Assassinat de Charlie Kirk: mobilisation de l’internationale d’extrême-droite
L’assassinat de l’influenceur trumpiste Charlie Kirk provoque des réactions très vives dans une internationale d’extrême droite qui se reconnaît dans la guerre culturelle menée outre-Atlantique
C’est à Londres qu’a eu lieu ce week-end le plus important rassemblement à la mémoire de l’influenceur trumpiste Charlie Kirk assassiné mercredi aux États-Unis : 110 000 personnes réunies à l’appel du militant d’extrême droite Tommy Robinson. Mais des réactions ont été enregistrées au Japon, en Israël ou en Afrique du Sud, une émotion qui dépasse de beaucoup la notoriété internationale de Charlie Kirk. Même Eric Zemmour, le leader du petit parti d’extrême droite français Reconquête, a fait le déplacement à Londres, alors que Charlie Kirk est quasiment inconnu en France.
Le phénomène mérite qu’on s’y attarde, car il génère un narratif dans une internationale d’extrême droite qui se reconnait dans le trumpisme, et fait de Charlie Kirk un « martyr » sur la voie du pouvoir. Au passage, il y a une incroyable opération de « vérité alternative » sur l’orientation politique du tueur, Tyler Robinson, qui a été arrêté vendredi.
Qui est le meurtrier de Charlie Kirk ?
Donald Trump a commencé le premier, en dénonçant immédiatement « la gauche », avant même de connaître les faits. Depuis, on sait que Tyler Robinson n’est pas issu de la gauche radicale : il est d’une famille 100% républicaine, et ses idées sont assez confuses. Mais la version de la « gauche assassine » est beaucoup plus avantageuse, et continue à être utilisée sans fondements, et en oubliant les élus démocrates assassinés cet été.
Le cas le plus spectaculaire est Elon Musk : oui, revoici Elon Musk qui s’était tenu à l’écart de la politique depuis sa rupture fracassante avec Donald Trump, et l’effondrement des ventes de Tesla. Il a pris la parole samedi en visio au rassemblement londonien, et a prononcé un discours incendiaire. « La gauche est le parti du meurtre », a-t-il dit, il y a tellement de violence à gauche, notre ami Charlie Kirk est assassiné et la gauche se réjouit, voilà les gens auxquels nous avons à faire ». Elon Musk a appelé la foule à « riposter ou à mourir », une véritable incitation à la violence dans ce climat tendu.
Alice Weidel, la dirigeante de l’AFD, le parti d’extrême-droite allemand, a de son côté déclaré que Charlie Kirk avait été « tué par un fanatique qui n’aime pas notre mode de vie », une phrase qui pourrait laisser penser à un étranger alors que le tueur est né dans l’Utah. L’amalgame est total. On le retrouve à Budapest chez Viktor Orban.
L’extrême droite se sent pousser des ailes
Le retour de Donald Trump au pouvoir en janvier a électrisé une mouvance d’extrême droite dans le monde, qui se sent pousser des ailes. La guerre culturelle menée par les partisans de Donald Trump a des échos ailleurs. C’est ce qui explique que ce meurtre, qui s’inscrit dans un contexte très américain, puisse résonner à l’étranger.
L’administration Trump encourage ces passerelles idéologiques. Le discours prononcé en février à Munich par le vice-président J.D. Vance, a clairement énoncé la vision du monde du trumpisme. Vance avait d’ailleurs rencontré Alice Weidel, la dirigeante de l’AFD. Ce parti a le vent en poupe en Allemagne : il a triplé son nombre de voix dans des élections locales hier dans un Land de l’ouest du pays.
La mort de Charlie Kirk relie ces activistes d’extrême droite ; et tant pis si l’histoire est plus complexe que « la gauche l’a tué » – ce qui compte dans le monde actuel, c’est la manière dont on la raconte.
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