Jean-Paul Mari présente :
Le site d'un amoureuxdu grand-reportage

Bal tragique à la Maison-Blanche

publié le 02/12/2025 par Jean-Paul Mari

Trump le bulldozer rase l’aile Est de la Maison-Blanche pour ériger « son » palais…une immense salle de bal dorée

Les Américains qui passent devant la Maison-Blanche n’en croient pas leurs yeux. Des pelleteuses et des bulldozers rasent la Maison-Blanche — du moins une partie : toute l’aile Est, qui accueille habituellement les bureaux de la première dame des États-Unis. Donald Trump avait juré qu’il ne toucherait pas le bâtiment — « Je l’adore » — puis qu’il serait modifié « en partie ». Bref, il l’a rasé. Bien sûr, sans la moindre consultation pour ce symbole national.

Mais pour faire quoi à la place ? Une merveille, selon Donald : un immense espace qui ne coûtera que 200 millions, non, 250, bref au moins 300 millions de dollars au total. Tombe bien : l’impasse budgétaire bloque les comptes publics et le gouverneur de Californie alerte sur les 5,5 millions manquants pour nourrir les pauvres à l’heure de Thanksgiving.

Bon, l’aile Est, c’est cher, d’accord, mais le projet, fièrement annoncé par Donald, « en vaut la peine». Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique, veut construire à la place… une salle de bal. Pas n’importe laquelle : 8 000 m², doublant la surface de la Maison-Blanche, « le plus grand changement jamais réalisé », capable de recevoir 1 000 personnes à la fois, dans un style propre au trumpisme : parquet doré, murs dorés, lumières dorées, entièrement doré. En toc.

Je suis ce que je construis. J’incarne ce que je bâtis , comme diraient les pharaons à propos des pyramides, temples d’une vision métaphysique de l’humain-dieu dans l’univers. Ou Louis XIV, construisant en majesté — « Si Versailles m’était conté ». Plus près de nous, je me rappelle une visite dans le palais inachevé de Ceaușescu à Bucarest : ses murs vertigineux de marbre, ses escaliers romains, son vide sidéral et des volumes jusqu’à l’emphase de la grenouille roumaine qui voulait être plus grosse que le voisin soviétique. Avec Trump, on est aussi bien loin d’Adolf contemplant, transporté, la maquette d’une « ville-système » que lui présentait son architecte nazi Albert Speer.

À Washington, les présidents américains — Roosevelt, Truman et Kennedy — se sont limités à des rénovations visant à adapter le bâtiment aux exigences de l’époque. Même Jacqueline Kennedy, férue de rénovation esthétique et patrimoniale, n’a pas dépassé les 2 millions de dollars. Quant à Obama, toujours très propre sur lui, il s’est consacré à la durabilité, à l’accès pour les personnes handicapées, aux toilettes transgenres et aux communications.

Donald Trump, qui veut passer à la postérité par une œuvre personnifiant la vision de son règne, a opté pour le concept du casino-palais. Un décor. Lui qui a déjà frappé fort en transformant le Bureau ovale à coups de dorures, de moulures massives et d’objets plaqué or. Un chef-d’œuvre du bling-bling à côté duquel la montre Rolex d’un ex-président français fait figure de porte-clés. 

Même Melania Trump, son épouse, a émis des réserves. Et les démocrates hurlent à la gabegie. Ce à quoi le président rétorque que le tout sera financé par des dons des géants de la tech – Apple, Meta, Amazon, YouTube – et d’une entreprise d’armement, Lockheed Martin, résultat « d’arrangements » de contentieux entre l’État et ces compagnies, qui ne manqueront pas d’attendre une récompense bien méritée.

Finalement, rien de surprenant de la part d’un agent immobilier-homme d’affaires-président qui promettait de transformer Gaza la martyre en Riviera internationale. Après tout, pourquoi pas un grand parc d’attractions à la place d’Auschwitz ? C’est grand, plat, bien situé, et cela rapporterait gros.

En vérité, on devrait apprécier Donald Trump, sa modestie, lui qui se retient de faire bien pire. Il pourrait raser entièrement la Maison-Blanche. Sa légitimité architecturale est ailleurs. S’il devait l’installer à sa juste place – la sienne – ce serait à Las Vegas. Où il pourrait jouer l’Amérique et le monde à la roulette. Russe, évidemment.


Tous droits réservés "grands-reporters.com"