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Entre les bombes et les décrets des talibans, le calvaire des femmes afghanes

publié le 19/03/2026 par grands-reporters

Guerre aux frontières et guerre contre les femmes, les afghanes subissent une double peine et leur survie un combat quotidien

Les hôpitaux dans la ligne de mire

Depuis fin février 2026, l’Afghanistan est pris en étau entre deux conflits régionaux. À l’ouest, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran font trembler les frontières. À l’est, le Pakistan multiplie les attaques aériennes, accusant les talibans d’abriter des groupes armés ennemis. Les femmes et les enfants paient le prix fort de cette escalade. Le 17 mars, une frappe pakistanaise a touché l’hôpital Omid à Kaboul, semant la mort et la désolation parmi les patients et le personnel soignant. Les images de mères en larmes, d’enfants blessés et de couloirs souillés de sang ont choqué le monde entier, rappelant une réalité brutale : en temps de guerre, même les lieux de soins ne sont plus des sanctuaires.

Dans les provinces de l’est, plus de 64 000 personnes ont été contraintes de fuir leur foyer à cause des combats, dont une majorité de femmes et de filles. Certaines ont dû prendre la route plusieurs fois en moins d’un an, notamment après le séisme dévastateur d’août 2025. Sur les routes poussiéreuses, elles courent le risque d’être victimes de violences ou d’exploitation, tandis que l’accès à l’eau potable, à la nourriture et aux soins médicaux s’effondre. Les camps de déplacés, déjà surpeuplés, deviennent des pièges où la dignité se perd peu à peu.

Les lois écrasent les droits

Pendant que les bombes pleuvent, les talibans intensifient leur offensive législative. Le décret n°12, adopté en 2026, marque un tournant dans la répression : il supprime toute égalité entre les hommes et les femmes devant la loi. Désormais, les maris et les pères peuvent exercer une « discipline morale » sur les femmes de leur famille, y compris par des châtiments corporels, en dehors de tout cadre judiciaire. Pour porter plainte contre des violences, une femme doit non seulement prouver ses blessures, mais aussi se présenter au tribunal accompagnée d’un tuteur masculin – souvent son propre agresseur.

Les conséquences sont immédiates et dévastatrices. Seules 14 % des femmes afghanes déclarent avoir accès à un mécanisme de règlement des litiges, contre 53 % des hommes. Les violences domestiques, les mariages forcés et les arrestations arbitraires se multiplient, dans un silence assourdissant. Les femmes qui osent élever la voix sont réduites au silence, parfois emprisonnées, voire disparues.

La faim comme arme de guerre

La crise régionale aggrave une situation économique déjà catastrophique. Les prix des denrées de base flambent, les frontières se ferment, et les femmes – en particulier celles qui dirigent des foyers – sont les premières touchées. En 2026, 10,7 millions d’Afghanes ont besoin d’une aide humanitaire urgente, mais les financements se raréfient. Les programmes d’aide en cash ou les distributions de kits de survie sont sous-financés, et les organisations non gouvernementales locales, asphyxiées par les restrictions imposées par les talibans, peinent à répondre aux besoins.

Les femmes qui tentaient de survivre grâce à de petits commerces ou à des emplois informels voient leurs dernières ressources s’évaporer. Sans accès à l’éducation ni au marché du travail, elles dépendent entièrement de l’aide extérieure – une aide qui, elle-même, devient de plus en plus incertaine. Dans les foyers dirigés par des femmes, la faim rôde, et les enfants sont les premiers à en subir les conséquences.

La violence de l’invisibilité

Le danger le plus insidieux, selon les observateurs, est la banalisation de cette oppression. « Quand nous commençons à accepter cette situation comme normale, nous cessons de croire qu’elle peut changer », alerte Susan Ferguson, spécialiste des droits des femmes en Afghanistan. Pourtant, malgré l’adversité, des Afghanes continuent de résister. Des écoles clandestines fonctionnent dans l’ombre, des radios pirates diffusent des programmes éducatifs avant d’être fermées par les autorités, et des réseaux d’entraide se forment pour soutenir les veuves, les orphelines et les victimes de violences.

Mais cette résistance a un coût. Les militantes sont traquées, les journalistes emprisonnées, et les familles des opposantes harcelées. Chaque acte de rébellion peut se payer au prix de la liberté, voire de la vie.

Le monde détourne le regard

La situation des femmes afghanes n’est pas une fatalité. Des solutions existent, mais elles nécessitent une volonté politique forte. Protéger les voies d’exil, comme l’a reconnu la Cour de justice européenne en 2024, en facilitant l’obtention de visas pour les femmes menacées, est une première étape. Soutenir les organisations locales qui, malgré les risques, continuent d’agir sur le terrain, en est une autre. Enfin, maintenir une pression diplomatique constante sur les talibans pour qu’ils respectent le droit international reste essentiel.

« Le changement est encore possible, mais seulement si le monde continue de se tenir aux côtés des femmes afghanes », rappelle Susan Ferguson. Pourtant, le Conseil de sécurité des Nations unies n’a renouvelé le mandat de la mission en Afghanistan que pour trois mois – un signe des divisions internationales face à cette crise humanitaire sans précédent.


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