Assassinat de Charlie Kirk : le camp Trump crie vengeance
Dans l’Amérique coupée en deux, la violence politique prend des formes extrêmes. Le président lui-même ne cesse d’en rajouter depuis le meurtre de l’un de ses partisans les plus populaires
Selon le Violence Project de l’université Hamline du Minnesota, depuis 2021, les États-Unis ont connu cinq assassinats ou tentatives d’assassinats de personnalités politiques, le chiffre le plus élevé depuis les années soixante et les crimes dont John et Robert Kennedy et Martin Luther King ont été victimes. Le sixième est celui de Charlie Kirk, le 10 septembre 2025. Il avait 31 ans.
Charlie Kirk, figure de proue du trumpisme
L’activiste jouait un rôle clé dans la galaxie MAGA. À 18 ans, il crée « Turning Point USA ». Rapidement, l’organisation étudiante ultraconservatrice devient l’une des plus influentes de la politique américaine. Sa stratégie consiste en une présence massive sur les réseaux sociaux et une implantation de plus de 3 500 sections sur les campus américains. Peu à peu, il affine ses instruments de propagande. L’activiste provoque des débats sur les campus en défiant ses opposants sur le thème : « Prouvez-moi que j’ai tort ! » Et il diffuse ces échanges parfois violents. Au cours de l’un d’eux, à une étudiante qui l’interpelle sur son opposition farouche à l’avortement, il rétorque : « Assume tes orgasmes… Si tu cherches des coïts, il faut t’attendre à tomber enceinte. »
« Véritable rock star »
Cette grossièreté, ce mépris de l’interlocuteur font fureur sur les réseaux sociaux où ils sont retransmis. Car Charlie Kirk coche toutes les cases de la « trumpitude » la plus extrême : misogynie, homophobie, condamnation des transgenres, suprémacisme blanc, détestation des immigrés, fanatisme religieux, nationalisme exacerbé, etc.
L’activiste ne cesse de dénoncer le libéralisme universitaire et sa mainmise sur l’enseignement supérieur américain. Il va jusqu’à publier une liste noire des enseignants suspectés de « wokisme », provoquant immédiatement une vague de harcèlement en ligne à leur égard, menaces physiques incluses. Les trumpistes adorent. Le fils du président le qualifie de « véritable rock star » de la mouvance MAGA.
Un meurtre qui embrase l’Amérique
C’est lors d’une de ses prestations sur le campus de l’université de l’Utah que l’influenceur est abattu d’une balle dans la gorge. Le trumpisme tout entier hurle à la vengeance. Il est vrai que l’activiste a apporté à Donald Trump, lors de sa réélection, 43 % des votes des jeunes adultes, souvent des hommes des minorités noires et hispaniques, conquis par son masculinisme exacerbé. Alors, la rage qui saisit la mouvance MAGA est sans limite. D’autant que certains voyaient en Charlie Kirk un successeur de Trump.
Stephen Miller, chef adjoint de l’administration de la Maison Blanche, a fustigé « une gauche en guerre contre la famille et la nature ». Steve Bannon, stratège d’extrême droite, a considéré que Charlie Kirk était une « victime de guerre ». Laura Boomer, influenceuse trumpiste, a expliqué que « la gauche était une menace pour la sécurité nationale ».
Le trumpisme a son martyr.
Elon Musk a expliqué qu’elle était « le parti du meurtre ». Donald Trump, avant même l’arrestation de l’assassin, s’est lancé dans une diatribe enragée pour promettre à ceux qui auraient participé ou commandité l’assassinat de Kirk de les retrouver et de les punir, accréditant ainsi l’idée d’un complot.
Ce déchaînement a amené l’administration trumpiste à surveiller tous les propos ou interventions d’opposants susceptibles de se réjouir de la disparition du leader de « Turning Point USA ». Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a promis de mettre à la porte des forces armées celui ou celle qui oserait émettre une critique sur l’influenceur décédé. La chasse aux sorcières est lancée. La traque sur les réseaux sociaux a commencé. Le trumpisme a son martyr.
L’extrême droite européenne en écho
L’extrême droite européenne s’est d’ailleurs empressée d’accompagner ces dithyrambes vengeurs. Que l’ensemble de la classe politique américaine ait condamné le meurtre n’entre pas en ligne de compte. Les trumpistes sautent sur l’occasion pour éradiquer de l’administration tout esprit critique. Dans ce climat épouvantable, la société américaine, plus clivée que jamais, paraît tétanisée. Les voix qui prêchent l’apaisement sont inaudibles. Seuls ceux qui hurlent à la mort se font entendre.
Tyler Robinson, un tireur isolé ?
L’arrestation de l’assassin, Tyler Robinson, 22 ans, « endoctriné par l’idéologie de gauche » selon le gouverneur de l’Utah, n’a toutefois pas permis de déceler la trace d’un quelconque complot. Le jeune homme, jusqu’ici, semble bien avoir agi seul. Bon nombre de trumpistes se sont réjouis que la peine de mort soit toujours en vigueur dans l’Utah. Ils l’ont réclamée à corps et à cris, avant même tout procès.
Le déchaînement d’injures et de menaces auquel se livre le camp Trump peut conduire à des drames. La violence verbale engendre la violence physique. Elle la précède, la justifie. Surtout si elle est comme cautionnée par le président lui-même, qui ne cesse de jeter de l’huile sur le feu. Dans un pays chauffé à blanc, le pyromane Trump peut mettre le feu.
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