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À Paris, pacifistes israéliens et palestiniens se parlent, mais n’ont pas les moyens de changer la donne

publié le 20/06/2026 par Pierre Haski

Des militants de la paix israéliens et palestiniens se retrouvent aujourd’hui à Paris autour de la solution des deux États au Proche-Orient

Photo : des militants pacifistes israéliens manifestent à Tel Aviv avec les photos de victimes de la guerre à Gaza : des voix courageuses mais minoritaires ©AFP – Aruallan / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Mais leur impact est limité dans leurs sociétés, tout comme l’influence française, rejetée par Israël et tenue à distance par les États-Unis.

Des militants de la paix israéliens et palestiniens se retrouvent aujourd’hui à Paris autour de la solution des deux États. Mais leur impact est limité dans leurs sociétés, tout comme l’influence française, rejetée par Israël et tenue à distance par les États-Unis.

Accordons à la France le mérite de la persévérance. Les représentants des sociétés civiles israélienne et palestinienne se retrouvent aujourd’hui à Paris, un an après une initiative similaire qui avait débouché sur l’Appel de Paris pour la solution à deux États, adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies. Entre-temps, la France et plusieurs autres pays ont reconnu l’État de Palestine ; c’est donc la suite de ce processus.

Sauf que… Cet objectif des deux États n’a jamais semblé aussi éloigné, sinon impossible de fait, dans une région toujours traversée par la guerre sur plusieurs fronts. Et les militants israéliens et palestiniens de la paix présents à Paris aujourd’hui constituent des voix certes courageuses, mais très minoritaires dans leurs sociétés.

La France elle-même n’a plus beaucoup de moyens de se faire entendre, considérée comme hostile par Israël et tenue à distance par les États-Unis. L’interdiction faite au ministre israélien d’extrême droite Bezalel Smotrich, en charge notamment de soutenir la colonisation en Cisjordanie, de venir en France, a provoqué la colère du gouvernement israélien ; hier, la journaliste française Alice Froussard a été expulsée d’Israël, dans ce qui pourrait bien être une mesure de rétorsion.

Il ne faut donc pas attendre de cette rencontre plus qu’elle ne peut promettre

Sa principale fonction est de témoigner de la gravité de la situation, et de montrer la possibilité d’une coopération entre Israéliens et Palestiniens.

Elle permet de ne pas oublier le conflit israélo-palestinien, passé au second plan depuis le début de la guerre avec l’Iran, puis au Liban. À Gaza, pourtant, rien n’a bougé, les deux millions de Palestiniens survivent dans 40 % du minuscule territoire, dans des conditions indignes, dans l’incapacité de reconstruire. Le cessez-le-feu est lui-même une fiction : la barre des 1000 morts a été franchie depuis le début de la trêve. En Cisjordanie, la violence des colons s’est déchainée contre les Palestiniens, dans l’impunité générale.

Comme on pouvait s’y attendre, le plan Trump pour Gaza n’a pas décollé au-delà de sa première phase, et Trump est passé à autre chose. Son Conseil de la paix est aux abonnés absents.

Qu’est-ce qui peut faire bouger les choses ?

Soyons honnêtes, pas grand-chose à ce stade. Les élections israéliennes qui se tiendront dans quelques mois ne changeront pas radicalement la donne, même si Benyamin Netanyahou les perd. Son opposition n’est pas plus disposée que lui à permettre un État palestinien. Et l’administration américaine, la seule à avoir de l’influence, y est tout aussi hostile.

Le choix des pays qui continuent de soutenir la solution des deux États est à la fois louable et pose question : l’accélération de la colonisation rend l’hypothèse d’un État palestinien viable quasi impossible, c’est d’ailleurs le but explicite. C’est ce qui provoque le scepticisme de ceux qui observent les rencontres comme celle-ci avec méfiance : ne sont-elles pas un alibi pour ne pas agir plus durement ? L’Union européenne a ainsi conclu qu’Israël ne respectait pas les clauses de droits de l’homme de l’accord d’association ; et puis plus rien, faute de consensus.

Dans le cortège d’horreurs que vit le Moyen-Orient depuis bientôt trois ans, ne boudons pas notre plaisir de voir des femmes et des hommes tenter le dialogue. Mais sans illusions sur la suite.


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