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Allemagne : l’extrême-droite annonce son programme au pouvoir

publié le 20/04/2026 par Pierre Feydel

En Saxe-Anhalt, l’AfD affiche un projet de pouvoir ouvertement xénophobe et illibéral : remigration de masse, guerre contre le climat, les contre-pouvoirs, et révision du passé nazi

Débarrasser les Allemands de leur culpabilité nazie

L’Alternative für Deutschland (AfD), le parti national-populiste allemand, vient à son congrès de Magdebourg de publier son programme pour les élections du Land de Saxe-Anhalt, l’un des plus pauvres d’Allemagne, qu’il pourrait remporter. Cette organisation, qui ne cesse de grimper dans les sondages en République fédérale, a été qualifiée d’« extrémiste » par l’Office de protection de la Constitution, l’équivalent de la DGSI outre-Rhin, qui a placé l’AfD sous haute surveillance, et posé la question de sa dissolution en février dernier.

Le parti a été sauvé par le tribunal administratif de Cologne qui ne l’a pas jugé assez dangereux. La lecture de ses intentions en cas de prise de pouvoir non seulement en Saxe-Anhalt, mais peut-être un jour au niveau national, donne quand même des frissons. De telles propositions paraissent encore plus alarmantes dans un pays qui porte le passé de l’Allemagne. Or, l’AfD entend justement bien débarrasser les Allemands de ce qui pourrait rester de leur culpabilité nazie.

Beatrice von Storch, petite-fille du ministre des Finances d’Hitler

« Le Grand Continent », revue et site de géopolitique, a publié ce programme de 156 pages qu’il estime « d’une radicalité inédite, empreint d’une xénophobie protéiforme ». Ce document est un concentré de toutes les idées qui animent les extrêmes droites mondiales, y compris certains délires MAGA. Mais c’est surtout leur mise en œuvre concrète qui inquiète. D’autant que l’AfD, si elle prend le pouvoir en Saxe-Anhalt, entend bien faire de ce Land le laboratoire de sa politique pour tout le pays : une contre-révolution illibérale d’une rare brutalité. La stratégie tourne autour d’un combat culturel destiné à obliger le pays à « penser allemand ». L’une de ses promotrices à l’AfD est Beatrice von Storch, petite-fille du ministre des Finances d’Hitler, proche de Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump.

AfD : un laboratoire illibéral en Saxe-Anhalt

Un objectif qui comporte aussi une réécriture du passé allemand, qui laisse transparaître une vraie nostalgie des périodes où l’Allemagne montre sa puissance en Europe. Il ne s’agit pas de réhabiliter le IIIème Reich, mais d’en gommer les horreurs, d’en célébrer les exploits militaires et d’en reconnaître, de façon implicite, le bien-fondé idéologique : la suprématie de la race blanche. Se réconcilier avec son passé devrait faire de l’Allemagne une nation plus sûre d’elle-même. Elle pourrait dès lors se concentrer sur un fort repli identitaire se déclinant dans tous les aspects de la vie du citoyen allemand. La famille devient dès lors la cellule primordiale de la société allemande, avec des droits parentaux inscrits dans la Constitution et un avortement qui restera toujours un délit, sinon un crime.

Immigration, remigration : une politique de rupture assumée

Mais c’est la lutte contre l’immigration qui reste un des combats préférés, central, de l’AfD. Là, elle se déchaîne : fin des programmes d’insertion, obligation pour les demandeurs d’asile et les réfugiés d’effectuer des travaux d’intérêt général, abolition du droit du sol, accélération des expulsions. La remigration devient une politique structurée, avec son délégué nommé et son guide édité. Premiers visés, les réfugiés ukrainiens priés de retourner chez eux. Innovation : les enfants d’émigrés bénéficieront de cours dans leur langue d’origine, sur leur pays d’origine, donnés par des réfugiés adultes du pays d’origine. Ainsi, ils seront préparés à leur remigration. Les agents d’expulsion, fonctionnaires des services d’immigration et des centres de rétention, qualifiés de « héros du quotidien », devront bénéficier de la reconnaissance du gouvernement régional de l’AfD.

Églises, islam, école : mise au pas des contre-pouvoirs

En fait, on retrouve dans ce programme le discours traditionnel d’une extrême droite obsédée par la mise en place d’un ordre destiné à briser le consensus démocratique. Il s’agit de systématiquement fragiliser les secteurs de la société réticents à ces projets : suppression des subventions pour les grandes églises chrétiennes plutôt libérales, ouvertes aux questions de genre ou d’écologie. Dans le même esprit, le gouvernement régional entend limiter par tous les moyens légaux l’influence de l’islam, considéré comme une religion culturellement étrangère. En matière d’éducation, la reprise en main autoritaire s’accompagne d’une touche d’affinité russe, avec plus d’échanges scolaires et l’étude de la langue de Tolstoï favorisée. Et, bien sûr, pas d’enseignement religieux islamique dans les écoles.

Climat, énergie, Russie : un programme à rebours de l’Europe

Même obsession dans l’enseignement supérieur, avec la création d’un institut d’études critiques islamiques. Sans surprise, la politique de transition écologique est détruite. La Saxe-Anhalt devra se retirer de l’accord de Paris. Les subventions pour les voitures électriques sont supprimées, l’installation d’éoliennes ou de parcs solaires stoppée, les mines de charbon réhabilitées, la construction de centrales au gaz développée et l’agence de l’énergie fermée. Etc. Un massacre doublé d’une politique énergétique très trumpienne, avec une touche pro-russe : suppression des sanctions pour Moscou et remise en service des gazoducs Nord Stream.

Un test grandeur nature pour la démocratie allemande

Ce programme recèle bien d’autres dispositions caractéristiques des extrêmes droites. Avec, par exemple, un rejet de toutes les organisations féministes ou LGBT. Si l’AfD gagne en septembre en Saxe-Anhalt, ce sera, en Allemagne, une triste affaire que ce parti l’emporte dans le Land qui a vu naître Luther, Haendel, Novalis et Nietzsche. Mais bon nombre des propositions contenues dans ce document ne sont pas de la compétence des Länder, quand elles ne sont pas franchement anticonstitutionnelles. Mais elles manifestent clairement des intentions. De quoi sérieusement s’inquiéter. Voilà les Allemands prévenus.


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