Armée : le déclin de l’empire américain ?
Pénuries de missiles, porte-avions usés et équipages déprimés sont les signes d’étranges faiblesses des forces armées des États-Unis
Photo : Le président américain, Donald Trump, lors d’une cérémonie de rapatriement des dépouilles, mercredi 17 décembre 2025, à la base aérienne de Dover, dans le Delaware. JULIA DEMAREE NIKHINSON / APDes arsenaux sous tension
La chute de l’empire est-elle en train de s’amorcer sous nos yeux ? En tout cas, la puissance militaire des États-Unis multiplie les signes de faiblesse. La guerre contre l’Iran sert de révélateur. Au début du mois, CNN, puis le « Washington Post », font état d’une pénurie de missiles guidés à longue portée, mais aussi de ceux voués à la défense aérienne, qui servent à intercepter les vagues d’engins menaçants. Donald Trump s’empresse de vitupérer contre ces informations « traîtresses » et assure que ses forces armées possèdent des stocks infinis de munitions.
Mais la chaîne de télévision rétorque que l’armée américaine aurait épuisé près de 80% de ses intercepteurs de son système de défense antiaérien THAAD. Le « Washington Post » révèle alors que le président aurait demandé des explications à son secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth. Le « commandant en chef » ne décolérerait pas. Il aimerait comprendre pourquoi on lui aurait caché ces carences. Les porte-paroles gouvernementaux de la Défense et de la Maison-Blanche parlent de « fake news ».
Les États-Unis auraient utilisé un tiers des réserves des missiles de croisière
Mais les démentis ne convainquent pas grand monde. Car, déjà le 27 juillet, le « New York Times » a établi un lien entre la diminution des stocks, cette fois de « Patriots », et le fort ralentissement des frappes américaines en Iran. Puis, loin des caméras, le chef d’état-major américain, le général Dan Caine, explique que la reprise des attaques contre Téhéran « épuiserait dangereusement les intercepteurs disponibles dans la région ». Le « New York Times » s’est empressé de rapporter ces propos. D’autant que les stocks de missiles offensifs, comme les Tomahawks, sont eux aussi sérieusement entamés. 850 de ces engins ont été consommés pendant les trente premiers jours du conflit avec l’Iran.
Fin avril, selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), les États-Unis auraient utilisé un tiers des réserves de ces missiles de croisière. Or, il faut deux ans pour fabriquer une seule de ces armes qui coûte deux millions de dollars pièce. Et le même think tank ajoute que la moitié des stocks de missiles défensifs, comme les THAAD ou les Patriots, ont été consommés.
Les alliés s’inquiètent
À Washington, les états-majors paniquent parce qu’ils ont compris qu’en l’état de la situation de leurs réserves de missiles, ils sont incapables de faire face à un nouveau conflit d’importance. Avec la Chine, par exemple. Les alliés des États-Unis, clients de son industrie d’armement, s’affolent eux aussi quand ils comprennent que les armes qu’ils ont commandées ne leur seront pas livrées avant des années. La confiance dans l’Amérique s’effondre. Les propos sévères de Donald Trump vis-à-vis de ses alliés traditionnels, ses menaces de ne plus soutenir aucun d’entre eux en cas d’agression, accroissent encore la défiance envers des États-Unis qui ne pourraient ni ne voudraient respecter leurs alliances. Et ce qu’a révélé la situation calamiteuse de l’équipage du porte-avions « Abraham Lincoln » ajoute encore au spectacle de forces armées impotentes. La semaine dernière, le média « Navy Times » révélait que deux marins de ce navire ont tenté de se suicider.
L’« Abraham Lincoln » à bout
Le bâtiment a quitté la base de San Diego il y a plus de huit mois avec ses 5 000 hommes et femmes d’équipage. Les familles des marins de bord font état de conditions de vie à bord dégradées : toilettes inutilisables, pénurie alimentaire, eau douce rationnée, plomberie détériorée, absence de courrier, détresse psychologique. Rien n’est fait pour entretenir le moral des troupes. Les buts de guerre sont flous. Les opérations sont brutalement interrompues. Les équipages passent d’une inaction stressante à une hyperactivité épuisante. L’opposition démocrate réclame aussitôt une commission d’enquête parlementaire. Un autre porte-avions, le « George Washington », est immédiatement dépêché sur place pour assurer la relève de l’« Abraham Lincoln ».
N’empêche que ces péripéties révèlent une lamentable conduite de la guerre. Résultat : un navire de guerre usé servi par un équipage épuisé. Certes, les bases de ravitaillement prévues ont été bombardées par les Iraniens. Mais cet obstacle n’explique pas la faillite logistique de l’US Navy, alors que les forces américaines sont réputées pour leur efficacité dans ce domaine.
Une marine en perte de vitesse
De fait, l’US Navy ne respecte plus ses propres règles : un tiers du temps en mission, un tiers en formation-entraînement, un tiers en maintenance. L’utilisation intensive du matériel et des hommes n’a rien arrangé. Le nombre des porte-avions est passé, par ailleurs, de 17 à 11. Le nombre des sous-marins nucléaires d’attaque a subi la même réduction. Et, d’une manière générale, les chantiers navals peinent à fournir dans les temps les nouveaux navires. Les futurs porte-avions de la nouvelle classe « Ford » ne sont toujours pas livrés. Ces fleurons de l’US Navy, symboles de puissance, offrent au contraire une démonstration d’impuissance.
La guerre avec l’Iran n’a pas cessé de dévoiler les faiblesses militaires des États-Unis. Et pendant ce temps, les Russes affirment qu’ils sont capables de produire 200 missiles par jour. Les Chinois accélèrent la montée en puissance de leur flotte. La République populaire aligne plus de bâtiments en service que toute autre marine : 370. Elle se lance dans un programme de porte-avions ultramodernes.
L’inanité de la politique étrangère de Trump
L’affaiblissement géopolitique des États-Unis, qui font de moins en moins peur à leurs adversaires ou concurrents, montre l’inanité de la politique étrangère de Donald Trump. L’amorce du déclin militaire et les prémices de l’isolement diplomatique du pays, qui peine à rester la première puissance du globe, annoncent de graves déséquilibres géopolitiques. Une très mauvaise nouvelle pour les quelques pays de la planète qui défendent encore les valeurs universelles de la démocratie.
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