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Livre : Alexis Tsipras ou l’énigme grecque.

Livres publié le 29/10/2019 | par Fabien Perrier

Qui est Alexis Tsipras,
l’homme qui a fait trembler l’Europe ?
Nourrie de témoignages et d’entretiens inédits avec Alexis Tsipras et son entourage proche, cette biographie d’un homme politique hors-norme offre un portrait passionnant de la Grèce, et invite à une nouvelle lecture des rapports de force au sein de l’Union européenne.


Janvier 2015 : Alexis Tsipras, candidat de Syriza, la Coalition de la gauche radicale, est élu Premier ministre par le peuple grec, qui souhaite en finir avec les politiques d’austérité imposées par l’Union européenne et le FMI. Six mois plus tard, il demande à son Parlement de ratifier un texte qui contredit ses promesses. Ses opposants le raillent ; ses partisans crient à la trahison. Lors des élections législatives de juillet 2019, Syriza est battu et arrive derrière la Nouvelle Démocratie, le parti conservateur historique du pays. Que s’est-il passé ?

À travers un portrait sans concessions, Fabien Perrier nous fait revivre les quarante-cinq dernières années de l’histoire de la Grèce, les difficultés et les crises auxquelles le pays a dû faire face, les espoirs et les déceptions qui l’ont animé. Avec ce récit vivant, nourri de nombreux témoignages de première main, l’auteur retrace cette tragédie, certes grecque, certes, mais aussi européenne. Car à l’heure où de nombreux événements bouleversent l’équilibre de l’Europe, depuis le Brexit jusqu’à la « crise migratoire », en passant par la montée des populismes, cet ouvrage nous amène plus largement à interroger son avenir, notre avenir, plus que jamais marqué du sceau de l’incertitude…

PROLOGUE

Le 23 septembre 2019, Alexis Tsipras affiche sur les réseaux sociaux deux photos. L’une le montre serrant la main au pape François qui l’accueille au Vatican, l’autre discutant en face à face avec le Souverain pontife. Quelques semaines plus tôt, c’est en Italie, encore, qu’Alexis Tsipras apparaissait, lors du forum annuel du très sélect club de réflexion Ambrosetti. Depuis que lui et son parti, Syriza, ont perdu les élections législatives le 7 juillet 2019, Alexis Tsipras n’est pourtant plus le Premier ministre de la République hellène.

Quel message cet athée revendiqué, ce leader issu de la gauche anti- capitaliste, peut-il donc vouloir faire passer? Cherche-t-il à montrer qu’il continue de bénéficier des honneurs habituellement réservés aux célébrités ou aux responsables politiques en fonction? Ou qu’il est devenu un incontournable de la scène politique grecque et européenne ? Ou bien veut-il tout simplement démentir «la fin de l’ère Tsipras», une «défaite monumentale », « un échec cuisant », comme certains médias l’ont annoncé au soir des élections législatives… ?

Il a fallu un peu plus de quatre ans pour que l’image d’un Alexis Tsipras conquérant se métamorphose en celle d’un perdant. Quand il est arrivé en tête des élections législatives, en janvier 2015, l’homme était celui qui faisait «trembler l’Europe», selon les mots de Paris Match. Que s’est-il donc passé pour qu’un tel revirement se produise, dans l’opinion publique grecque mais aussi européenne? Et, surtout, comment se fait-il qu’Alexis Tsipras parvienne encore à focaliser l’attention en Grèce et en Europe alors qu’il diffuse sa parole avec autant de parcimonie ?

En fait, malgré quatre années au pouvoir, Alexis Tsipras reste auréolé de mystères. Il est sans doute le responsable poli- tique qui a suscité le plus de débats dans son pays, au sein de l’Union européenne, voire sur la scène internationale au cours des dernières décennies. Il était un jeune premier ; il est aujourd’hui parfois honni. Il était adulé par la gauche européenne; il est désormais la cause de scissions. Mais qui est vraiment Alexis Tsipras ?

Une chose est sûre: il est un de ces Grecs dont la vie incarne le mieux l’histoire de son pays, de la fin de la dicta- ture des colonels en juillet 1974 jusqu’à aujourd’hui. Il est un de ceux qui ont vécu la Grèce florissante, la libération de la parole, et qui se sont engagés quand toute une génération commençait à douter du sens même de la politique. Il est de ceux qui ont vu la Grèce s’endetter puis sombrer dans la crise qui continue d’affecter la majorité des Grecs; il est de ceux qui ont contesté les politiques d’austérité. Mais lui est arrivé à la tête d’un parti, puis d’un pays, pour porter cette parole du peuple. Il a été l’un des plus jeunes dirigeants d’un État membre de l’Union européenne et, sans doute, celui qui a le plus interrogé l’histoire de son pays, comme l’évolution de la construction européenne.

Pour essayer de percer le mystère, de l’homme comme de la transformation politique de la Grèce, il a fallu aller à la rencontre de ceux qui l’ont connu ou le fréquentent encore, pour recueillir leurs témoignages. Il a fallu reconstituer son parcours tout en brossant l’histoire de son pays, et peut-être un portrait de la gauche grecque. Dans l’entourage d’Alexis Tsipras, certains ne veulent toutefois pas parler. Serait-ce pour le protéger? Parce qu’ils craignent son retour? Ou tout simplement parce que, dans le fond, ils n’aiment pas être sous les projecteurs?

Ceux qui acceptent d’évoquer l’ami ou le membre de la famille l’admirent souvent. D’autres versent dans la critique. Certains, enfin, semblent avoir nourri envers lui une rancœur – voire une détestation – telle que les senti- ments semblent prendre le dessus sur les faits. À l’image, de nouveau, de la Grèce et des sentiments que les Grecs nour- rissent régulièrement pour leur propre pays, fiers de l’histoire antique, mal à l’aise avec celle de notre temps.

C’est donc dans cette histoire ambiguë de la Grèce de l’après-dictature qu’il s’agit de plonger pour essayer de comprendre le personnage: une Grèce en plein essor, une Grèce en surchauffe, une Grèce en crise… et une Grèce dans une Europe mouvante, où ces crises connaissent de nos jours de multiples soubresauts.

 

 

 


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