Au Venezuela comme ailleurs, renoncer au droit international est suicidaire
L’intervention américaine au Venezuela, menée hors de tout cadre légal international, illustre une dérive qui affaiblit durablement l’ordre mondial. En s’en accommodant, l’Europe se tire une balle dans le pied
Donald Trump a royalement ignoré le droit international en intervenant au Venezuela samedi ; mais ceux qui se félicitent de la chute du dictateur Nicolas Maduro sans se soucier de la méthode ignorent le droit international à leurs dépens, en particulier les Européens divisés une fois de plus.
Sans surprise, une bonne partie du débat dans le monde autour de l’intervention américaine au Venezuela, concerne le droit international, royalement ignoré par Donald Trump. Le président des États-Unis mène depuis près d’un an une politique impériale qui s’appuie sur la seule puissance américaine. Selon la revue en ligne Le Grand Continent, Donald Trump a mené 637 frappes aériennes depuis son retour à la Maison Blanche, soit plus que Joe Biden en quatre ans – et pas une seule n’a été autorisée par une instance internationale quelconque.
Il ne s’agit cette fois pas de simples frappes, mais d’une opération de grande envergure qui a permis de capturer le président de fait du Venezuela, Nicolas Maduro. L’absence de légitimité du dictateur aux yeux d’une bonne partie du monde a brouillé le regard porté sur cette intervention. Beaucoup se félicitent du départ forcé de Maduro, responsable d’une catastrophe pour son propre peuple, et peu importe à leurs yeux la méthode.
C’est pourtant lourd de conséquences dans le contexte international actuel. C’est une erreur de ne pas le voir, au moins pour deux raisons : d’abord, la loi du plus fort prônée par Trump est peut-être applaudie quand elle s’attaque à un dictateur ; mais est-elle vraiment différente de la vision impériale qui a conduit Vladimir Poutine à envahir l’Ukraine ? Ou de la possible annexion forcée du Groenland, dépendance du Danemark européen, que l’administration Trump pousse de manière pressante ? Le droit est un tout, il ne se négocie pas au cas par cas.
La seconde raison est plus pragmatique encore : éliminer un chef d’État est la partie facile de l’affaire, on l’a connu il n’y a pas si longtemps avec Saddam Hussein en Irak, ou Mouammar Kadhafi en Libye. Mais ces « libérations » imposées de l’extérieur ont durablement déstabilisé ces pays. Ce que fait Donald Trump au Venezuela n’est pas mené au nom de la démocratie, le mot n’est même pas prononcé, au contraire de celui de pétrole cité jusqu’à saturation. La suite des événements ne dépend que du bon vouloir du président américain, ce n’est pas souhaitable.
Que peut le droit international ? C’est évidemment le point faible de ce débat : le droit international est en échec car les instances susceptibles de le faire respecter sont trop faibles, trop soumises aux grandes puissances. Le reproche de « double standard » opposé aux Occidentaux entre leur condamnation des crimes de Poutine en Ukraine mais pas ceux de Netanyahou à Gaza a affaibli tout discours vertueux. Donald Trump a donné le coup de grâce avec sa politique unilatérale, sans amis, ni alliés.
Pour les Européens, cautionner cette dérive est suicidaire, car ils ne pèsent pas lourd si c’est la loi du plus fort qui s’impose. Or, pour ne pas s’aliéner le soutien américain en Ukraine, ils ont tendance à fermer les yeux sur la politique impériale de Trump. C’est ce qui explique la virulence des critiques face à la réaction d’Emmanuel Macron sur l’intervention américaine, qui n’a pas fait référence au droit international, en retrait par rapport à son propre ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
L’Europe perd une nouvelle occasion d’exister en rappelant d’une seule voix la nécessité de règles fortes et respectées par tous : en étant le témoin passif de la mort du droit, elle se condamne à la vassalisation qui la guette.
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