Bombardement sur Natanz: le nucléaire iranien touché mais pas coulé
Nouvelles frappes sur Natanz : démonstration de force plus que destruction totale. Le programme iranien reste au cœur d’un bras de fer stratégique
L’annonce que des forces aériennes américaines et israéliennes auraient de nouveau bombardé le principal centre souterrain d’enrichissement d’uranium de Natanz a rendu beaucoup d’observateurs perplexes.
Déjà en juin 2025, l’aviation israélienne avait en grande partie détruit les installations en surface du même site. Plus tard dans le même mois, ce sont des bombardiers furtifs américains B-2 qui ont largué, par vagues successives, plus de la moitié du stock américain disponible de bombes antibunker GBU-57 sur les sites souterrains iraniens d’enrichissement de Natanz et Fordo.
Destruction ou simple neutralisation ?
Chargées chacune de plus de 16 tonnes d’explosif et munies d’un système sophistiqué de déclenchement différé, ces bombes ont été spécialement conçues pour s’attaquer à des installations protégées par de fortes épaisseurs de béton et profondément enfouies à plusieurs dizaines de mètres en sous-sol.
Suite aux déclarations triomphales de Donald Trump après ces bombardements, on pouvait comprendre que ces sites avaient été détruits. Très vite, des déclarations correctives, plus prudentes du côté israélien, ont laissé comprendre que, si le fonctionnement de ces centres avait été rendu temporairement impossible, ils étaient loin d’avoir été complètement anéantis.
L’art iranien de l’enfouissement
Les méthodes d’enfouissement et de protection de leurs installations souterraines par les Iraniens sont connues et anciennes. Elles ont été développées pendant la longue guerre d’usure avec l’Irak, et le savoir-faire a été transféré aux alliés du Hezbollah et du Hamas.
Le principe est connu et documenté. Les installations sensibles à protéger ne sont pas alignées verticalement sur les points d’accès extérieurs. Au contraire, les couloirs de circulation souterrains se déploient à l’horizontale des points d’accès et par paliers successifs décalés en profondeur au fur et à mesure de la progression. Ce système empêche pratiquement de déterminer avec certitude la localisation précise d’une installation souterraine sensible à partir de la simple localisation des points d’accès vers l’extérieur.
On peut en déduire qu’un bombardement, même le plus pénétrant possible, va permettre au mieux de bloquer seulement ces points d’accès en les détruisant.
Mais une installation souterraine a également besoin d’être alimentée en fluides et d’être ventilée, et les points d’alimentation et de ventilation extérieurs représentent des cibles plus facilement atteignables par des bombardements aériens. Ainsi, en murant des installations souterraines et en les empêchant de s’alimenter, on peut les rendre momentanément inopérantes, même sans détruire physiquement leur partie la plus sensible. Une hypothétique remise en état, après des réparations d’ampleur variable, restera une décision à la fois technique et politique.
Un avertissement politique
C’est dans ce contexte qu’il faut sans doute interpréter ces nouvelles frappes aériennes sur le site de Natanz : un avertissement au régime iranien de ne pas essayer de faire redémarrer son programme d’enrichissement.
Jusqu’à la guerre des 12 jours de juin 2025 — une séquence de frappes massives américaines et israéliennes sur les infrastructures militaires et nucléaires iraniennes —, l’Iran des mollahs avait suivi les directives définies par le Guide suprême Ali Khamenei : l’Iran se protégera en continuant à agiter la menace d’un passage rapide à la fabrication d’une arme nucléaire, mais choisira de garder le contrôle sur le moment du passage à l’acte. Les attaques de juin 2025 ont sonné le glas de cette stratégie de protection, et le régime des mollahs se trouve depuis face à un choix.
Le salut par l’apocalypse?
Il peut renoncer à son programme nucléaire et choisir d’autres voies pour garantir sa survie et son emprise sur sa population. Il faudrait pour cela choisir la voie de la stabilité et de la recherche d’un apaisement régional. Cela implique d’arrêter de déstabiliser les pays qui l’entourent, ou même de prétendre les anéantir comme l’État d’Israël.
Mais existe également la possibilité de la fuite en avant et du salut par l’apocalypse, si les dirigeants qui vont émerger après les liquidations physiques successives se recrutent parmi les plus radicaux.
Une médiation sous pression
Face à l’escalade militaire dans le détroit d’Ormuz, et aux perturbations sur les marchés mondiaux de l’énergie, les efforts de médiation de pays comme Oman, l’Égypte, la Turquie sont restés infructueux jusqu’à maintenant. Mais les menaces de Donald Trump de détruire toutes les centrales électriques de l’Iran pourraient amener à un déblocage diplomatique. C’est le Pakistan qui est à la manœuvre pour qu’un dialogue concret s’instaure entre les États-Unis et ceux, en Iran, qui auraient une autorité pour prendre des décisions.
On saura très bientôt si ces perspectives vont se concrétiser par une possible rencontre directe entre les belligérants pour mettre un terme à ce conflit qui va rentrer dans sa quatrième semaine.
Le véritable enjeu caché : 440 kg d’uranium
Dans cette hypothèse, le point central de futures négociations tournera autour du stock de 440 kg d’uranium enrichi à 60 % détenu par l’Iran. Pour garantir sa sécurité à long terme, Israël exigera sa destruction. Les États-Unis pourraient se contenter de sa dilution pour revenir à un taux d’enrichissement compatible avec un usage civil sous contrôle international.
Pour le moment, personne ne sait où ce stock est caché, mais il faut garder à l’esprit que les conditions de stockage d’uranium enrichi à 60 %, sous forme d’hexafluorure d’uranium (UF6) à l’état solide, sont contraignantes et risquées.
L’uranium est un matériau lourd et si 440 kg d’uranium tiennent dans un volume réduit, ils doivent être conservés et stockés dans plusieurs enceintes étanches séparées afin d’éviter les risques de déclenchement de réactions critiques en chaîne. De plus, ces enceintes doivent être refroidies en permanence pour empêcher une évaporation et de possibles contaminations gazeuses.
Donc, si la tentation est grande de s’en emparer par une audacieuse action militaire, les chances de réussite d’une telle opération sont minces et les risques radiologiques considérables.
Ce stock est le résultat de dizaines d’années de recherche et de développement et constitue le vrai trésor de guerre des mollahs. Toutes les parties belligérantes en sont conscientes, et du sort dévolu à ce stock d’uranium enrichi, qui permet la réalisation rapide d’environ 11 bombes A du type de celle d’Hiroshima, dépendra le succès ou l’échec d’éventuelles négociations qui n’ont pas encore démarré.
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