A Hollywood, la révolte gronde
Si Paramount rachète Warner, toute l’industrie du cinéma en souffrira et CNN devra étouffer ses critiques contre le président Trump… mais la colère gronde dans les studios
La colère de Hollywood
À Hollywood, la colère monte. Le 23 avril dernier, les actionnaires de Warner Bros. Discovery ont voté pour le rachat du groupe par Paramount Skydance. Un accord qui pèse 111 milliards de dollars. Mais l’affaire n’est pas faite. Il faut que les autorités de régulation américaines et européennes donnent leur accord. Or, une pétition lancée le 13 avril s’oppose à cette vente. Elle a réuni à ce jour plus de 4 000 signatures. On y trouve 75 lauréats et nommés aux Oscars dont les acteurs Robert De Niro, Sofia Coppola, Jane Fonda, Joaquin Phoenix ou encore Holly Hunter, actrice révélée par les frères Coen, mais aussi des réalisateurs comme J.J. Abrams ou Denis Villeneuve.
Sans compter des scénaristes et des représentants de toutes les professions du cinéma, de la télévision, du spectacle en général. Cette contestation repose sur la crainte que l’absorption de Warner par Paramount provoque une concentration dans ce secteur, réduise la concurrence et, par conséquent, la capacité de création et bien sûr la liberté d’expression.
Une lettre ouverte alarmiste
Dans une lettre ouverte, les opposants expliquent : « De façon alarmante, cette fusion réduira le nombre des grands studios de cinéma américains à seulement quatre… Un petit nombre d’entités puissantes détermineront ce qui est produit et à quelles conditions. » Elle ajoute : « Le résultat sera moins d’opportunités pour les créateurs, moins d’emplois dans tout l’écosystème de la production, des coûts plus élevés et moins de choix pour les publics, aux États-Unis et dans le monde entier. »
La mobilisation n’est pas prête de faiblir. Les manifestations devant le siège de Warner à Manhattan, à New York, ou devant le lieu d’un dîner offert par David Ellison, PDG de Paramount, en l’honneur de Donald Trump et des correspondants de CBS à la Maison-Blanche, montrent la détermination des contestataires. Mais aussi le caractère profondément politique de leur combat.
Les démocrates montent au créneau
D’ailleurs, les démocrates se sont emparés de l’affaire. Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts, a appelé à poursuivre le combat et Cory Booker, du New Jersey, a lui aussi manifesté son opposition au projet. Les élus craignent un risque de non-respect des dispositions législatives antitrust. À Hollywood, on s’alarme d’une baisse des investissements dans la production cinématographique avec des effets dramatiques ne serait-ce que sur l’emploi. Le cinéma emploie des dizaines de milliers de salariés en Californie.
Les dirigeants de Paramount affichent une proximité assumée avec Donald Trump. Ils tentent de rassurer, en promettant, en cas de succès de leur opération, de produire 30 longs métrages de qualité, tous distribués en salle. Warner est une cible de choix étant donné la richesse de son catalogue : Harry Potter, Le Seigneur des anneaux, Game of Thrones, etc.
Deux géants du soft power
La fusion serait le mariage de deux monstres qui jouent un rôle-clé dans la culture américaine, mais aussi pour le « soft power » des États-Unis, leur influence à travers le monde. Paramount Skydance Corporation est un énorme conglomérat de médias et d’entreprises de divertissement. Son chiffre d’affaires a dépassé 26 milliards de dollars en 2025. Même configuration pour Warner Bros. Discovery qui, elle, dépasse 37 milliards. Toutes deux possèdent une chaîne de télévision : CBS pour la première, CNN pour la seconde. La fusion des sociétés mères donne déjà des idées à l’acheteur : sinon fusionner les deux marques, du moins multiplier les synergies et la mise en commun de certaines ressources.
Mais surtout, la famille Ellison — le père, Larry, l’un des hommes les plus riches du monde, dont la fortune est estimée à près de 150 milliards de dollars, ami de Trump dont il partage les idées, et son fils David — tient les commandes de Paramount.
CNN dans le viseur
David, aux commandes de Paramount, pourrait enfin mettre CNN, média très critique vis-à-vis de Trump, au pas. Pete Hegseth, secrétaire à la Guerre, avec sa finesse habituelle, a trahi les intentions trumpistes, lorsqu’il y a quelques jours, exaspéré par les critiques de la chaîne vis-à-vis de la conduite du conflit en Iran, s’est écrié : « Vivement que Paramount prenne leur contrôle… »
À CNN, on ne compte plus les sorties publiques, voire les insultes, du président des États-Unis contre les journalistes de la chaîne, régulièrement qualifiée de machine à « fake news ». Les salariés du média ne se font aucune illusion en cas de prise de pouvoir par la famille Ellison, même si David a juré de préserver l’indépendance de la chaîne. On sait ce que vaut ce genre de promesse.
Mark Thompson dirige aujourd’hui la chaîne créée par Ted Turner. Ancien patron de la BBC et du New York Times, unanimement reconnu comme un grand professionnel, il garde son sang-froid. Il sait que l’alignement de son média sur les délires trumpistes provoquerait une chute fatale de son audience. La vente de Warner à Paramount, si elle est confirmée, augure des mêmes malheurs dans le monde des médias comme dans celui de l’industrie du cinéma : la limitation du pluralisme des productions et des opinions, donc de la liberté d’expression.
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