Berlin : mais qui a fait sauter la Deutschbank ?
L’Allemagne austère a vécu, la défense prend le pas, le pays n’est pas vraiment réuni et les trains n’arrivent plus à l’heure…
Les fondations qui soutenaient la République fédérale Allemagne depuis 1945 sont en train de vaciller. Tandis que l’extrême-droite que les Allemands pensaient avoir définitivement enterrés fait son retour en force au Bundestag, le contexte international plonge l’outre-Rhin en plein désarroi. Sa réunification ratée (toute les cartes socioéconomiques montrent que le Mur est toujours là entre l’Est et l’Ouest) et son ordo-libéralisme a dominé les champs politiques et économiques depuis 1990. Après des années à battre des records d’exportation et à compresser sa demande intérieure pour les besoins de son industrie, l’Allemagne se réveille avec un taux de pauvreté important, une économie victime des sanctions envers la Russie et des infrastructures en état déplorable.
La fin des garanties américaines
C’est dans ce contexte que les conservateurs vont réoccuper la chancellerie, au sein d’une grande coalition qui maintiendra le SPD au gouvernement, malgré son plus faible score à des élections fédérales depuis Bismarck. Et Merz, opposant historique de Merkel au sein de la CDU, ne veut pas laisser le train de l’histoire filer : les garanties américaines de sécurité de son pays, au cœur de sa politique étrangère et de défense depuis la fin du nazisme, ne sont plus suffisantes.
Les trains allemands n’arrivent plus à l’heure…
D’ailleurs, les trains allemands symbolisent à eux seuls la décrépitude du modèle allemand : à peine la moitié d’entre eux était à l’heure en décembre 2023. La Deutsche Banh a besoin de 150 milliards d’euros pour rénover son réseau. Autre exemple : plus de 8 000 ponts d’autoroute doivent être rénovés dans le pays !
« Dette » et « faute »…un même mot en allemand
La réforme du frein à l’endettement a nécessité une modification de la Loi fondamentale a été votée par… le Parlement sortant, de peur que l’AfD et Die Linke ne fasse peser une minorité de blocage lors de la prochaine mandature. Ce revirement sur la question de la dette, qui pourrait dépasser les 850 milliards d’euros pour atteindre les 1 700 milliards sur 12 ans, après des décennies d’austérité inquiète l’homme de la rue : ils sont 64% à le soutenir tout en étant 73 % à s’estimer trompés par le futur chancelier. En allemand, les mots « dette » et « faute » sont les mêmes : die Schuld.
3% du PIB devrait-être consacrée à la défense
Mais le réveil allemand en matière de défense et d’industrie risque de ne pas être une voie pavée d’or. Comment investir efficacement une somme aussi monumentale, alors que les priorités ne sont pas finement définies ? Les Verts ont obtenu d’y faire figurer l’écologie avec les infrastructures et la défense, mais le détail n’est pas encore connu. 3% du PIB sera à terme consacré à la défense, au-delà des 2% demandés dans le cadre de l’OTAN. Quelle institution va flécher ces centaines de milliards, et l’articulation entre les investissements fédéraux et des Landers, fer de lance de la dépense publique en Allemagne, sera-t-elle efficiente ?
La fin du dogme de l’Allemagne austère
Ce qu’il s’est passé en Allemagne ce mois-ci est bel et bien une révolution : le dogme austéritaire est tombé, sous une coalition dominée par la droite et le pays emprunte une voie plus européenne et moins atlantiste. Dans l’histoire allemande, la période qui s’étend de 1815 à 1848 est appelée le Vörmarz (l’avant-mars) : sans doute que les historiens du futur pourront réutilisé ce terme pour désigner la période 1990-2025.
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