Ils auraient pu être les aventuriers héroïques d’une Terra Incognita moderne, aux confins de l’Empire. Mais ils furent bagnards, « crevards », condamnés aux pires souffrances par la paranoïa de Staline, non pour ce qu’ils avaient fait, mais pour ce qu’ils étaient. Un « Auschwitz soviétique » où le gel faisait office de chambre à gaz, selon Michel Heller. À huit fuseaux horaires du Kremlin, dans les gisements aurifères du fleuve Kolyma, ils creusaient le permafrost sibérien quatorze heures par jour. La plupart sont morts. Quelques survivants, une fois libérés, n’avaient plus nulle part où aller. Ils sont restés là où le destin les avait conduits. Aujourd’hui, leurs descendants retournent la même terre aride pour nourrir leurs familles. Avec peine, mais en hommes libres.
Sibérie
La plupart sont morts. Quelques survivants, une fois libérés, n’avaient plus nulle part où aller. Ils sont restés là où le destin les avait conduits
Ils auraient pu être les aventuriers héroïques d’une Terra Incognita moderne, aux confins de l’Empire. Mais ils furent bagnards, « crevards », condamnés aux pires souffrances par la paranoïa de Staline, non pour ce qu’ils avaient fait, mais pour ce qu’ils étaient. Un « Auschwitz soviétique » où le gel faisait office de chambre à gaz, selon Michel Heller. À huit fuseaux horaires du Kremlin, dans les gisements aurifères du fleuve Kolyma, ils creusaient le permafrost sibérien quatorze heures par jour. La plupart sont morts. Quelques survivants, une fois libérés, n’avaient plus nulle part où aller. Ils sont restés là où le destin les avait conduits. Aujourd’hui, leurs descendants retournent la même terre aride pour nourrir leurs familles. Avec peine, mais en hommes libres.
Fin de partie pour Victor Bout, le plus grand trafiquant d’armes au monde, qui a inspiré le héros de « Lord of War », avec Nicolas Cage.
Il a connu toutes les guerres ou presque. Il a volé de guérilla en conflit ethnique, aux quatre coins de la planète. Il a déjoué tous les pièges tendus par ses ennemis et les services secrets. Et c’est au 27e étage d’un hôtel cinq étoiles de Bangkok, le Silom Sofitel, avec piscine, chambres à 250 dollars et vue imprenable sur la ville, que Victor Bout est finalement tombé, coincé par des agents de la DEA, l’agence antidrogue américaine. Fin de partie pour le plus grand vendeur d’armes au monde, le marchand de mort par excellence.
Un vétéran russe nous a confié ses photos
Livre et exposition photo de Jean-Luc Moreau
Photographies de Jean-Luc Moreau Deleris
Exposition « Impressions russes » Jean-Luc Moreau Deleris vous fait voyager en Russie grâce à des prises uniques emplies de poésie. Exposition proposée par le Consulat Général de la Fédération de Russie à Strasbourg, la Bibliothèque Nationale et Universitaire, ainsi que la Ville de Strasbourg.
Manifestation phare de l’année croisée France Russie 2010, l’exposition « Impressions russes » se tiendra à la Médiathèque Centre ville du 2 octobre au 6 novembre. Cette exposition présentera une série de photographies du grand reporter Jean-Luc Moreau sur la Russie contemporaine. Jean-Luc Moreau a travaillé pour les plus grands noms du photoreportage (agence Gamma, Figaro Magazine, National Geographic Magazine) et est membre du Cercle des grands reporters.
A travers son œuvre, Jean-Luc Moreau Deleris offre un regard original sur la Russie contemporaine, des impressions rapportées de ses reportages où la valeur documentaire laisse aussi la place à l’esthétisme et à la poésie. Le temps a passé, la mémoire s’estompe, l’aspect purement documentaire et évènementiel des images n’importe plus vraiment. Reste des "impressions", une mosaïque de couleurs qu’il rassemble en quatre chapitres distincts, noir et blanc, bleu, rouge, vert et "doré-nuit". Une "collection impressionniste", une "arlequine de photographies" désormais muettes, petites touches de gris et de couleurs primaires"...
Fantômes de guerre...
- Arte Mag. “Les Mercredis de l’histoire” : “Portés disparus”.
Les prisonniers à jamais disparus sont légion. Une pratique courante tout au long du siècle dernier.
Ces malades qui gouvernent…
Ils surfent sur le désordre, l’humiliation, le désespoir de leur peuple. Avant de basculer dans le meurtre, la folie, et surtout l’obsession de leur propre survie. Jusqu’au jour où…
L’insupportable climat, la sauvagerie des éléments ou le magnétisme mystique du Baïkal…
"ENTRE SIBÉRIE ET AUJOURD’HUI" par Guillaume Chauvin
De retour en Sibérie, je l’ai trouvée semblable à un tableau de Repine, comme vu à travers la vitre d’un bus sale où les passagers, silencieusement entassés, expirent de la buée... Treize ans après Poutine 1E, cette Sibérie est encore un peu Far Ouest, tellement à l’Ouest qu’il est à l’Est…
Sibérie donc. Même chez un Russe ce nom projette encore les pires images : l’insupportable climat, la sauvagerie des éléments, l’âme courageuse des indigènes ou le magnétisme mystique du Baïkal… Et pourtant, malgré ces caricatures (qui n’en sont pas toujours !), la région ne manque pas de res¬sources : vaste comme plus de vingt France, elle représente près de 80% de la Russie et la plupart de ses richesses. Un proverbe raconte même comment Dieu eut si froid en survolant ces lieux que ses mains tremblantes laissèrent échapper tous les trésors qu’elles contenaient : pétrole, gaz, or, minerais, bois précieux, eau douce… Sans compter la multitude des peuples : Tatars, Bouriates, Iakoutes, Tchouktches, Poumpokoles, Samoyèdes, Nénets, rus¬sisés par l’empire puis rejoints par des Lithuaniens, Allemands, Ukrainiens, Chinois, Coréens, et tant d’autres que l’histoire, le hasard, la folie et l’espoir ont guidé jusqu’ici… Dès lors, vivre la Sibérie sans être sibérien, c’est presque vivre l’Histoire comme si on y était ; comme du Dostoïevski vivant, couvert par le tumulte des Toyotas et des I-phones…
La Sibérie est une région trop grande dans un pays trop grand… Impossible d’y avoir une existence normale. D’autant qu’elle est encore « jeune » : bien que les bords du Baïkal aient toujours vu transiter les hommes et leurs mar¬chandises, ces derniers ont implanté leurs cités le long du transsibérien seu¬lement deux cent ans plus tôt. Être Sibérien impose donc un autre rapport à l’histoire, au monde, aux distances (chaque ville est à une journée de train de la suivante), au climat (moyenne hivernale de -30°), à la communication, à la mort, et donc à la vie…
Dali disait de la révolution russe qu’elle fut comme celle française, mais avec du retard, à cause du froid… Cela reste valable aujourd’hui. À quoi s’ajoutent d’autres priorités, pratiques et quotidiennes, elles… Pour tout cela la Sibérie demeure une région propice aux paradoxes qu’impose souvent la vie russe... Ainsi, steppes et forêts sont vides mais les rues des villes débordent d’Hum¬mers et de camions japonais… La région est riche à milliards mais l’espé¬rance de vie d’un jeune ne dépasse pas celle d’un somalien du même âge… On déplore les ravages de l’alcool et du tabac mais ce sont les produits les plus abordables... On admire la beauté des paysages (comme un Gers dont l’hori¬zon serait Jura) tout en les polluant… On rase les monuments historiques pour les reconstruire à l’identique... On parle un russe encore dénué d’anglicismes, tout en étant peu bavards… Les traditions sont innombrables et la jeune généra¬tion inculte… Il fait froid mais on mange des glaces... On est xénophobes mais curieux… Modestes mais généreux... Et la corruption continue de côtoyer les chamanes… Beaucoup ici disent que « le présent est mort en accouchant du futur », avant de souligner fièrement combien leur pays est le plus beau du monde, et de conclure, en français : « c’est la vie ! ». Après quoi, l’on retourne espérer des jours meilleurs, figé devant télévision et internet. Difficile alors de ne pas penser à ces moujiks qui, il n’y a pas si longtemps encore, se trans¬mettaient la peste en embrassant les icônes sacrées… Tragique salvation ! Mais sincère, au moins.
Février 2013
LEGENDES : 1 - Entre Sibérie et aujourd’hui. Tout est boue et buée. 2 - Un champ de choux mous. 3 - Une région riche, où ce qui est neuf ne l’est pas pour longtemps.
4 - On distingue de temps en temps une pile d’habits salis, mais dur de dire s’ils sont encore ou non emplis d’humains.
5 - Les voitures ne démarrent plus. La prochaine ville est à une journée de train.
6 – Comme toujours, les Bouriates s’adaptent.
7 - Urbanisme : oblasts, districts, banlieues, micro quartiers, rues, immeubles, et dans certaines villes, l’avenue Lénine qui ne croise jamais celle de la liberté...
8 - Bruits des marteaux piqueurs, des talons, et des talons des femmes.
9 - Chaque jour Lénine pointe du doigt le thermomètre affichant -30°, moyenne de saison.
10 - Mikhaïl : « aujourd’hui un homme s’est fait rosser » ; heureusement, bien vivant, il s’endort dans son sang.
11 – Léna : la buée des hommes qui fait celle de la ville.
12 - C’est la nuit, côté matin. Il a neigé des moineaux sur les buissons.
13 - Anna et Misha. Le père parti, le manque d’argent et la maladie mentale de l’enfant n’empêchent pas le sourire de tous.
14 - L’Académie des Arts, de Géologie, de Musique et de Zoologie d’Irkoutsk. Un seul bâtiment.
15 - Une salle de cours dans la faculté de médecine d’Irkoutsk. Comme supports pédagogiques, des maquettes colorées, des marmites en inox... Et quand on soulève leurs couvercles, surprise ! Membres humains, organes, tumeurs, monstres divers tous formolisés, sous les beaux yeux de jolies filles en blouse blanche.
16 - Révisions dans du vison : - « Votre Dumas était nègre ! » - Votre Pouchkine aussi !
17 - « Ici un homme sur six a été en prison. Malgré tout on a assez peu de travail : la police est encore dans la tête de chacun ! Alors, moins de cinq cent euros par mois, on comprend pourquoi... »
18 - « Nous russes vivons dans un grand pays, alors on a tous le réflexe d’avoir peur les uns des autres, et pourtant, on s’aime tous »
19 - Compétition de boxe anglaise : chaque participant repart avec un tablette de chocolat.
20 - Annia, boxeuse aussi...
21 - Certaines richesses sont à l’intérieur, au sens physique du terme. Je me suis vu dans ces dents.
22 - Ici les pommes viennent de France... Et à l’extérieur de ce bâtiment, des vieilles personnes vendent à la sauvette un poireau, une échalote, un poisson raidi par le froid. Un, pas plus. Les prix sont parfois notés directement sur les fruits et légumes.
23 - Dedans 30°. Dehors -30°.
24 - Plus d’eau chaude. Puis plus d’eau...
25 - Les icônes ne sont pas que sur les murs des églises !
26 - L’organisme des Sibériens a presque un degré de moins que le nôtre ; il est stabilisé à 36,6°. Il arrive alors de croiser des enfants man¬geant des glaces en pleine rue, moins froides que la température ambiante ! Cela a aussi des conséquences sur la consommation d’alcool paraît-il, et ses effets, souvent spectaculaires...
27 - Marina : son foulard, son piercing, son réseau social et sa crainte sincère des « Domovoï », ces petits êtres responsables de tous les désagréments domestiques : perte d’un objet, bruits irrationnels...Ici, tout ce qui a un nom existe.
28 - Macha : talons tous terrains. Seules les femmes ne glissent pas sur la glace, grâce à leurs talons justement !
29 - Sur les eaux du Baïkal.
30 - Brouillards : on confond le soleil avec la Lune.
31 - La bolchévita !
32 - Réveillon : Président Poutine à la tv : discours et hymne retransmis toutes les heures pour que chaque fuseau horaire du pays ait les siens. Au total ce soir, 9 hymnes et 9 Vladimirs bout à bout…
33 - Un train très long semble partir très loin. Un moins long moins loin.
34 - Khabarovsk : on était bien : on attendait rien.
35 - Sarma : montagne d’où souffle l’un des quatre vents du Baïkal. On ne peut tout voir. On n’a pas assez de place dans les yeux.
36 - Les villages sont vidés. Seuls y demeurent les vieux, les désœuvrés, les alcooliques, et de rares irréductibles.
37 - Un chien attend au pied d’un poteau sur lequel est agrafée une annonce pour un chien perdu. Mais ce n’est pas le même chien.
38 - Aux pieds d’Alexandre III, les chiens errants s’endorment en toussant.
39 - La Sibérie est belle, quand on arrive à la voir à travers la vitre sale...
en PDF