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A Davos, Donald Trump amorce la désescalade sur le Groenland

publié le 22/01/2026 par Pierre Haski

À Davos, Trump amorce un revirement sur le Groenland : il parle d’un « cadre d’accord » et renonce à la force

Le président américain annonce « le cadre d’un futur d’accord » sur le Groenland, mais le Danemark fait savoir qu’il n’a pas changé d’avis sur la vente du territoire. Cette journée erratique à Davos confirme que les relations Europe-États-Unis avec Trump ne peuvent plus être basée sur la confiance.

Le Forum économique de Davos a longtemps été le royaume de la mondialisation triomphante. Il est devenu hier le théâtre du coup d’éclat permanent de Donald Trump, qui n’aime rien de plus que d’être au centre de l’attention mondiale. De ce point de vue, c’était réussi.

Mais que retenir de ce show présidentiel américain ? Commencée par un discours qui ne marquera pas l’histoire, sa journée à Davos s’est terminée sur une annonce étonnante faite par Donald Trump, qui dit avoir trouvé « le cadre d’un futur d’accord » sur le Groenland. Au passage il annonce la levée des droits de douane supplémentaires prévus au 1er février : les entreprises de huit pays européens dont la France visés par ces sanctions peuvent souffler.

Mais de quel accord s’agit-il ? Le président américain a fait sa déclaration après une rencontre avec le Secrétaire Général de l’OTAN, le néerlandais Mark Rutte, celui-là même qui, comme Trump l’a d’ailleurs rappelé hier, l’avait appelé « Daddy », papa… Il pourrait s’agir de la propriété américaine sur les parcelles sur lesquelles des bases américaines seront installées, et pas de l’achat de l’intégralité du Groenland au Danemark.

Les Danois ont réaffirmé hier soir que la vente du Groenland aux États-Unis constituait toujours une « ligne rouge », pas de changement de position. Donald Trump pourrait donc bien décrire comme un succès ce qui serait en fait un recul, ou, si on est généreux, un compromis.

Il avait déjà amorcé la désescalade en annonçant dans son discours qu’il renonçait à l’usage de la force, après avoir laissé planer le doute pendant des semaines. C’était un progrès : on n’ose penser que c’est l’envoi de soldats européens qui l’a dissuadé ; peut-être aussi la baisse brutale de la bourse américaine face aux tensions transatlantiques et les inquiétudes des entreprises face à une politique erratique. Wall Street a d’ailleurs rebondi dès l’annonce de cette détente hier soir.

Dans cette journée de dupes, le discours tant attendu de Donald Trump était, disons-le, affligeant, distribuant les bons et les mauvais points à ses pairs, moqués et attaqués de manière indigne. L’Europe en particulier en a eu pour son grade.

Tout dirigeant européen censé devrait se dire, après ce show à Davos, qu’il est vraiment temps d’accélérer sur l’autonomie stratégique de l’Europe. L’imprévisibilité, la perte de confiance, le mépris affiché, ne changeront pas, même s’il y a une détente sur le Groenland.

Mais personne n’a intérêt à une rupture brutale avec les États-Unis : l’Europe n’y est pas prête et se mettrait en danger face à une Russie résurgente. Il faut traiter autant que possible avec l’Amérique telle qu’elle est aujourd’hui, impériale, désinhibée ; et préparer un avenir sans elle, ou du moins, sans dépendre d’elle. C’est un bouleversement considérable dans un monde qui était déjà en train de vivre une bascule stratégique.

Dans son discours à Davos, la veille de l’arrivée de Trump, le premier ministre canadien Mark Carney, avait appelé les puissances moyennes à s’entendre pour faire face à cette nouvelle donne, la seule idée vraiment nouvelle avancée en alternative au monde Trump-centré. « Si vous n’êtes pas autour de la table, c’est que vous êtes au menu », avait-il dit, reprenant une maxime célèbre. Avec Trump, clairement, l’Europe est au menu, pas à la table des décisions.


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