Au Proche-Orient, le cessez-le-feu n’est pas la paix, pas même l’ébauche de la paix
Au Liban, la question n’est pas de savoir si une nouvelle guerre avec Israël est possible mais quand elle aura lieu
Photo Voiture libanaise détruite par un tir israélien près du village de Haruf, au Sud Liban, samedi 25 octobre. ©AFP – MAHMOUD ZAYYAT / AFP
Même impasse à Gaza où le Hamas a repris le contrôle, et en Cisjordanie où la violence des colons redouble. L’absence de solution politique alimente le risque de nouvelles violences.
Le Proche-Orient ne fait plus les gros titres, mais ne croyez pas que les conflits soient pour autant réglés. Ces derniers jours à Beyrouth, où je me trouvais, un drone israélien tournait en permanence au-dessus de la ville, émettant un son obsédant, comme pour rappeler aux Libanais que leur voisin du sud fait ce qu’il veut, quand il veut.
Au Liban, dans la bande de Gaza ou en Cisjordanie, ou encore en Iran, aucun des sujets de confrontation des deux dernières années n’est réellement sur la voie d’une solution. Appuyer sur « pause » soulage les populations et offre un répit là où le fracas des armes faisait des ravages – rien de plus.
La menace d’une nouvelle guerre au Liban
Au Liban, jusqu’au plus haut niveau de l’État, la question n’est pas de savoir si une nouvelle guerre avec Israël est possible, mais quand elle aura lieu. Depuis le cessez-le-feu signé il y a onze mois, Israël a bombardé des cibles au Liban presque quotidiennement – deux morts hier encore dans le Sud. Et la question-clé du désarmement du Hezbollah, insoluble selon un diplomate occidental bien informé, risque de déclencher une nouvelle confrontation.
Le Conseil des ministres libanais a voté le désarmement de la milice chiite. Celle-ci a été considérablement affaiblie par la guerre de l’an dernier, mais pas anéantie. L’armée libanaise est censée procéder au désarmement du Hezbollah, mais ni motivée, ni aguerrie, elle avance trop lentement au gré des Américains et des Israéliens. D’où cette mise en garde américaine à l’État libanais : « si vous ne désarmez pas le Hezbollah, c’est Israël qui le fera ».
Le dilemme libanais, selon mes interlocuteurs à Beyrouth, c’est un choix entre le risque de guerre civile en forçant le désarmement rapide du Hezbollah, et une nouvelle intervention israélienne. Aucun leader politique libanais ne prendra le risque d’une nouvelle guerre civile, après celle qui marque encore le pays trois décennies après sa fin. Entre deux maux, celui d’une guerre israélienne apparait comme moins diviseur. A un mois de la visite du pape au Liban, ce n’est pas une perspective encourageante.
Le dilemme de Gaza et de la Cisjordanie
Que dire de la bande de Gaza où, la première phase du plan Trump presque terminée, le passage à la seconde phase, plus politique, semble mission impossible ; avec, là encore, la question du désarmement, cette fois du Hamas palestinien.
L’impasse est périlleuse : le Hamas a, de fait, repris le contrôle de la partie du territoire évacuée par l’armée israélienne, c’est-à-dire la moitié environ. Avec le risque que cette nouvelle ligne de séparation ne devienne une frontière durable d’un territoire amputé et ravagé.
Qui va désarmer le Hamas comme le prévoit l’accord de Charm el-Cheikh ? Les États-Unis et Israël ont refusé de laisser faire l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, qui aurait déjà du mal. Alors qui d’autre ? La force internationale qui tarde à voir le jour ? Difficile de voir des soldats arabes, quelle que soit leur nationalité, tirer sur des Palestiniens après ce qu’ils ont subi. Il ne reste donc que les Israéliens, bien qu’en deux ans d’une guerre sans pitié, ils n’ont pas réussi à éliminer le Hamas.
En Cisjordanie, enfin, la violence des colons protégés par l’armée atteint des records en toute impunité dans le silence international. Rien n’est prévu, dans le plan Trump, pour cette région colonisée.
Un constat préoccupant
Faut-il être surpris de ce paysage régional très inquiétant ? Pas vraiment, le cessez-le-feu n’est pas la paix ; il n’est même pas l’ébauche de la paix, malgré les faux espoirs de Charm-el-Cheikh.
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