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Afghanistan : le pays où les femmes disparaissent

publié le 26/09/2026 par grands-reporters

Privées d’école, de travail et bientôt d’aide. En Afghanistan, cinq ans après le retour des talibans, les femmes sont désormais exclues de la vie publique

Depuis la prise de Kaboul, le 15 août 2021, les talibans ont multiplié les décrets restreignant les droits des femmes. L’école, le travail, les déplacements et l’accès à la justice sont désormais soumis à des interdictions ou à des contraintes qui se renforcent mutuellement. La violence armée a reculé, mais pour la moitié de la population, l’espace de liberté s’est rétréci.

Une génération hors de l’école

Les filles ne peuvent plus poursuivre leur scolarité au-delà de la sixième année. Plus de 2,6 millions d’entre elles ont été privées d’enseignement secondaire depuis 2021, selon l’Unicef. Sans diplôme ni formation, leurs perspectives d’emploi s’effondrent ; les risques de mariage précoce, de travail des enfants et de violences augmentent.

Demain, qui soignera les femmes ?

Cette exclusion prépare une autre crise. D’ici à 2030, l’Afghanistan pourrait manquer de 20 000 enseignantes et de 5 400 professionnelles de santé, estime l’Unicef. Dans certaines communautés, les femmes ne peuvent être examinées par des hommes. Priver les filles d’études, c’est aussi raréfier les soignantes dont elles auront besoin.

Dehors, sous surveillance

L’effacement se mesure dans la vie quotidienne. Sur 3 200 Afghanes interrogées par ONU Femmes, plus de la moitié disent ne sortir de chez elles qu’une ou deux fois par mois. Près des trois quarts ne se sentent pas en sécurité dehors sans accompagnateur masculin. Sept sur dix jugent leur santé mentale « mauvaise » ou « très mauvaise ».

La justice à deux vitesses

De nouvelles règles compliquent encore la défense des victimes de violences conjugales. Selon ONU Femmes, un mari n’est pénalement responsable que si les coups provoquent des blessures graves et visibles. Son épouse doit en apporter la preuve au tribunal, accompagnée d’un tuteur masculin — qui peut être son agresseur. Les hommes conservent le droit de divorcer ; les femmes doivent obtenir l’accord de leur mari ou engager une longue procédure.

L’ONU privée de ses employées

Depuis le 7 septembre 2025, les employées et prestataires afghanes des Nations unies ne peuvent plus entrer dans les locaux de l’Organisation. Un an plus tard, l’interdiction demeure. Le secrétaire général de l’ONU en réclame la levée immédiate.

Cette mesure ne frappe pas seulement le personnel. En Afghanistan, les travailleuses humanitaires sont souvent indispensables pour rencontrer d’autres femmes, leur apporter des soins, une aide financière ou un soutien psychologique. « L’aide doit être fournie par des femmes, pour des femmes », souligne Susan Ferguson, représentante d’ONU Femmes dans le pays.

Les dernières portes se ferment

À cette entrave s’ajoutent les coupes budgétaires. Plus de la moitié des 74 organisations féminines interrogées par ONU Femmes en avril craignaient de devoir suspendre leurs activités ou fermer dans les douze mois. Certaines ont déjà réduit leur aide aux victimes de violences. Pourtant, 10,7 millions de femmes et de filles ont besoin d’une assistance humanitaire cette année.

Le danger est là : à mesure que les Afghanes perdent le droit d’étudier, de circuler et de travailler, disparaissent aussi celles qui peuvent encore les atteindre et les aider.


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