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430 000 dollars gagnés en quelques heures… le pari sur l’arrestation de Maduro qui fait scandale

publié le 07/01/2026 par grands-reporters

Avoir de la chance… Ou être très bien renseigné. Un parieur anonyme a empoché plus de 430.000 dollars sur la plateforme de paris prédictifs Polymarket en misant, quelques heures avant les faits, sur la chute du président vénézuélien Nicolás Maduro. Le timing de ce pari, révélé par le média américain Axios, soulève de sérieuses interrogations quant à un possible délit d’initié.

Le vendredi 2 janvier, alors que rien n’a encore été rendu public, les paris autour d’un départ imminent du président vénézuélien avant la fin du mois de janvier connaissent une hausse soudaine sur Polymarket. Quelques heures plus tard, l’information tombe : le président américain Donald Trump annonce l’arrestation de Nicolás Maduro et de son épouse lors d’une opération éclair menée par les forces américaines.

Un pari massif… à contre-courant

Dans le détail, le comportement d’un compte intrigue particulièrement. Créé fin décembre, sans pseudonyme identifiable ni photo, il ne présente aucune activité avant le 27 décembre. Puis, en l’espace de quelques heures, l’utilisateur commence à investir : 96 dollars sur une intervention américaine, 123 dollars sur un départ anticipé de Maduro. Très vite, les mises explosent.

Entre le 1er janvier à 23h57 et le 3 janvier à 2h58, ce parieur engage plus de 31.000 dollars sur la chute du régime vénézuélien. Pourtant, à ce moment-là, la probabilité estimée par le marché plafonne à 7 ou 8 centimes par dollar misé, signe que le scénario est jugé hautement improbable par la majorité des utilisateurs.

Le lendemain, le pari s’avère gagnant. Résultat : 436.759 dollars encaissés, soit environ 370.000 euros, après déduction de quelques pertes annexes. Une performance spectaculaire, mais surtout suspecte.

Polymarket, un de paris prédictifs controversé et interdit
en France et en Belgique, aussi. © Getty

Un possible délit d’initié ?

Aux États-Unis, de nombreux observateurs s’interrogent. Le délit d’initié se définit par l’utilisation d’informations non publiques ou confidentielles afin d’en tirer un gain financier. Or, les autorités américaines ont reconnu que l’opération contre Nicolás Maduro était préparée depuis plusieurs mois, ce qui implique l’existence d’informations classifiées.

Dès lors, la question se pose : ce parieur disposait-il d’informations privilégiées ? À ce stade, aucune preuve formelle n’existe. Contactée par Axios, la plateforme Polymarket n’a pas répondu aux sollicitations. Mais sur les réseaux sociaux et dans plusieurs médias américains, l’affaire alimente un débat plus large sur les dérives potentielles des marchés prédictifs.

Vers une régulation renforcée des paris politiques ?

Polymarket permet de parier sur une multitude d’événements d’actualité : élections, conflits géopolitiques, catastrophes naturelles ou décisions politiques. Ces derniers mois, l’élection présidentielle américaine, les incendies à Los Angeles ou encore la guerre entre Israël et le Hamas ont attiré des millions de dollars de mises.

Depuis l’arrestation de Nicolás Maduro, les paris liés au Venezuela se multiplient. Le marché intitulé  » Les États-Unis envahiront-ils le Venezuela en 2026 ?  » a déjà généré plus de 10 millions de dollars de transactions. Un autre pari, visant à désigner le dirigeant du pays fin 2026, rencontre également un fort succès.

Aux États-Unis, cette situation inquiète. Le représentant démocrate Ritchie Torres envisage de déposer une proposition de loi visant à interdire aux élus fédéraux et à certaines personnalités politiques de participer à ces marchés de prédiction, par crainte d’abus et de conflits d’intérêts. « Ce projet de loi interdirait aux élus fédéraux, aux fonctionnaires nommés politiquement et aux employés de l’exécutif de participer à des contrats de marchés de prédiction lorsque, dans l’exercice de leurs fonctions officielles, ils possèdent des informations importantes non publiques ou pourraient raisonnablement les obtenir. » explique l’élu démocrate aux médias américains.

Un homme devant une fresque représentant le drapeau national vénézuélien et portant l’inscription « Vive la patrie ! », à Caracas, le 4 janvier 2026. © Juan BARRETO / AFP

Une plateforme déjà interdite en Belgique et en France

Polymarket a déjà fait l’objet d’un examen minutieux concernant d’éventuels délits d’initiés. Si la plateforme est pour l’heure largement inaccessible aux Etats-Unis, de nombreux traders ‌utilisent des réseaux privés virtuels (VPN) pour contourner l’interdiction.

En Europe, Polymarket est loin de faire l’unanimité. En Belgique, la Commission des jeux de hasard a placé la plateforme sur sa liste noire, estimant qu’elle propose des paris sans licence et en violation de la législation sur les jeux d’argent. Les fournisseurs d’accès sont dès lors invités à en bloquer l’accès.

Même constat en France, où l’Autorité nationale des jeux considère que Polymarket exerce une activité de paris illégale, malgré son positionnement comme « marché prédictif ». En l’absence de cadre réglementaire clair et de garanties pour les joueurs, le site y est interdit depuis la fin de l’année 2024.

Une frontière de plus en plus floue

L’affaire du pari sur l’arrestation de Nicolás Maduro met en lumière une frontière délicate : celle entre jeu de hasard, produit financier et outil d’anticipation politique. Si les marchés prédictifs se présentent comme des instruments d’agrégation de l’information, leur fonctionnement anonyme et mondialisé pose de redoutables questions éthiques et juridiques.

À défaut de régulation internationale harmonisée, ce type de controverse pourrait accélérer la volonté des autorités de mieux encadrer, voire d’interdire, ces paris sur l’actualité, lorsque l’information peut devenir une arme financière.

Par  Quentin Warlop (RTBF)


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