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Algérie. La visite de la « dernière chance »

publié le 17/02/2026 par Pierre Haski

Si le ministre français de l’Intérieur, à Alger pour deux jours en plein froid franco-algérien, revient les mains vides, la glaciation sera durable

Le sort du journaliste français emprisonné Christophe Gleizes est l’un des sujets sur la table.

Alors que Laurent Nunez est à Alger depuis hier, la question posée par le site « Tout sur l’Algérie » présente la visite d’une manière binaire : « au nom de quelle France vient M. Nunez. Celle des nostalgiques de l’Algérie française, de Marine Le Pen et de Bruno Retailleau, qui veulent la rupture ? Ou celle des adeptes d’une relation apaisée et débarrassée du contentieux mémoriel, incarnée par Ségolène Royal et plusieurs autres personnalités ? »

Cette présentation est évidemment réductrice, et place toute la responsabilité de la crise de nerfs franco-algérienne du côté français. Elle ignore les luttes de clans à l’œuvre à Alger, et qui ne cessent de jouer un rôle, de la libération en novembre de l’écrivain Boualem Sansal à la condamnation en décembre du journaliste Christophe Gleizes, toujours emprisonné.

Elle montre en tous cas à quel point cette visite a tout de la « dernière chance », comme on le dit à Paris. Car si le ministre de l’Intérieur, partisan du dialogue avec Alger, revient les mains vides, il est vraisemblable que les relations entrent dans une période de glaciation assez longue.

Laurent Nunez n’a pas voulu le dire hier à ce micro, mais il devrait rencontrer aujourd’hui le président algérien Abdelmajid Tebboune. C’est ce qui fait la différence entre des contacts entre ministres de l’intérieur et un échange véritablement politique.

C’est cet entretien qui décidera s’il est possible de stopper la dégradation continue des relations franco-algériennes depuis dix-huit mois, et, à petits pas réciproques, d’inverser la tendance. Petit signe encourageant -il n’y en a pas beaucoup-, les achats de blé français ont repris modestement en janvier, après une longue interruption. L’Algérie importait une bonne partie de ses besoins en céréales de France, et l’arrêt net a coïncidé avec le froid politique.

Mais ça ne suffit pas. Le sort du journaliste sportif Christophe Gleizes, condamné de manière tout à fait arbitraire à sept ans de prison ferme, est évidemment au cœur du dossier pour Paris ; et même s’il y a des apparences judiciaires à préserver, il est dans le pouvoir du président Tebboune de le gracier et de clore ce chapitre douloureux.

On ne saura sans doute pas immédiatement s’il y a un progrès sur ce cas ; car Alger établit une équivalence, abusive mais bien réelle, avec plusieurs affaires en France, notamment la détention d’un agent consulaire algérien soupçonné dans l’enlèvement d’un opposant au régime.

Au bout du compte, l’état des relations entre la France et l’Algérie est un sujet politique. Les contentieux seraient surmontables s’il y avait une volonté politique de renouer un dialogue qui semblait prometteur il y a encore deux ans. Emmanuel Macron et Abdelmajid Tebboune se parlaient directement, et une visite en France du président algérien s’annonçait en 2024, mais ne s’est pas produite.

Depuis, la machine s’est grippée, à la fois sur des sujets qui fâchent comme la décision française de reconnaître la position marocaine sur le Sahara occidental ; mais aussi sur la question mémorielle malgré les efforts de l’historien, respecté de part et d’autre, Benjamin Stora.

Il n’est a priori dans l’intérêt de personne, ni à Alger, ni à Paris, de laisser cette relation s’enfoncer dans une ère de glaciation durable – une relation qui concerne des millions de personnes en France dont l’histoire est liée à celle l’Algérie. C’est pourtant ce qui pourrait advenir en cas d’échec de la visite de Laurent Nunez.


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