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Au G7, des tonnes de flatterie pour obtenir le soutien de Trump à l’Ukraine

publié le 18/06/2026 par Pierre Haski

Donald Trump a signé une déclaration du G7 proclamant un soutien « sans failles » à l’Ukraine. Mais, sur sa sortie de guerre avec l’Iran, il a engrangé les compliments hypocrites de ses collègues du G7

Photo : Donald Trump remonte dans son avion à Genève à l’issue du Sommet du G7 à Évian, avant de participer au dîner au château de Versailles ©AFP – MARTIAL TREZZINI / POOL / AFP

Les historiens de l’avenir pourront trancher une question inspirée par le déroulement du G7 qui vient de se tenir à Évian : a-t-on assisté à un théâtre diplomatique destiné à cacher de profonds désaccords ? Ou au contraire, à une habile manœuvre diplomatique qui aura permis de ramener les États-Unis du côté du soutien à l’Ukraine ?

Le Sommet a en effet permis d’avoir la signature de Donald Trump à une déclaration proclamant un soutien sans failles à l’Ukraine, après des mois de désintérêt américain. Washington avait certes l’esprit ailleurs, avec la guerre contre l’Iran ; mais aussi avec des déclarations très méprisantes du vice-président JD Vance, par exemple, qui s’est publiquement félicité que les États-Unis n’aident plus l’Ukraine.

La déclaration sur l’Ukraine prévoit d’accroître la fourniture de capacités de défense aérienne qui font cruellement défaut à l’armée de Kiev. Présent à Évian, Volodymyr Zelensky a montré à Donald Trump des photos des derniers bombardements russes de cibles civiles, y compris la cathédrale de la Dormition. Ca aurait ébranlé le président américain qui s’est laissé aller à dire publiquement que « la Russie devrait conclure un accord », annonçant aussi qu’il allait rétablir les sanctions pétrolières contre Moscou, suspendues le temps du blocus d’Ormuz.

Deux facteurs l’ont fait changer d’avis : le premier est que si Donald Trump a pu dire l’an dernier que Zelensky n’avait pas « les cartes en mains » et qu’il était un « loser », son expression favorite, ce n’est plus le cas. L’Ukraine a modifié le rapport de force et ne perd plus de terrain. Elle a même porté la guerre en Russie avec ses tirs de drones à Moscou et Saint Petersbourg.

L’autre facteur, c’est la diplomatie de la flatterie à laquelle se sont livrés ses partenaires du G7 : tous ont félicité le président américain pour son accord avec l’Iran et pour son « leadership » – alors que, soyons honnêtes, ils ne le pensent pas une seconde. Dupe ou pas, Donald Trump a engrangé les compliments qui lui servent dans le débat difficile aux États-Unis sur le bilan de cette guerre.

La lecture du protocole d’accord que doivent signer Washington et Téhéran, finalement rendu public hier, montre à quel point ce texte est déséquilibré en faveur de l’Iran. Trump peut s’appuyer sur ses collègues du G7, qui servent à quelque chose quand ils lui permettent d’enfoncer un peu plus Barack Obama, son obsession jour et nuit.

Ce sommet a-t-il été utile ? La suite dira, si, effectivement, les États-Unis rejouent un rôle actif en Ukraine comme l’espèrent Emmanuel Macron et ses collègues européens qui ont œuvré en ce sens. Cela permettrait d’une part de renforcer les capacités de défense ukrainiennes, mais aussi de peser sur Vladimir Poutine en faveur de véritables négociations.

Mais attention aux illusions. Donald Trump a surtout la tête à sa fin de guerre avec l’Iran, à garder le contrôle du récit pour qu’il accrédite l’idée de sa victoire – que les faits ne soutiennent pas. Il en va ainsi de ce fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l’Iran, qui est bel et bien mentionné dans le protocole d’accord, et qu’il a du mal à justifier. Et les critiques acerbes en provenance d’Israël sont à double tranchant pour un président à quelques mois d’élections de mi-mandat difficiles.

Peu après le retour de Trump à la Maison Blanche, l’an dernier, Emmanuel Macron était allé le voir pour parler de l’Ukraine. A son retour, il avait estimé avoir obtenu tout ce qu’il pouvait espérer, mais il se demandait, fataliste, ce qu’il en resterait deux jours plus tard. La même question se pose après Évian : qu’en restera-t-il vraiment ?