Après le glaçon du Groenland, Trump veut avaler les îles tropicales de Chagos
Des îles perdues dans l’océan Indien, une base stratégique, et la fureur de Trump : les Chagos, nouveau champ de bataille entre Washington et Londres
Donald Trump ne décolère pas contre le Royaume Uni qui a décidé de restituer à l’île Maurice la souveraineté sur les îles Chagos, dans l’Océan Indien, qui abritent une importante base anglo-américaine. Cette affaire cause des frictions sévères entre Washington et Londres.
Nous parlons de cinquante-sept îles, des confettis d’empire perdus dans l’océan Indien, les îles Chagos. Des îles qui ont fait irruption parmi les obsessions de Donald Trump, et causent des frictions inédites avec son supposé allié, le Royaume Uni.
Le sort des îles Chagos constitue une page sombre de l’histoire coloniale. Elles étaient autrefois rattachées à l’île Maurice, même si plus de 1000 kilomètres séparent les deux territoires. Mais en 1968, lors de l’accession de l’île Maurice à l’indépendance, la puissance coloniale britannique avait conservé les îles Chagos, vidées de leur population, et, en pleine guerre froide, y avaient bâti une base militaire stratégique, partagée avec les États-Unis.
Cette base, sur l’île de Diego Garcia, existe toujours, avec un aéroport pour les bombardiers les plus puissants, un port en eau profonde, et des installations de surveillance. En cas d’attaque américaine de l’Iran, possible dans les prochains jours ou semaines, la base de Diego Garcia pourrait être mise à contribution ; d’où l’intérêt de Donald Trump ces dernières semaines, qui ne décolère pas contre le premier ministre britannique, Keir Starmer.
Trump s’oppose avec véhémence à la restitution par Londres de la souveraineté des Chagos à l’île Maurice, comme l’avait exigé en 2019 la Cour Internationale de Justice, l’instance judiciaire des Nations Unies, saisie par le gouvernement mauricien.
Une négociation, débutée par les Conservateurs puis conclue par les Travaillistes a abouti à la décision de restitution des îles Chagos à Maurice, en échange d’un bail de 99 ans, qui permet à Londres et à Washington de conserver l’usage de la base de Diego Garcia – en échange d’un « loyer » de 115 millions d’euros par an. Londres avait pris soin de faire valider l’accord par la nouvelle administration Trump l’an dernier : le Secrétaire d’État Marco Rubio avait parlé d’un « succès monumental ».
Mais Trump ne l’entend pas ainsi. Depuis le début de l’année, il qualifie cet accord de « stupide » et ordonne à Keir Starmer d’y renoncer.
Donald Trump se comporte ici comme au Groenland : il n’a que faire des questions de souveraineté ou de droit international, il raisonne comme au 19ème siècle. Les îles Chagos, ou le Groenland, sont nécessaires à la sécurité des États-Unis ? Eh bien ils doivent nous appartenir.
Dans un de ses tweets, il qualifie même de « wokiste » l’idée de rendre les îles Chagos au nom de la décolonisation. Peu importe si la semaine dernière, le département d’État avait semblé jouer l’apaisement avec Londres : la Maison Blanche a déclaré que ce sont les tweets du président qui déterminent la politique des États-Unis.
Pour compliquer l’affaire, un commando rocambolesque d’ex-soldats et d’anciens habitants des îles Chagos a débarqué illégalement la semaine dernière dans l’une des îles, pour s’opposer à l’accord avec l’île Maurice. Un groupe qui a le soutien de Nigel Farage, le leader populiste britannique proche de … Donald Trump !
On retrouve dans cette affaire tous les ingrédients du trumpisme : l’ingérence, la mentalité coloniale, la brutalité, et le mépris pour un allié jugé faible. Les îles Chagos sont devenus le symbole de l’appétit d’empire de Donald Trump, là où les Britanniques s’apprêtaient à tourner cette page de leur histoire.
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